‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 31 sur 94 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Si étrange que cela puisse paraître, les darwiniens, qui attribuent à la guerre des effets si importants, ne comprennent pas du tout la nature réelle de ce phénomène social.

La guerre est une dissociation. Il suffit, pour s'en persuader, de faire une légère incursion dans le domaine de la biologie.

Comme nousTavons vu, tout organisme est une société. Société signifie réunion de certaines unités entre lesquelles s'établit une circulation vitale. Aussitôt que cette circulation se développe, elle se différencie et prend l'aspect d'un échange de services. Pendant que le poumon aspire l'air extérieur, le foie fabrique la bile, et le cœur chasse le sang dans les veines et les artères. Chaque organisme est un ensemble de services, donc de mouvements, tenus en un certain équilibre. Aussi longtemps que l'équilibre est conservé, le fonctionnement de l'organisme s'accomplit d'une façon normale. Nous disons alors que l'être vivant est en état de santé. Si cet état pouvait durer éternellement, les individus seraient immortels. Mais il n'en est pas ainsi. Par suite de causes extérieures que nous connaissons mal, aucun équilibre biologique ne se maintient indéfiniment. Il arrive un jour où un organe cesse de rendre des services équivalents à ceux qu'il reçoit. 11 viole le pacte social, s'il est permis de se servir de cette métaphore. Alors la guerre se met entre les cellules, l'équilibre vital est rompu, l'état pathologique apparaît. Au lieu

que les cellules concentrent leurs efforts (association), elles dispersent leurs efforts, elles brisent l'association, en un mot, elles se dissocient. « La maladie, dit M. Le Dantec, est une rupture d'équilibre'. » Et la rupture de l'équilibre n'est autre chose, en dernière analyse, que la rupture de rassociatidn. En effet, la rupture de réquilibrc est la maladie, et lorsque la maladie dépasse un certain degré d'acuité, elle amène la mort, c'est-à-dire la dissociation complète, non seulement des cellules biologiques, mais même des substances chimiques qui étaient associées auparavant pour les composer. Mort et dissociation sont des termes synonymes.

Au sein de l'organisme biologique, la guerre est donc une dissociation. Il en est exactement de même au sein des organismes collectifs appelés sociétés.

Une société est aussi un ensemble d'individus entre lesquels s'établit une circulation vitale. Celle circulalion aboutit à un échange de services, donc à un certain équilibre que nous appelons l'état normal, le règne de la justice et du droit. Si les membres dune société pouvaient toujours vivre dans cet état d'équilibre, la société donnée serait éternelle, c'esl-à-dire que l'association se maintiendrait indéfiniment. Mais, par suite de circonstances fort diverses, il peut arriver que certains citoyens n'accomplissent plus régulièrement leurs fonctions sociales. Ils tâchent d'obtenir plus que ce qu'ils veulent donner euxmêmes ; alors l'équilibre est rompu, la justice est violée, l'état morbide se produit Or, comment une partie peutelle obtenir plus que ne rrid diiuner la parlic adverse? En recourant à la violence, c'est-à-dire à l'homicide ou à la menace d'homicide, c'est-à-dire à la guerre. Mais, dès que la guerre éclate au soiu d'une collectivité, autrefois unitaire, cette colleclivilé se frartionin' en unités plus petites, .lusqu'en IKIil, il y avait eu .\nirri(|uc mu seul

126 ERREURS GENERALES DE L ORDRE SOCIOLOGIoUE

État fédéral. A partir du moment où les sudistes déclarèrent la guerre aux nordistes, il y en eut deux. La guerre, au sein des groupes constitués ', n'est donc qu'une dissociation. Ce fait est tellement évident que ce n'est pas la peine de s'y arrêter plus longuement. Personne ne le conteste.

Ilya un autre aspect du même phénomène que l'on comprend moins bien. La guerre est également une dissociation à l'extérieur des groupes. Elle est une dissociation précisément parce qu'elle empêche l'association. De nos jours, les nations européennes se trouvent dans des rapports économiques et intellectuels encore plus intimes que les rapports des provinces françaises au xYu"" siècle. Mais les provinces françaises, au xvu'' siècle, ne croyaient plus utile de se faire la guerre, tandis que les nations européennes, au xx° siècle, le croient utile. Par suite, au point de vue politique, l'association entre les nations européennes est moins intime que l'association entre les provinces françaises au temps de Louis XIV. Sans la guerre, l'Europe serait unie politiquement, par suite de la guerre, elle est désunie ; donc la guerre est la dissociation aussi bien à l'extérieur des organismes qu'à l'intérieur.

