‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 37 sur 72 · DÉDUCTION DES CONCEÇTS INTELLECTUELS PURS · texte numérisé non relu

DÉDUCTION DES CONCEÇTS INTELLECTUELS PURS

SECTIOïf III.

Du rapport de Tentendement aux objets en général et à la possibilité

de les connaître à priori.

Nous exposerons ici,. d'une manière suivie et systématique, ce que nous avons dit d'une fa^on détachée et fragmentaire dans la section précédente. Il y a ft'ois sources de connaissances subjectives, qui sont le fondement de la possibilité .d'une expérience en général, et de la connaissance des objets sensibles : le sens^ Y imagination et taperception. Chacune d'elles peut être regardée comme empirique dans l'application à des phénomènes* donnés , mais toutes sont aussi des éléments ou fondements à prwrij qui rendent possible cet usage empirique même. Le sens représente les phénomènes empiriquement dans la perception^ Yimagination dans Vassociation (et la reproduction), Vaperception dans la conscience empirique de l'identité de ces représentations reproductives avec les phénomènes qui les donnent, par conséquent dans la reconnaissance.

TRANSGENDENTALE • 1 39

Mais toute perception a pour fondement à priori Tintuition pure (comme représentation, sa raison à priori est la forme de Tintuition pore, le temps) ; l'association, la synthèse ptire de l'imagination; et la synthèse empirique, l'aperception pure, c'est-àdire l'identité universelle d'elle-même dans toutes les représentations possibles.

Si donc nous voulons poui^uivre la raison interne de cette liaison des représentations jusqu'au point où elles doivent toutes converger pour y recevoir à la fin Tunité de connaissance [nécessaire] à une expé* rience possible, nous devons alors commencer par l'aperception pure. Toutes les intuitions ne sont rien pour nous, et ne nous regardent absolument, pas , si elles ne peuvent être saisies dans la conscience, qu'elles y pénètrent directement ou indirectement. C!est à la conscience aftiijft giift nçyp sommes redevables dfi Ifl p^r^p'^'gp^n^^ Nous avons conscience à priori de l'identité constante de nous-mêmes par rapport à toutes les représentations qui peuvent ja-r mais faire partie de notre connaissance, comme d'une condition nécessaire de la possibilité de toutes les représentations (parce que ces représentations ne sont telles qu'à la condition qu'elles se rattachent avec tout le reste à la conscience, où par conséquent elles doivent au moins pouvoir être liées). Ce principe est fermement établi à priori, et peut s'appeler le prinr cipe transcendental de l'unité de tout le divers de nos

représentations, par conséquent aussi [du divers] dans Tintuition. L'unité du divers dans un sujet est donc synthétique : l'aperception pure fournit donc un principe de l'unité synthétique du divers dans toute intuition possible (1).

Mgis cette unité synthétique suppose une synthèse, ou la renferme, et .si la première doit être nécessairement d priori, la secoade doit aussi être une synthèse à priori. L'unité transcendentale de l'aperception se rapporte donc à la synthèse pure de l'iraagi-

(1) Il faut bien remarquer cette proposition, qui est d'une grande importance. Toutes les représentations ont un rapport nécessaire à une conscience empirique possible ; car si elles ne Pavaient pas, et qu'il fût impossible d'en avoir conscience, autant vaudrait dire qu'elles n'existent pas. Mais toute conscience empirique a un rapport nécessaire à une conscience transcendentale (antérieure à toute expérience particulière], c'est-k-dire k la conscience de moi- Même, comme aperception primitive. Il est donc absolument nécessaire que dans ma connaissance toute conscience se rapporte k une seule conscience (k moi-Méme). Il y a donc ici une unité synthétique dé la diversité (de la conscience), qui est connue à priori , et qui donne ainsi le londemcnt des propositions synthétiques à priori concernant la pensée pure ; c'est ainsi que l'espace et le temps sont la base des propositions relatives k la forme de la simple intuition. La proposition synthétique, Que toute conscience empirique diverse doit être liée en une seule conscience , est le principe absolument premier et synthétique de notre pensée eu général. Mais il ne faut pas perdre de vue que la simple représentation moi est (par rapport k toutes] les autres, àont elle rend possible Tunité collective), la conscience transcendentale. Cette représentation peut donc être claire (conscience empirique) ou obscure, peu importe ici, sa réalité même n'y fait rien; mais la possibilité de la forme logique de toute connaissance repose nécessairement sur le rapport k cette aperception comme faculté.

