‹ La critique de la raison pure. Tome premierChapitre 39 sur 72 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Analytique des principes.

La Logique générale s'élève sur un fondement parfaitement d'accord avec la division précédente des facultés supérieures de connaître^ qui sont : V entendement ^ le jugement et la raison. Cette science traite donc, dans son Analytique, des concepts j des jugements et des raisonnements j suivant les fonctions et l'ordre

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des facultés intellectuelles que l'on comprend en général sous la dénomination - large d'entendement.

Cette Logique purement formelle, faisant abstraction de toute matière de la connaissance (pure ou empirique), et ne s'occupant en général que de là forme de la pensée (de la connaissan^ce discursive), peut comprendre aussi dans sa partie analytique le canon ou la règle de la raison, dont la forme a son prèscrit certain, prescrit qui, sans considérer la nature particulière de la connaissance qu'on y traite, peut être aperçu à priori^ par la simple décomposition des actes de la raison en leurs divers moments. ^

La Logique transcendentale étant restreinte à un objet déterminé, à la connaissance pure à priori, ne peut imiter la Logique générale dans cette division ; car on comprend que l'usage transcendental de la raison ne vaut point objectivement, et n'appartient par conséquent pas à la logique de la vérité^ c'est-àdire à l'Analytique ; mais que, comme logique de r apparence, elle réclame une partie spéciale de la science scolastique, sous le nom de Dialectique transcendentale.

L'entendement et le jugement sont donc susceptibles d'un canon pour leur usage objectivement valable, et par conséquent vrai, dans la logique transcendentale, et appartiennent en conséquence à la partie analytique de cette logique. Mais la raison, dans ses tentatives pour décider quelque chose à

priori but les objeti, et étebdre la tsonnàissatlëe àti delà déô bornes de Pexpérienca possible, est ti3Ute dialectique^ et des afllt*iiiâtiotis d'apparence hé peuvent absolument i)as s'accofntioder â un cânbn tel cependant que doit lé contenii^ TAtialyti^Ue.

VÀfial^tique des principes d'est donc siiUplenient qu'un canon pbUr la facullé de juger. Elle apprend au jugement â mire aux phéDobènes l'ajij^Iication des concepts intellectueté qui contienneni la^ condition de règles a priori {i). Me proposant de traiter dèô Principes propres de Veniendemeni^ je me servirai donc des ihols théorie du jugement pour dé- . signer plus pai'ticuUèrement ce traité.

Du jugement transcendental en général.

*- - Si je Fais de Ventendement en général ia faculté des règles, la faculté de juster^eraja faculté de subsumer, c'est-à-dire de distinguer si quelque chosenist ou n'est pas soumis à une règle donnée

" (casus datœ legis), La Logique générale ne contient pas de prescrits pour le jugement et n'en peut pas même contenir; car, puisqu'elle fait' abstraction de toute matihre de la connaissance] il ne .lui reste qu'à

(ij Rêgl€y signifie ici idée générale. T.

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exposef* ânalytiquement la sitnple forme de la mn* naiBBanëe dand les concepts, dans les jugements et les raiéoIiIlBIll^nt8 , et à établir par là les règles formelles de tout usagé dé reoteildetaeDtk 6i dono elle Yottlait faire Voir en général comment OD doit fiubsumer a ces règles^ e'QBt-»à-dire comment on doit distinguer si quel(lue chose y e9t ou non lK)umis» il est éyident qu'elle ne le pourrait encore qu'en suivant quelque règle. Mais cette règle, par là même qu'elle en serait une^ exigerait une nouvelle instruc*tion pour le jugements D'où l'on voit que l'enten* dément estf à la vérité) capable d'instruction au moyen de règles^ mais que le jugement est un don naturel particulier qui ne peut absolument pas être

appriBj tttaii qui vent êeûlëmetit être eultif 6. Cette

faculté est âonc au^sî la partie constitutive du bon sens^ dbnt le défaut né peut être réparé par au* cune étilde; car qiioiqiie cette éttidë puisse donner, inoculer, pour ainsi dire, à une intelligence bornée de nombreuses réglée ëi1i^rufitéë& ft tin esprit

étraugêi", cgpôndant la feeulté de s'en tiërvir tiôfive-

nàblemeht appartient à l'élève lui-même, et aucune des règles qu'on peut prescrire à ce sujet n'est un sur garant contre le mauvais usage qu'il pourrait fkirë des première^ pa^r suite du défaut de ce don de la nature (1). C'est |)oUrqaoi un juge ^ un

(1) Le défaut de jugement est proprement ce qu'on appelle slu-

publiciate peut avoir dans la tète un grand nombre de règles pathologiques, juridiques, ou politiques, au point d'être en cela même un profond docteur, et cependant failli^ très^-facilement dans leur application, soit parce qu'il manque de jugement naturel (quelque sain que soit son entendement), pouvant en effet apercevoir le général in abstracto, sans pouvoir plus rien distinguer dans un cas particulier in concreto; ou bien encore parce qu'il a été accoutumé à juger par des exempks et dans des affaires réelles. Les exemples ont une grande et unique utilité, celle d'exercer le jugement ; car, pour ce qui regarde la justesse et la précision de l'aperçu intel-

pidité. Il n'y a pas de remède à un tel vice. Une tête obtuse et bornée, qui ne manque qu'à un certain degré d'entendement, et de concepts intellectuels, est très-susceptible de s'orner par l'instruction , même jusqu'à l'érudition. Mais aussi, comme le plus souvent il y a défaut de jugement chez ces sortes de gens (comme dans la seconde épître de saint Pierre*), il n'est pas rare de trouver des hommes très-instruits qui laissent apercevoir dans l'emploi de leur science ce vice irrémédiable.

