LIVRE II
Les darwiniens oublient l'existence du monde physique. Ils méconnaissent également l'un des phénomènes les plus répandus dans la nature : l'association. En effet, si le progrès vient de la lutte, le progrès vient de l'antagonisme. Mais l'antagonisme s'oppose à la solidarité, donc à l'association. Par conséquent, le darwinisme doit conclure que moins il y aura d'association, plus il y aura de progrès. Cette conclusion méconnaît, je le répète, l'essence véritable et intime d'un des faits les plus généraux de l'univers. A l'égard du phénomène de l'association, les darwiniens montrent une telle ignorance qu'il sera nécessaire d'en exposer ici en peu de mots le mécanisme véritable afin de baser mes polémiques sur le roc solide des réalités concrètes.
Dans la. nature, à j)roprcment parler, tout est association. Uncorps cliinii(iiie est une association cmbryotinaire, un assemblage do parties plus ou moins semitlables. tenues en cohésion et formant un système en équilibre instable. Dans la nature, les semblables s'attirent, les dissemblables se repoussent. Mettez en contact deux gouttes de mercure : elles se fondent en une seule. Mette/ en contact une goutte de mercure et une goutte d'eau : elles denicurenl séparées. L'aflinilé cliiiuiijue est un aspect |)arliculior de l'association, ([ui sert (hî prodronic au phénoinène biologique.
C'est dans ce domaine que l'association pn'iul une |Uiis-
86 ERREURS GÉNÉRALES DE l'oRDRE SOCIOLOGIQUE
sance redoublée, uae extension énorme. Vie et association sont des termes synonymes. Quand nous nous serons débarrassés du travers qui nous pousse à considérer comme inexistant ce que ne voit pas un organe aussi grossier que notre œil, nous le comprendrons immédiatement. A parler exactement, il n'y a pas des protozoaires et des métazoaires. Tous les êtres vivants sont des métazoaires, parce qu'ils sont des associations. La cellule la plus simple est une association d'une complexité prodigieuse. Dès que le microscope nous permet de l'agrandir dans une mesure suffisante, nous nous apercevons qu'elle est un monde. Et chaque élément de la cellule, le noyau, les chromosomes, sont également des associations d'éléments plus petits qui échappent encore à notre regai'd. Quant aux métazoaires, ce sont des associations d'une masse énorme d'unités composantes. Le corps de l'homme eàt une union de 460 trillions de cellules.
Les associations biologiques, comme on le pense bien, présentent la variété la plus extrême. D'abord, « l'individualisation des groupes cellulaires ne se fait pas brusquement, dit M. Le Dantec '... Il y a entre les diverses cellules des groupements de protozoaires dans des espèces voisines, des liaisons d'importance variable, allant depuis l'indépendance complète jusqu'à l'interdépendance absolue ». Les lichens, par exemple, sont lassocialion d'une algue et d'un champignon, incapables désormais de vivre l'une sans l'autre. Leurs liens sont si étroits que longtemps on les a considérés comme un seul organisme.
Dans la nature, les êtres vivants se trouvent dans des rapports d'une diversité infinie, depuis l'antagonisme le plus irréductible jusqu'à l'affinité la plus complète. Lorsque deux êtres entrent en contact, si leur union a pour résultante une plus grande intensité vitale pourchacun d'eux, l'union prend le dessus. Si l'antagonisme