TRANSGENDENTALB. 141

nation, comme une condition à priori de la possibilité de toute composition de la diversité dans la connaissance. Mais la Synthèse productive de l'ima^nation {Jéut seule avoir lieu à priori; car la reproduction repose sur des conditions expérimentales. Le principe de l'unité nécessaire de* là synthèse (productive) pure de l'imagination antérieur à Taperoeption est donc le fondeiçent de la possibilité de toute connaissance , particulièrement de Texpérienee.

Ovy nous appelons transcendentale la synthèse^de la diversité dans |,'4ipa^ nation, quand, sans distinction des intuitions^ «elle tend simplement à lier le divers à priori; et l'unité de cette synthèse s'appelle transcendentale, lorsqu'elle est représentée comme nécessaire à priori dans son rapport avec l'unité primitive de l'apereeption. Et comme cette dernière [unité] sert de fondement à, la possibilité de toute connaissance, l'unité transcendentale de la synthèse de l'imagination est la forme pure de toute connaissance jWssible; [forme] qui doit par conséquent servir à priori à la représentation de tous les objets de l'expérience possible.

Uunité de Vaperception par rapport à la synthèse de ^imagination est Y entendement, et cette même unité, relativement à la synthèse transcendentale de l'i* magination, est Y entendement pur. 11 y a donc dans l'entendement des connaissances pures à priori qui

renferment Tunité nécessaire de la synthèse pure de l'imagination , par rapport à tous les phénomènes possibles. Ce sont des catégories, c'est-à-dire des concepts intellectuels purs. L'intelligence empirique de l'homme doit donc comprendre un entendement qui se rapporte à tous les objets de^ sens, quoiqu'à l'aide seulement de l'intuition et àe leur synthèse par l'imagination , entendement auquel se trouvent ainsi soumis tous» les phénomènes comme des données pour une expérience possible. Ce rapport des phénomènes à une expérience possible étant aussi nécessaire (parce que sans elle ils ne nous donneraient aucune connaissance, et qu'ils ne nous regardent par conséquent pas), il s'ensuit que l'entendement pur, grâce aux catégories, est un principe formel et synthétique de toutes les expériences, et que les phénomènes ont un rapport nécessaire à l'entendement.

Nous exposerons . maintenant l'enchaînement nécessaire de l'entendement avec les phénomènes à l'aide des catégories, en suivant une marche ascendante, c'est-à-dire en partant de l'élément empirique de la connaissance. La première chose qui nous est donnée est le phénomène, qui, s'il est uni à la conscience, s'appelle perception (sans le rapport à Lune conscience au moins possible, un phénomène ne / pourrait jamais devenir un objet de la connaissance, / et par conséquent ne serait jamais rien pour nous;

TRANSCENDEliTALE. 143

et comme il n'a en soi aucune réalité objective, et qu'il n'existe que dans la connaissance, il ne serait rien nulle part). Mais comme tout phénomène renferme une diversité , et qu'ainsi des perceptions différentes se trouvent «comme disséminées et isolées dans TespEit, elles doivent avoir une liaison qu'elles n'ont pas dans le ^ens même. Il y a donc en nous un pouvoir actif de synthétiser cette- diversité, pouvoir que nous Qommons imagination , et dont Taction immédiate sur les perception» s'appelle appréhension (1). L'imagination doit donc réduire la diversité des intuitions en une image; elle doit donc auparavant soumettre à son activité, c'est-à-dire appréhender les impressions.

Mais il est clair que même cette appréhension du divers ne produirait encore toute seule aucune image et aucune composition des impressions , s'il n'existait pas un principe subjectif, une perception d'où part TiBsprit pour aller à une autre, appeler du même côté les suivantes, et en exposer ainsi l'entière série; c'est-à-dire s'il n'existait pas une faculté reproduc-

(i) Aucun psychologue D'à bien vu encore que rimaginalion entre nécessairement dans la perception. C'est que d'une part on a restreint cette faculté aux reproductions, et que, d'autre part, on a cru que les seus non-seulement nous donnent des impressions, mais encore les composent, et produisent des images des objets. Ce résultat exige certainement, outre la réceptivité des impressions, une fonction qui les synthétise.

144 LOGIQUB

tive de l'imagination , faculté qui n'est donc encore qu'empirique:

Mais parce que , si des représentations se reproduisent indistinctement les uoes les autres, suivant l'ordre de Feur coïncidence, loinide former un enchaînement déterminé j elles ne sonjt qu'un assemblage sans règle , d'où nulle connaissanca ne saurait résulter; leur reproduction doit avoir une rè^le suivant laquelle une représentation s'unit plutôt dans \ l'imagination avec celle-ci qu'avec celle-là. Ce prin- 'Cipe subjectif et empirique de la reproduction suivant des règles s'appelle association des représentations, ; Si cette unité, de l'asâocration n'avait cependant pas aussi un fondement objectif tel qu'il fût impossible que*des phénomènes fussent appréhendés par l'imagination autrement que^ sous la condition d'une unité / synthétique possible de cette appréhension, l'accord fi des phénomènes avec la connaissance humaine serait alors une chose entièrement fortuite. Car bien que nous eussionsla faculté d'associer des perceptions, leur ' associabilité resterait toujours entièrement indétermi- 1 née et contingente. Et dans le cas où elles ne seraient ! pas susceptibles d'association, il pourrait y avoir une y : foule de perceptions, toute une sensibilité nième qui