Sans la guerre, il ne pourrait y avoir entre les hommes que des faits d'association. L'unité politique du genre humain, l'établissement de rapports juridiques entre toutes les nations de la^terre, et la suppression de la guerre sont des termes équivalents.

Guerre et dissociation sont donc synonymes. H. Spencer et tant d'autres ont affirmé que la guerre a fait la civilisation, parce qu'elle a seule rendu possible la formation des grandes nationalités, comme la France ou l'Angleterre. C'est juste le contraire qui est la vérité. La guerre a toujours retardé la formation des grandes collec-

1. .l'appelle de ce terme les coUeclivitcs devenues conscientes de leur unité.

tivités, parce qu'elle a créé des haines et des ressentiments implacables. C'est la guerre de 1870 qui, de nos jours, oppose un des principaux obstacles à l'organisation d'une fédération européenne. Sans la guerre, la fédération du genre humain tout entier eût été depuis longtemps un fait accompli.

Il faut examiner la guerre non seulement au point de vue des crises qui sont les campagnes actives, mais surtout au point de vue des relations quotidiennes qui s'établissent pendant les périodes de trêve. Plus la guerre a été acharnée, plus les ressentiments sont forts et plus la circulation vitale est ralentie. Avant 1870, Baden-Baden était un polit Paris pendant la belle saison. Des milliers de Français se rendaient dans cette délicieuse ville de bains. Après 1870, aucun Français n'alla plus à Bade.

Les guerres que se sont livrées les hommes et l'hostilité qu'elles ont fait naître ont arrêté pendant des siècles des milliards et des milliards de rapports sociaux qui se seraient établis dans un état juridique. La guerre, ayant ralenti la circulation vitale, et la circulation vitale amenant l'extension toujours plus large de l'association humaine, la guerre ralentit l'association humaine, donc elle produit la dissociation.

J'ai montré plus haut (page 89) que l'association est non pas une addition, mais une multiplication de puissance vitale. De même, la guerre n'est pas uniquement une soustraction, mais encore une division de la puissance vitale. Ft cela, parce que la guerre amène non seulement une diminution directe, mais encore une diminution in<lireclo de la vie.

l'our la dimimitiou tlirecte, elle est l'évidence même Les individus tués sur les champs de bataille subis.sent la plus complèt(> diminution de vie qui soit possible, la mort totale. Les non combattants sont également ex lerminés en nombre considéralile. On connaît dans j'iiistoire des exemples de sociétés entières comiilèlement détruites

par la guerre. Tel est le cas des Tasnianiens qui ont péri jusqu'au dernier. A part ceux qui ont subi une diminution de vie totale, il y a les blessés et les invalides qui subissent une diminution de vie partielle. L'un ne peut plus marcher: l'autre, privé d'un bras, ne peut plus travailler ou écrire. Mais les combattants ne sont qu'une infime minorité de ceux qui subissent une diminution de vitalité par suite de la guerre. La diminution de vitalité peut atteindre l'ensemble des citoyens des pays belligérants et cet ensemble surpasse, dans une immense mesure, le nombre des individus qui prennent directement part aux combats. La guerre produit la torpeur sociale, l'assoupissement, la léthargie. D'une part, il y a l'énorme somme d'efforts nécessaire pour préparer les batailles, puis, quand elles ont eu lieu, pour réparer les désastres. Ces efforts sont perdus pour l'intensité vitale des individus et des nations. En effet, lorsque des efforts aboutissent à une œuvre utile, à une adaptation plus complète de la planète (creusement d'un port, dessèchement d'un marais, irrigation d'un désert), ces efforts intensifient la vie. Après qu'ils ont été accomplis, il y a plus de denrées alimentaires, plus de vêtements, etc., etc., donc ime somme de bien-être supérieure, donc un accroissement de puissance vitale. Rien de pareil quand un elTort est fait en vue de tuer ses semblables. Cet effort n'aboutit pas à une meilleure adaptation de la planète, mais, au contraire, à un ralentissement de cette adaptation, puisque l'etîort qui aurait pu aboutir à cette adaptation a été consacré à la préparation ou à l'accomplissement de la tuerie.

