DÉDUCTION DES CONCEPTS INTELLECTUELS PUBS
SECTION II
Des fondements à priori de la possibilité de Vexpérience.
Il est tout à. fait contradictoire et impossible qu'un concept doive être produit parfaitement à priori et se
(1) Ce dernier alinéa, supprimé dans la seconde édition, a été remplacé par une critique de Locke et de Hume. V. Suppl. XIV. La déduction suivante est toute différeatedans la secondeédiliQn. Y. cette variation, Suppl. XV. R.
TRANSCENDENT ALE . 119
rapporter à un objet, tout en n'entrant pas même dans le concept d'une expérience possible, ou sans être composé d'éléments fournis par une semblable expérience. Car il serait alors sans matière, par la raison qu'il serait sans intuition correspondante, attendu que des intuitions en général, par lesquelles des objets peuvent nous être donnés, constituent le champ ou l'objet total de l'expérience possible. Un concept à priori qui ne s'y rapporterait pas, ne serait que la forme logique d'un concept, mais pas le concept même qui servirait à concevoir quelque chose.
Si donc il y a des concepts purs à priori^ ils ne peuvent à la vérité rien contenir d'empirique, mais ils doivent cependant servir de simples conditions à priori pour une expérience possible ; ils sont l'unique base de sa volonté objective.
\\ donc on veut savoir comment des concepts intellectuels purs sont possibles, on doit rechercher ce que sont les conditions à priori de la possibilité de l'expérience^ ce qui lui sert dft hasft^ toiitf p.n faÎRant
abstraction de l'élément empirique des phénomènes. Un concept qui exprime d^une manière générale et suffisante cette condition formelle et objective de Texpérience, est un concept intellectuel pur. (Jne fois qu'on a trouvé des concejpts intellectuels purs, on a par là même trouvé des objets qui sont peut-être impossibles, ou qui, s'ils sont absolument possibles, ne peuvent cependant se rencontrer dans aucune expé-
120 LOCHQUB
rience, puisqu'on peut omettre , dans la liaison de concepts, quelque chose qui fait cependant partie nécessaire de la condition d'une expérienée possible (comme dans le concept d'un esprit) , ou que des concepts intellectuels purs peuvent encore être étendus au delà de ce que peut embrasser Texpérience ( comme dans le concept de Dieu )• Mais si les éléments de toutes les connaissances à priorij même des fictions arbitraires et absurdes, ne peuvent pas être empruntés de Texpérienee (car autrement, ce ne seraient pas des connaissances à priori), ih doivent toujours renfermer les conditions pures à priori d'une expérience possible et de son objet; autrement, rien ne serait pensé par là; ils ne pourraient pas même, sans des données, se former dans la pensée.
Or, ces concepts, qui renferment à priori la pensée pure dans toute expérience, nous les trouvons dans les catégories, et c'est déjà une déduction et une justification suffisante de leur valeur objective, que de pouvoir prouver qu'un objet iie peut être pensé que par leur moyen. Mais comme, dans cette pensée, l'entendement n'est pas la seule faculté de penser qui soit en jeu, et comme l'entendement luimême, considéré à titre de faculté cognitive qui doit se rapporter à des objets , a besoin d'une explication qui fasse comprendre la possibilité de ce rapport; nous devons tout d'abord nous occuper du caractère transcendentaf (et non du caractère empi-
TEANSGEHMirrALE. 121
rique) des sources subjectives qui constituent les fondements à priori de la^ possibilité de Texpérience. Si chaque jreprésentation particulière était complètement étrangère à toute autre, si elle était comme isolée et âépar(§e j il n'en résulterait jamais rien de 8emblable:à une connaissance , qui est un ensemble de représetttatioQf cpmparées et réunies. Si donc j'attribue au 'sens une synopsis, parce quMl renferme une diversité' dans son intuition, c'est qu'à cette synopsis correspond toujours une synthèse, et que la réceptiûité ne peut rendre les connaissances possibles qu'à conditiop d'être unle.à la ^pontanéi^^. La spontanéité est donc'la maison d'une triple synthèse, qui se révèle * nécessairement dans toutç connaissance : à savoir , V appréhension deç représentations comme modifications de l'esprit dans l'intuition ; leur reproduction dans la fantaisie, et leur reconnaissance (récognition) dans le concept. Ces trois choses conduisent donc à trois sources de connaissances subjectives, qui rendent possible l'entendement lui-même, et par l'entendement toute expérience, comme en étant le produit empirique. "
Avertissement.
