L061QU
tout la matière nous rende possible la perception des lieux que nous occupons, qu'elle ne peut faire connaître sa simultanéité que par le moyen de son influence réciproque, et qu'elle peut aussi par là donner à connaître (quoique d'une manière médiate seulement ) la coexistence des objets les plus éloignés. Sans commerce, toute perception (du phénomène dans l'espace) est isolée d'une autre, et la chaîne des représentations empiriques, c'est-à-dire l'expérience, commencerait tout de nouveau par un autre objets sans que le précédent pût constituer un rapport de temps avec le second ni s'y rattacher le moins du monde.Mon intention n'est paspour cela de combattre la vacuité de l'espace : car il peut toujours être, sans qu'il y ait en lui des perceptions, et par conséquent sans qu'il y ait aucune connaissance empirique de la simultanéité ; mais alors il n'est point un objet de l'expérience possible.
Il faut remarquer pour plus de clarté que, dans notre esprit, tous les phénomènes doivent, comme compris dans une expérience possible, être en communauté (commumo) d'aperception , et qu'en tant que les objets doivent être représentés comme liés ensemble, il est nécessaire qu'ils déterminent réciproquement leur place dans un temps, afin de composer un tout. Pour que ce commerce subjectif repose sur un fondement objectif ou soit rapporté aux phénomènes comme substances, la perception de
TRANSGENDËNTALE. 241
Tun, comme principe, doit rendre possible la perception de l'autre et réciproquement, pour que la suc-* cession, qui est toujours dans les perceptions comme appréhensions, ne soit pas attribuée aux objets, mais que ceux-ci puissent être représentés comme coexistants. G'estlà une influence mutuelle, c'est-à-dire un commerce réel des substances, sans lequel le rap* port empirique de la simultanéité ne pourrait avoir lieu dans l'expérience. Au moyen de ce commerce, les phénomènes, en tant qu'extérieurs les uns aux autres, et cependant liés ensemble, forment un composé (compositum reale) dont il peut exister de plusieurs sortes. Les trois rapports dynamiques qui donnent naissance à tous les autres sont donc l'inhérence, la conséquence et la composition.
Telles sont donc les trois analogies de Texpérience. Elles ne sont autre chose que les principes de la détermination de l'existence des phénomènes dans le temps d'après ses trois modes, c'est-à-dire d'après le rapport au temps lui-même, comme quantité ( la quantité de l'existence, c'est-à-dire la durée ), d'après le rapport dans le temps comme série ( succession), et d'après le temps en lui-même comme ensemble de toute existence (simultanéité). Cette unité de la détermination du temps est toute dynamique;
c'est-à-dire que le temps n'est pas considéré comme I. 15
oe ,en quoi l'expérience détermine impiédiatement la pia^^.de, d^^qi^e existence, ce qui e^t impof»»blp, p^rce que (le.tqr^ps absolu n'est ppint un p)^$t de la perception, ajyf. moyen . cluq^el , Iç^ phénomènes puissenjt être . cp.mp^^réa Cflitre e.ux;^ wais. U l9ide Tentei^dement par laquelle«8euleyepLip]bencQ4es phénomène3,4evij9nt 8U8(;epJiH)^\^ dejUun,i|4.ayRtli4tiquç suivant les rapports de tcf^ps,, d^f^rn^ine à. chacun d'eux sa place dans le temps,, par. coi^équent à friori et valablement pour tous les temps et pour
chaque temps. , .,,,.;,
Par le mot nature (dans le sens empirique), .UQus comprenons Tensemble des phénomènes, quant, à leur existence, d'après des règles nécessaires, c'està-dire des lois. Ce sont donc certaines lois, et même à priori, qui, en définitive, rendent la nature possible; les lois empiriques ne peuvent avoip lieu ni être découvertes que par le moyen de l'exppriçnce,, et même en vertu de ces lois primordiales suivaot lesr quelles seules rexpérience elle-même est po^s^ble. Nos analogies font donc proprement connaître l'unité de la nature d^ns l'enchaînement de tous les phénomènes sous certains exposants, qui n'pxpriment que le rapport du temps (en tant qu'il erpbrasse tovite existence) à l'unité de Taperception, unité qui n'a lieu que dans la synthèse suivant des règles. Leur signification commune est donc celle-ci : Tous les phénomènes sont dans une nature uniqueet doivent y être, puisque
TRANSGENDENTALE. 243
p^r coaséqu(^Qt auçi^ne ,4^termiaatioa des objets, ne serait possible dans l 'expérience.
^^ Maipil y a e^cQî;e nne remaraue^à faire sur la magièi^e jipnjt nous avqnp prouvé ç^^s iQJpMatufgljes tVjàfi,^;: cendentales, et, sur le caractère propre de. ce eenre de preuves; et cette remarque doit être très-importante en même temps comme règle pour toute autre tentative de démontrer a priori des thèses intellectuelles qui sont en même temps synthétiques. Si nous avions démontré ces analogies dogmatiquement, c est-à-dire si nous eussions voulu établir par concepts que tout ce qui existe ne se rencontre que dans ce qui est permanent; que tout événement suppose queïque chose dans un état précédent, à quoi il succède suivant une règle; enfin, que dans la diversité qui existe en même temps les états sont ensemble en ràpportentreeux suivant une certaine loi (sont en commerce) : alors notre peine aurait été entièrement perdue. Car on ne peut aller d'un objet et de son existence à l'existence d'un autre, ou à sa manière d'être, par les seuls concepts de ces choses, de quelque manière qu'on en fasse l'analyse. Que nous restait-il donc? la possibilité de l'expérience, comme connaissance dans laquelle tous les objets doivent pouvoir nous être enfin donnés^ si leur représentation doit avoir pour nous une réalité objective. Dans ce moyen terme, dont la forme essentielle . consiste dans Yunité synthéti4[ue de l'aperdeiption de tous les'phétiotnènes,
nous avons donc trouvé les conditions à prton de la détermination chronologique nécessaire et permanente de toute existence dans le phénomène, sans laquelle la détermination empirique même du temps serait impossible, et nous avons découvert les règles de Tunité synthétique à priori au moyen desquelles nous pouvons anticiper l'expérience. A défaut de cette méthode, et dans la fausse persuasion que des propositions synthétiques, que l'usagede Texpérience de rentende-V ment recommandait comme ses principes, pouvaient ^ être prouvées dogmatiquement, il est arrivé que l'on a souvent cherché, mais toujours en vain, une dé- j monstration du principe de la raison suffisante. Personne n'a pensé aux deux autres analogies, quoiqu'on s'en servît toujours sans s'en douter (1). Si l'on n'y a pas songé, c'est que le fil conducteur des catégories manquait, et qu'il est le seul qui puisse découvrir et rendre sensibles les lacunes de l'entendement^ soit dans les concepts, soit dans les principes.
(1) LTuûilé de l'univers, dans lequel tous les phénomènes doivent être liés, n'est manifestement qu'une conséquence du principe tacitement admis du commerce de toutes les substances, qui sont en même temps; car, si elles étaient isolées, elles ne formeraient point un tout comme parties, et si leur union [action réciproque de la diversité) n'était déjà pas nécessaire pour la simultanéité, on ne pourrait pas conclure de celle-ci comme d'un rapport purement idéal h cette union comme k quelque chose de réel. Nous avons fait voir en son lieu que ce commerce est proprement la cause de la possibilité d'une connaissance empirique, de la coexistence , et que par conséquent on conclut proprement et exclusivement de celle-ci k celui-lk comme k sa condition.