! seraient accompagnéesd-'iiiïè multitude de consciences I empiriques ^dans l'esprit, mais distinctes, et qui ne ! se rattacheraient pas à une conscience de moi-même;

ce qui est impossible. Car de cela seul que je réduis touteaJe»'^»ef6êptiaaaÀuae seule conscience (de l'aperceptipu primitive), je puis dire que j'ai conscience dejoioiHxréme dans toutea ces perceptions. Il faut donc admettre à priori un fondement objectif, c'està-dire antérieur à toutes les lois empiriques de l'imagination, qui serve de base à la possibilité, et même à la nécessité d'uhe^oi s'étendant à tous les phénomènes , celle qui consiste à les regarder tous comme des donnéesdes sens susceptibles d'association, et soumises à des lois universelles d'une liaison constante . dans la reproduction. J'appelle affinité des phénomènes ce principe objectif de leur association. Nous ne pouvons rencontrer ce principe que dans celui de l'unité de l'aperception par rapport à toutes les connaissances qui doivent m'appartenir. Tous les phé- * nomènes doivent, en conséquence, se présenter dans l'esprit ou être saisis de façon à s'accorder avec l'unité de l'aperception ; ce qui serait impossible sans l'unité synthétique de leur liaison , qui est pac conséquent aussi nécessaire objectivement.

L'unité objective de toute conscience empirique dans une seule conscience (celle de l'aperception primitive) est donc la condition nécessaire de toute perception possible^ et l'affinité de tous les phénomènes (proches ou éloignés)], est une conséquence nécessaire d'une synthèse dans l'imagination , qui a des règles à priori.

1 4^ l.UG(QUP

II' irnagi nation ^^t donc auaai une faculté d'une syatbèBQ à priori, po qui fait que nous lui donnons le DQni d'imagination productive» Ëp taiH qu'alla n'u d'^utro but qup l'upité nécessaire de la diversité dw phénpHfènesi q}1p peut s'appeler fonction transcendflutale de l'imagination» Il est étonnant ^m9 doute, maip clairement établi par ce qui précède^ que ce soit par le moyen seul de cette fonction tranacendentale de l'imagination, que Tefficacité des phénomè- ^ neSy et avec elle ritasociation, et par l'association la reproductipn suivant certaines lois, enfin l'expérience ^lle-inême soient possibles; sans elle en effet, aucuns concepts d'objets ne se réuniraient de manière à former une expérience-

Car le moi fixe et permanent (de l'aperception pure) est le corrélatif de toutes nos repfésentsitipns, en tant qu'il est purement possible d'en avoir consciencci et toute conscience n'appartient pas moinç ^ une apprpeption pure universellement comprében** sive, que toute intuition sensible n'appartient, comme représentation, à une intuition interne pnre, c'est-à-dire au temps. Cette aperception est donc ce qui doit s'ajouter à l'imagination pni'e ppur en rendre la fonction intelligible* Car en elle-n^êmei la synthèse de l'imagination, quoique e:|^ercée à jorton^ est cependant toujours sensible, parce qu'elle ne lie le divers que comme il apparaît dansf l'intuition, par exemple la figure d'un triangle. Mais le rap*

tipn Bsqi|i^|e| ^(la coqcfip^ ii)tell^tf(e|9.

Noug ayons dpjne une ijns^giqatioR p^re, powfflp faculté fondamentale de Y^me )ium^infi^ qi(| est 1^ fondeipent dç toute coni^aispstitce f| priori, Elle nous serf à pfodifirp Iç diyers de riQtuUioq, et à l'unir ^ l'aide de Vui^îté nécessaire de Tapefceptiou pure. Les deux tormes extrêmes, la sensibilité et l'entendementi doivent 0tre mis en rapport 4'une maniè|*e nécessaire par le moyen de cette fonction transeendentale de l'imagination *, sans cela ces deux facultés donneraient bien encore des phénomènes^ mais pas d'pbjets d'une connaissance empirique, par conséquent pas d'expériencQ. L'expérience réelle, qui m compose de l'appréhension, de l'association (delà r^ produptiop), enfin de la reconnaissance deç phénomènef , comprendra dans ce( . élément dernier et suprême (dans l'élément purement empirique de l'expérience), deseoncepts qui rendant possible l'unité formelle de l'expérience, etavec elle toute valeur objective (vérité) de la connaissance empirique. Ces principeç de la reconnaissance du divers^ en tant qu'ils ne concernent que la forme d'une expérience en général^ sont nos catégories. Elles servent donc de fondement à toute unité fprniellQ dans la synthèse de l'imagination, et par le moyen de cette synthèse, à tout? unité de l'usage ei^pirique de cet(e faculté