La déduction des catégories est si remplie*de difficultés , elle oblige à pénétrer si profondément dans les premiers concepts de la possibilité de notre connaissance en. général, que, pour éviter la longueur
d'une théorie complète , sans cependant rien négliger dans une recherche si nécessaire, j'ai trouvé plus convenable de préparer plutôt le lecteur que de l'instruire dans les quatre numéros suivants , sauf à ne présenter systématiquement l'explication dé ces éléments de l'entendement que dans la troisième section qui vient immédiatement après. Le lecteur ne se laissera donc pas rebuter jusque-là par une obscurite inévitable. On entre pour la première fois dans une voie entièrement nouvelle; mais on se sentira parfaitement éclairé, je l'espère, dans la section suivante.
De la synthèse de rappréhdnsion dans Pintuition.
Quelle que soit l'origine de nos représentations , qu'elles soient dues à l'influence des choses extérieures ou à des causes intérieures, qu'elles se formentàpnorî ou empiriquement comme des phénomènes , toujours est- il qu'en leur qualité de modifications de l'esprit elles appartiennent au sens intime, et qu'à ce titre, toutes nos connaissances sont définitivement soumises à la condition formelle du sens intime , au temps; elles doivent toutes y être coordonnées , liées et mises en rapport. C'est là une observation générale qu'il faut poser pour fondement de tout ce qui suit.
Toute intuition renferme en soi une diversité qui ne serait cependant pas représentée comme telle , si
l'esprit ne divisait pas le temps en séries d'impressions successives; car toute impression qui est comprise dans un instant n'est jamais autre chose qu'une unité absolue. Afin donc que l'unité de l'intuition résulte de cette diversité (comme , par exemple , dans la représentation de l'espace); il faut d'abord parcourir la diversité; et ensuite la réunir en un tout; j'appelle cette opération synthèse de Y appréhension ^ parce qu'elle a précisément pour objtt l'intuition qui' est fournie sans doute par la diversité , mais qui ne peut cependant jamais être effectuée sans l'intervention de la synthèse, quoique la diversité comme telle soit contenue dans une représentation.
Cette synthèse de l'appréhension doit donc aussi être pratiquée à priori, c'est-à-dire par rapport aux représentations qui ne sont pas empiriques. Sans elle en effet nous ne pourrions avoir à priori y ni représentations de l'espace ni représentations du temps, puisqu'elles ne sont possibles qu'au moyen de la synthèse de la diversité fournie par la sensibilité dans sa réceptivité originelle. Nous avons donc une synthèse pure de l'appréhension .
De la synthèse de la reproduction dans Timagination.
C'est à la vérité une loi purement empirique, que des représentations qui se sont souvent suivies ou
accompagnées » finîdsent par s^associer entre elles, et forment ainsi une liaison , en Conséquence de laquelle, et en TaBsence même de Tôbjet , une de ces représentations amène le* passage de l'esprit à une autre , suivant une règle constante. Mais cette loi de la reproduction suppose qu^e les phénomènes mêmes sont réellement soumis à une telle règle, et' que la diversité de leur représentation s^accomplit suivant certaines lois d'as&ôciaiion simultanée ou consécur tive. Car sans cela , notre imagination empirique n'aurait jamais rien à faire de conforme à s^ puissance y et resterait pai* conséquent cachée dans les profondeurs de Tesprit, comme une faculté morte et même inconnue. Le cinal^re serait tantôt rouge, tantôt noir , tantôt léger , tantôt lourd ; un homme serait changé en un animal , tantôt d'une espèce , tantôt d'une autre; la campagne serait couverte en un long jour, tantôt de fruits, tantôt déneige et de glace. Mon imagination empirique n'aurait pas même loccasion de faire entrer dans la pensée la pesanteur du cinabre avec la représentation de la couleur rouge; c'est-à-dire qu'un certain mot serait affecté, tantôt à telle chose, tantôt à telle autre, ou bien encore, qu'une même chose serait appelée, tantôt d'un nom, tantôt d'un autre, sans qu'il y eût une règle certaine, à laquelle les phénomènes sont déjà soumis d'euxmêmes; aucune synthèse empirique de.la reproduction ne pouvait donc avoir lieu.