* Se dois dire ici, pour l'acquit de ma conscience, que cette version porterait à croire que la seconde épltre de saint Pierre est marquée du yice intellectuel en question ; tandis que le traducteur anglais croit, au -contraire, qu'il s'agit d'une allusion faite à ce défaut par saint Pierre. Je n'ai pas su trouver cette allusion. Mais, comme je ne voudrais pas faire dire à Kant ce qu'il n'a pas dit en efiet, voici sa phrase et les versions que j'en ai sous les yeux. Il vient de parler d'une tête obtuse : Ein stumpfer.., Kopf, etc. Da e$ aber gemeiniglieh altdann auch an jenem (der tecunda Pétri) zu fehlen pflege.... Littéralement : à celui-là (à la seconde [ou de la seconde, ou plutôt encore dans la seconde, puisque l'auteur conserve ici la terminaison latine de l'ablatif] de Pierre)... Dans tous les cas, il y a oMipse. Voici les autres traductions : lo Angl. But as Ihen commonly there it thc want alluded to {secunda Pétri),..** So Ital. Ma, siecome in ingegni co»\ fatli è d'feUosa ordinariamente anche la délia facollà (/a seconda di Pietro).,. 3e Lat. Sed qao" niàm plerumque etiam altéra pars Pétri déesse videtur.., T.

lectuel, ils lui portent en général un grand préjudice, parce qu'ils cadrent rarement d'une manière parfaite avec la condition de la règle (comme casus in terminis)j et affaiblissent souvent en outre la contention d'esprit nécessaire pour apercevoir abstraitement les règles dans toute leur unité, indépendamment des cas particuliers de l'expérience, et font enfin que l'esprit s'accommode à l'usage de ces

règles plutôt comme à des formules que comme à | des principes. Les exemples sont donc en quelque ^ sorte l'instrument qui sert à aiguiser le jugement, et dont ne peut jamais se passer celui à qui cette faculté n'a point été départie par la nature.

Mais, quoique la Logique générale ne puisse pas donner de préceptes au jugement, il en est cependant tout autrement de la Logique transcendentale; tellement que celle-ci semble avoir pour attribution. propre de redresser et de garantir le jugement dans l'usage de l'entendement pur par des règles déterminées. Car la philosophie ne semble pas être nécessaire, ou plutôt paraît être abusivement employée, pour donner de l'extension à l'entendement dans le champ de la connaissance pure à priori ^ et par conséquent lorsqu'on la fait servir comme doctrine, puisqu'en fait on a peu ou point gagné de terrain, malgré toutes les tentatives faites jusqu'ici pour arriver à ce but. Mais comme Critique, c'est-à-dire comme moyen de prévenir les faux pas du jugement (lapsus

tnflli pnn qn^ OQWI «Vfll^t li^pliiloippltlf) »'pSre avep liiHtO si^ pénétralim» f)( tQ^t« ipq habileté d'ftxpteq :

M»iBlaptuïâpp)ii$tr4n^n4ept{il§9ç«ia()9prqprf;( qu'ootrfl U r^le ( Ql) plutôt l§ ponflitioq géq^le de^ rê^ltf) qui iwt dpQQ^ (l(^A9 Ip cofloept pu? de VeA- (endmnpnd ell0 p9p( en Q^èpiQ tQipp^k^iro voir à prim le cas auquel ce» règles doivent être fippUqqéei, 14 cause de sa lupéf iofité eo ce}a par rapport à toutes les autres M^nce^ enaeigqaPte^ (excepté le^ mathématiques), e'e^t qu'fiUfttraite de concepts qui doivent se rapporter à priori à, leurs objets, et dont par coqpéquent la valeur pbjective ^e peut pas êtrp démontfép à posteriori; car il «e i' agirait pas là dp la va- Içfur objective eipérimeAtale de ces concepts. Mais la p^iilosQphie transcendenfale doit cependant donner en m^WP temps di^ns des caractères généraux, et néi^nnioinSi suffisants des conditions sous lesquelles des objets puissent être donnés en accprd avec ces cpqcept^y autrement ils manqueraient d'objets, et ne seraient que de simples formes logiques et nou des concepts purs de reptendement.

Cette théorie trç>mçendentale de la foci^lté de juger se réduit donc à deu]|^ chapitres : le premier, qui traite de la condition sen8i];)l^sous laquelle seule des cqucept« pur9 de rentcndemcut peuvent être employés c'e8tT!4*4ife du jc/^m0ii^m$ d^ Tfinteadpwent pur;

le sacopd] (|ui traitfi de^ jugeiqeots synthétiqpeç dérivant des concepts pu(*s dQ l'enteademppt stogs cette copditipQ à priori, et qui 6erv0nt de fondement aux autres conuaissaDces à priçri^ c'est-àHlixe'^ des priDcipe^ de Tepteademeqt pur.

THÉORIE TRANSCENDENTALE pU JUGEMENT

(ou ANA|.YTIQUE DBS PRINCIPES).

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