(dans la récognition, la reproduction, Tassociation, l'appréhension), jusqu'aux phénomènes, qui ne peuvent faire partie de la connaissance, et en général, de notre conscience, par conséquent de nous-mêmes, qu'à la condition de ces éléments.

L'ordre et la régularité dans les phénomènes, ce qife nous appelons nature^ est donc notre œuvre à nous, et nous ne l'y trouverions pas, si elle n'y avait pas été mise d'abord par nous , ou par la nature de notre esprit. Car cette unité naturelle doit être une unité nécessaire, c'est-à-dire une certaine unité à ' priori de la liaison des phénomènes. Mais comment pourrions-nous produire une unité synthétique à priori, s'il n'y avait pas dans les sources originelles de notre esprit des raisons subjectives d'une semblable unité à priori, et si ces conditions subjectives n'étaient pas en même temps objectivement valables, puisqu'elles sont les fondements de la possibilité de connaître en général un objet dans l'expérience?

Nous avons défini plus haut l'entendement de diverses manières; nous l'avons appelé : une spontanéité de la connaissance (par opposition à la réceptivité de la sensibilité), une faculté de penser, ou bien encore une faculté des concepts ou des jugements ; toutes définitions qui, mises dans tout leur jour, reviennent à une seule. Nous pouvons à présent le caractériser comme étant la faculté des règles. Ce signe est plus fécond, et se rapproche davantage de l'essence de la

chose. Lasensibiliténoiisdonnedes formes (de Tint uition), et reatendementdes règles. Il est toujours appliqué à observer les phénomènes pour y trouver quelque règle. Les règles, si elles sont objectives (si par con-* séquent elles se rattachent nécessairement à la connaissance de l'objet), s'appellent lois. Quoique nous apprenions beaucoup de lois par expérience, ces lois ne sont cependant que des déterminations particulières de lois supérieures encore, parmi lesquelles les plus élevées (auxquelles toutes les autres sont soumises) procèdent à priori de l'entendement même, et ne sont pas empruntées de l'expérience, mais au contraire donnent aux phénomènes leur légitimité, et doivent, par cette raison même, rendre l'expérience possible. L'entendement n'est donc pas simplement une faculté de se faire des règles en comparant des phénomènes : il est même la législation pùur la nature : c'est-à-dire que sans l'entendement il n'y aurait pas du tout de nature, ou pas d'unité synthétique de la diversité des phénomènes suivant certaines règles : car des phénomènes, comme tels, ne peuvent avoir lieu hors^de nous; ils n'existent au contraire que dans notre sensibilité. Mais celle-ci, comme objet de la connaissance dans une expérience, avec tout ce qu'elle peut contenir, n'est possible que dans l'unité de l'aperception. Mais l'unité de l'aperception est le fondement transcendental de la légitimité nécessaire de tous les phénomènes dans une expérience. Cette

même unité de Taperception pai* rapport â la diver- BÎté des réprésebtatioDS (pour la déteritlltier en partant d*une seule) est la l^gle, et la faculté de ces réglée) r«ntendembtlt« Tous les phénoMètles^ bomme eipfiriéiliced po^isibles^ Èoût dodê d pHùri datili Tehtetldemwt^ et eii tireât Jaur possibilité Ibrmellé, de ift tnêine ttiftUière (}il'ilb «ont, à titre dé pwtfôl^ intuitiUttft; datlB \A MUdibilité, et qu'ilë hé Vbht possibles qtle pkf èU« soiig le rapport de là toimb.

L'etitèiiaeittent plir est dbtle 4ànd lés cftté^oHed la loi de ruMté Syuthétit^ue dd toUd les phétiomênes^ et rend par Ift pdMibîô {)Hginellen)ent et avant tout rexpéHéiice qhftnt A la foi'tne. Mais notlA n'avions, datld la déduction trandfcendetitalë des catégories, qu'à fHire comprendre be rapport de l^ehtëhdement ft la Ëëhsibilité, et par son tnoyèn à tous les objetb deTexpérience, par conséquent à établir là valeur objebtive de ses cbncbptB purs àpriïiHttkfLxht ainsi IbûrbH- ^lUëëtteûrtétitéi

Page 1