TRANSCENDBNTALB. 1 25
Il doit donc y avoir quelque chose qui rende poe* Bible cette reproduction des phénomènes elle-même , en servant de fondement à priori à son nnité synthétique nécessaire. On ne tarde pas à s^en convaincre quand on se rappelle que des phénomènes ne sont pas des choses en soi , mais le simple jeu de nos re» présentations , qui sont en définitive des déterminations du sens intime. Si donc nous pouvons faire voir que nos intuitions à priori^ les plus pures même, ne produisent aucune connaissance à moins de renfermer une liaison du divers qui rende possible une synthèse universelle de la reproduction , alors cette synthèse de Timagination antérieure même à toute expérience , se trouvera fondée sur des principes à priorij et il en faudra reconnaître une synthèse transcendentale pore, qui est même la raison de la possibilité de toute expérience (laqjpielle suppose nécessairement la reproductibilitédesphénomènes).Or,^ il est évident que si je tire une ligne par la pensée, ou que si je veux concevoir la .durée qui sépare un midi d'un autre ^ ou bien eneore si je veux me représenter un certain nombre, je suis dans la nécessité de saisir par la pensée une de ces représentations diverses après l'autre. Mais si les premières parties delà ligne, les parties antérieures du temps, ou les unités successivement représentées s'échappaient toujours de ma pensée et ne se reproduisaient pas , loi*sque je passe aux suivantes, jamais il n'en pourrait
résulter une représentation totale; aucune des pensées précédentes, pas même le& représentations premières et les plus pures d'espace et de temps ne seraient possibles.
La synthèse de l'appréhension est donc indissolublement liée à la synthèse de la reproduction. Et comme celle-là constitue le principe transcendental de la possibilité de toutes les connaissances en général (non-seulement des connaissances empiriques, mais aussi des connaissances pures à j>rion)y la synthèse reproductive de Timagination fait donc partie des actes transcendentaux de l'esprit ; ce qui nous détermine à donner aussi à cette faculté le nom de faculté transcendentale de l'imagination.
De la synthèséide la reconnaissance dans le concept.
Sans la conscience que ce que nous pensons est précisément la même chose que ce que nous pensions un instant auparavant ^ toute reproduction dans la réalité des représentations serait vaine. Car il y aurait pour chaque moment présent une représentation nouvelle qui n'appartiendrait point à l'acte dont elle aurait dû être le produit insensible, et sa diversité ne formerait jamais un tout, parce qu'elle manquerait de l'unité, qu'elle ne peut recevoir que de la conscience. Si, dans la numération, j'oublie
TRANSGENDENTALB. ' 127
que les unités que j'ai maintenant sous le«^.y0ux ont été par moi ajoutées insensiblement les unes aux autres, je. ne connaîtrai pas la production du nombre par l'addition successive de l'unité à l'unité j par conséquent pas non phis le nombre lui-même; car ce concept consiste uniquement dans la conscience de cette unité de la synthèse.
Le mot concëpl^ pourrait déjà nous suggérer à lui seul cette remarque ; car cette conscience une est ce qui réunit à une représentation le divers, insensiblement perçu, et.ensuile reproduit. Cette conscience peut souvent n'être que faible, de telle sorte que ce ne soit que dans l'effet^ mais pas dans l'acte même ou immédiatement, que nous l'associions à la production de la représentation^. Malgré cette différence, il doit toujours y avoir une conscience, quoiqu'elle ne soit pas accompagnée d'une clarté frappante; sans elle, des concepts, et avec eux une connaissance des objets, sont entièrement impossibles.
Il s'agit donc ici de bien s'entendre sur l'expression d'un objet des représentations. Nous avons dit plus haut que des phénomènes ne sont que dçs représentations sensibles qui doivent être considérées en elles-mêmes de la même manière absolument, et non comme des objets (en dehors de la faculté représentative). Mais que veut-on dire lorsqu'on parle d'un objet correspondant à une connaissance, par conséquent aussi d'un objet qui en dif-
128 LOGIQUB
fère ? Il est facile d'apercevoir que cet abjet ne peut être couçu que comme quelque chose en général =â?^ parce qu'en dehors de notj:e connaissance nous n'avons cependant rien que Vous puissions y opposer comme y correspondant.
Mais nous trouvons que notre pensée sur le rapport de toute connaissance à son objet emporte quelque chose de nécessaire, puisque C^t objet est regardé comme ce qui y est opposé, et que nos connaissances ne sont pas déterminées d'une certaine manière au hasard ou arbitrairement, mais à priori, attendu que, si elles doivent se rapportera un objet, elles doivent nécessairement aussi s'accorder entre elles par rapport à ce même objet, c'est-à-dire avoir cette unité qui constitue le concept d'un objet.
Mais il est clair que, n'ayant affaire qu'à la diversité de nos représentations, et que cet œ, qui leur correspond (l'objet), n'étant rien pour nous, par la raison qu'il doit être quelque chose de différent de toutes nos représentations , l'unité que forme nécessairement l'objet, ne saurait être autre chose que l'unité formelle de la conscience dans la synthèse de la diversité des représentations. Alors nous disons que nous connaissons l'objet quand nous avons Opéré l'unité synthétique dans la diversité de l'intuition. Mais cette unité est impossible si l'intuition n'a pu être produite par cette fonction de la synthèse, suivant une règle qui rende nécessaire à priori la re-
TRANSGENDENTALE. 1 29
production du divers, et possible un concept dans lequel ce divers s'unisse. C'est ainsi que nq]i8 concevons un triangle comme objet, lorsque nous avons conscience de la composition de trois lignes droites suivant upe règle qui rend toujours possible l'exposition d'une pareille intuition. Cette tim7^ de la règle détermine donc toute diversité et la restreint à des condiuons qui rendent possible l'unité de Taperception , et le concept de cette unité est la représentation de l'objet = œ que je conçois en pensant les prédicats d'un triangle.
Toute connaissance exige un concept, qpelle qu'en puisse être l'imperfection ou l'obscurité : mais ce concept, quant à sa forifte, est toujours quelque chose de général et qui sert de règle. C'est ainsi que le concept de corps, à cause de l'unité du divers qui y est conçue, sert de règle à notre connaissance des phénomènes extérieurs. Mais il né peut être une règle pour les intuitions, parce qu'il représente, dans les phénomènes donnés, la reproduction nécessaire d» leur diversité, par conséquent l'unité synthétique de leur conscience. Ainsi le concept de corps, dansl'aperceptlon de quelque chose d'extérieur à nous, rend nécessaire la représentation de l'étendue, et avec elle celle de l'impénétrabilité, de la forme, etc.
Toute nécessité a toujours pour fondement une condition trs^nicandentale. Il faut donc trouver un fondement transcendental à l'unité delà conscience, 1. 9
dans la synthèse de la diversité de toutes nos intuitipns , par conséquent aussi [dans la synthèse de la diversité] des concepts des objets en général, et par suite encore [dans celle] de tous les objets de l'expérience sans lesquels il serait impossible de concevoir un objet quelconque de nos perceptions; car cet objet est simplement le quelque chose dont le concept exprime cette nécessité de la synthèse.
Cette condition primitive et transcendentale n'est donc pas différente de Vaperception transcendentale. La conscience de soi-même, en conséquence des déterminations de notre état, est purement empirique, toujours variable dans la perception interne; elle ne peut donn^er aucun Même fixe ou permanent dans ce flux de phénomènes intérieurs, et s'appelle ordinairement le sens intime ou Vaperception empirique. Ce qui doit être nécessairement représenté comme numériquement identique, ne peut pas être conçu comme tel au moyen de données empiriques. Il faut «une condition antérieure à toute expérience , et qui la rendfe même possible. L'expérience doit donc être une preuve en faveur de cette hypothèse transcendentale.
Or , il n'y a pas de connaissances , pas de liaison ni d'unité entre elles possibles sans cette unité de conscience antérieure à toutes les données intuitives, et par rapport à laquelle toute représentation des objets est seule possible. Cette conscience primitive
TRANSCENDEKTALE. 131
pure, immuable, je l'appellerai donc aperception transcendentale . La justesse de cette dénominatiou est déjà rendue sensible par le fait même que Tunité objective la plus pure, celle des concepts à priori (espace et temps) n'est possible que par le rapport des intuitions à cette aperception. L'unité numérique de cette aperception sert donc de fondement à priori à tous les concepts , de même que la diversité de l'espace et du temps est la base des intuitions de la sensibilité. Mais cette unité transcendentale de l'aperception fait , de tous les phénomènes possibles , qui peuvent toujours se rencontrer concurremment dans une expérience , un ensemble de toutes ces représentations
suivant certaines lois. Cette unité de la conscience
serait effectivement impossible si l'esprit, dans la connaissance de i^ diversité, ne pouvait pas avoir conscience de l'identité de la fonction par laaueHe cette unité relie synthétrquement ce divers en une seule connaissance. La conscience originelle et nécessaire de l'identité de soi-même est en même temps une conscience d'une unité non moins nécessaire de la synthèse de tous les phénomènes suivant des concepts , c'est-à-dire selon des règles qui non-seulement les rendent nécessairement reproductibles, mais qui déterminent aussi par là l'objet de leur intuition, c'est-à-dire le concept de quelque chose en quoi ils s'enchaînent nécessairement ;'car Tesprit ne pourrait pas concevoir sa propre identité dans la diversité de
ses représentations , et même à priori, s'il n'avait pas devant les yeux l'identité de ses actions, identité qui soumet toute synthèse de l'appréhension (empirique) à une unité transcendentale, et en rend seule l'ensemhle possible suivant des règles à priori. Nous pouvons maintenant déterminer d'une manière plus juste nos concepts d'un objet : en général toutes les représentations, comme telles, ont leur objet, et peuvent même servir à leur tour d'objets à d'autres représentations. Des phénomènessont les seuls objets qui puissent nous être immédiatement donnés, et ce qui en eux se rapporte immédiatement à l'objet s'appelle intuition. Mais les phénomènes ne sont pas des choses en soi; ils ne sont que des représentations qui ont de nouveau leur objet, lequel ne peut plus être perçu par nous , et doit par conséquent être appelé nonempirique, c'est-à-dire transcendental = œ.
Le concept pur de cet objet transcendental ( qui , danstoutes nos connaissances, esj; réellemeot toujours identiquement = œ) est ce qui daQs -tous nos concepts empiriques en général peut fournir un rapport à un objet, ou donner une réalité objective. Ce concept ne peut donc contenir aucune intuition déterminée, et ne regarde par conséquent que cette unité qui doitse rencontrer dans la diversité de la connaissance, en tant que cette diversité est en rapport atec un objet. Mais ce rapport n'est autre chose que l'unité nécessaire de la conscience , par conséquent aussi de la
TRANSGENDENTALB. 133
synthèse de la diversité, synthèse due à la fonction générale de l'esprit qui a pour objet de réunir le divers en une représentation. Cette unité devant être regardée comme nécessaire à priori (puisque autrement la synthèse serait sans objet), le rapport à un objet transcendental , ic'est-à-dire la réalité objective de notre connaissance empirique reposera sur la loi transcendentale : Que tous les phénomènes^ en tant que des objets doivent nous être donnés par eux, sont soumis aux règles à pnon de leur unité synthétique 9 règles suivant lesquelles seules le rapport des phénomènes est possible dans Tintultion empirique; c'est-à-dire qu'ils doivent être soumis , dans l'expérience, aux conditions de l'unité nécessaire de l'aperception y et, dans la simple intuition , aux conditions formelles de Tespace et du temps, et même que toute connaissance n'est définitivement possible qu'à cette double condition.
Explication préliminaire de la possibilité des catégories , comme
connaissances à priori.
De même que les perceptions ne peuvent être représentées avec ■> ensemble et régularité que dans une expérience, de même toutes les formes des phénomènes, tout rapport de l'être au non-être, n'est possible que dans un espace et un temps. Quand on parle de différentes expériences, ce sont autant de
perceptions seulement , faisant partie d*une seule et même expérience. L'unité universelle et synthétique des perceptions constitue seulement la forme de l'expérience, et n'est autre chose que l'unité synthétique des phénomènes obtenue d'après des concepts.
L'unité de la synthèse suivant des concepts empiriques serait tout à fait contingente , et si ces concepts ne reposaient pas sur un fondement transcendental de l'unité, il serait possible qu'une multitude de phénomènes remplissent notre âme sans que jamais cependant aucune expérience pût en résulter. Mais alors aussi c'en serait fait de tout rapport de la con naissance aux objets , parce qu'il lui manquerait la liaison suivant des lois générales et nécessaires; elle serait donc encore une intuition sans pensée, mais jamais une connaissance 9 et, par suite, n'aurait pour nous aucune valeur.
Les conditions à priori d'une expérience possible en général sont en même temps des conditions de la possibilité des objets de l'expérience. Or, je dis que les catégories ne sont que les conditions de la^ pensée j
dans une expérience -jfiûssiblej de même que F espace et le temps sont les conditions des intuitions de cette même expérience. Les catégories sont donc aussi des concepts fondamentaux pour penser des objets en général^comme phénomènes , et possèdent en conséquence une valeur objective à priori; c'est là pr<^re'ment ce que nous voulions savoir.
^ [ ^U:c :i % ■■■■ \ -• ^ A'^édy
TRANSGENDENTALE • 1 35
Mais la possibilité , la nécessité même de ces catégories tient au rapport de toute la sensibilité , et par suite aussi de tous les phénomènes possibles, à l'aperception primitive ^ dans laquelle tout doit nécessairement s'accorder avec les conditions de l'unité générale de la conscience, c'est-à-dire être soumis aux fonctions générales de la synthèse effectuée suivant des concepts, synthèse dans laquelle l'aperception peut seule établir à priori son universelle et nécessaii^ identité. Ainsi le concept d'une cause n'est qu'une synthèse (de ce qui suit avec d'autres phénomènes), suivant des concepts; sans cette unité, qui a sa règle à priori^ et qui se soumet les phénomènes , une unité de conscience absolue universelle, et nécessaire par conséquent, ne serait pas trouvée dans la diversité des perceptions. Mais qpUes-ci n'appartiendraient , non plus à aucune expérience, seraient par conséquent sanso'bjet, n'étant qu'un vain jeu de représentation , c'est-à-dire moins qu'un songe.
Toutes les tentatives faîtes pour dériver de l'expérience ces concepts intellectuels purs, pour leur donner une origine tout empirique , sont donc entièrement illusoires et vaines. Je ne prendrai pour exemple que le concept d'une cause, concept qui emporte le caractère de nécessité, que ne peut assurément donner aucune expérience, quoique l'expérience nous apprenne qu'un phénomène ordinaire est suivi d'autre chose ; mais elle ne nous dit pas qu'il doive en
âtro néoeaMirement suivi, ni que l'on puisse conclure à priori et d'une façon tout à fait générale, comme d'une condition, à ce qui suit. Cette règle empirique de VtLssociation, qu'il faut néanmoins généralement admettre quand on dit que tout, dans la série des événementSy est tellement soumis à une règle, que jamais rien n'arrive s'il n*a été précédé de quelque chose qu'il suit toujours; cette règle) disons-nous, sur quoi repose-t-elle, comme loi de la nature , et comment cette association même est-elle possible? Le fondement de la possibilité de l'association du divers qui est dans l'objet, est Vciffinité du divers même. Je demanlle doue comment on^ peut se rendre intelligible l'affinité universelle de^ phénomènes (au moyen de laquelle ils sont soumis à des lois constantes et doivent s'y ranger).
Elle est très-concevable d'après mes principes. Tous les phénomènes possibles, à titre de représentations, appartiennent à toute la conscience possible. L'identité numérique est certaine à priorij et inséparable de cette conscience comme représentation transcendentale, parce que rien ne peut être connu sans cette aperception primitive. Or, comme cette identité, nécessaire dans la synthèse de toute diversité phénoménale, doit intervenir ici, les phénomènes sont donc soumis à des conditions à priori, avec lesquelles leur synthèse (de l'appréhension) doit être d'accord. Mais la représentation d'une^condition gé-
nérale suivant laquelle peut être posée une certaine diversité (par conséquent d'ttjae manière identique), prend le nom de règle; et si la diversité doit être posée de la. sorte, elle prend alors le nom de lai. Tous les phénomènes sont donc universellement Iié% suivant des lois nécessaires, et par conséquent soumis à une affinité transcendeiitale ^ d<mt V empirique n'est qu'une sinjple^'conséquence.
Que la nature doive se régler sur notre principe subjectif de Taperception, qu'elle doive même en dépendre quant à fta légitimité, c'est ce qui semble aussi absurde qu'étanger. Mais si l'on fait attention que cette nature n'est en soi qu'un ensemble de phénomènes, par conséquent aucune chose en soi, mais simplement une multitude de représentations de l'esprit ; on ne sera pas surpris de no Tapercevoir que dans la. faculté radicale de toute notre connais* sance, dans l'aperception transcendentale , dans cette unité qui permet de l'appeler un objet de toute expérience possible, c'est-à-dire une nature. On comprendra que nous puissions , par cette même raison encore, connaître cette umié à priori^ par conséquent comme nécessaire, ce qui ne serait pas possible si elle était donnée en soi , indépendamment des premières sources de notre pensée. Car je ne saurais pas où nous devrions prendre les propositions synthétiques d'une semblable unité générale de la nature, parce qu'il faudrait alors les emprunter des ob-
jets mêmes de la nature. Et comqiQ la chose ne serait possible qu'empiriquemjent^ il n'en pourrait résulter qu'une unité purement contragente, mais qui serait loin de suffire à renchainemeut nécessaire que l'on conçoit quand on nomme la nature.