Ce sont les conséquences directes. Mais il y a aussi les conséquences indirectes, encore plus funestes. Les guerres ont pour résultante les conquêtes. Pour contenir le vaincu, on est obligé d'établir le despotisme. Or, le despotisme plonge dans la léthargie des nations entières pendant de longs siècles. Comparez l'activité de la Grèce à l'époque de Platon à sa torpeur sous le régime turc. Despotisme

et suppression de l'intensité vitale sont des termes synonymes. Or, le despotisme, une fois introduit dans un Etat, frappe, naturellement, le vainqueur autant que le vaincu. La guerre a réduit de vastes régions à la situation de solitudes, donc directement et indirectement elle a amené un amoindrissement de l'intensité vitale.

J'ai montré plus haut (voir p. 101) que l'intensité de la vie de l'individu était en raison directe du nombre de ses associés. Qui osera soutenir que l'intensité vitale est en raison directe du nombre de ses ennemis ? Si un homme doit craindre l'hostilité de tous ses semblables, il devra prendre des précautions contre tous ses semblables. Alors, son bonheur sera réduit au minimum, puisqu'il devra se priverde toutes lesjouissances. Il ne pourra pas faire une promenade hors de sa demeure, il ne pourra échanger d'agréables propos avec personne, etc

Tout corps est une synthèse momentanée entre une alliance et un combat Lorsque la résultante de la lutte des forces contraires aboutit à l'association, il y a accroissement de jouissance, de santé, de bonheur. Lorsque la résultante aboutit à la dissociation, il y a diminution de vie, maladie, souffrance, malheur.

Un ne saurait assez mettre en évidence que la guerre est un phénomène de pathologie sociale. En effet, est sain tout ce qui pousse à la croissance, car l'intensilicalion de la vie est la jouissance, et la sauté est l'état oîi il n'y a pas de soulfrance. Si l'intensification vitale n'est pas l'état naturel, la langueur vitale est l'état naturel. Alors l'état naturel de 1 être vivant serait de posséder la somme de vie la plus faible possible, c'est-à-dire de ne pas être' vivant. C'est contradictoire. Croissance et vie sont doue des termes synonymes. La croissance, comme je l'ai dit |iius haut, est d'abord [jhysiologicjue, puis 6conoini(|uc cl inli'llecluelh;. L'iMre qui devient tous les jours |)lus pauvre et moins intelligent est dans un état morbide. Ur,

Ntivn:ow . — I)arwiiii»n)c. l(

comme l'entraide est le procédé le plus efficace pour intensifier la vie, ne pas employer le procédé le plus efficace, c'est diminuer la vie, c'est tomber dans un état pathologique. Donc toute hostilité entre les hommes, ayant pour résultat inévitale une dissociation, est pathologique. C'est ce qu'on exprime en d'autres termes en disant que tout homicide au sein des collectivités est anti-social. La guerre n'est pas une dissociation entre des êtres non associables naturellement, comme lamoucheet l'araignée. Elle est une dissociation seulement entre des êtres associables comme le sont les hommes.

Les sociétés humaines étant des agrégats doublement composés, puisque leurs éléments constituants (les individus) sont eux-mêmes des sociétés de cellules, il s'ensuit qu'au sein des sociétés la lutte peut s'opérer et par des procédés biologiques (l'homicide) et par des procédés sociaux (concurrence économique, intellectuelle, émulation, etc.). Mais, à partir du moment où la lutte devient biologique entre les hommes (tuerie), elle cesse d'être sociale et, par suite, devient anti-sociale, donc pathologique. L'homicide, en etTet, est toujours un commencement de dissociation. C'est précisément parce qu'il est contre nature que nous considérons l'homicide comme immoral, car la morale est l'ensemble des règles auxquelles il est bon de se conformer pour atteindre le maximum d'intensité vitale.

L'état sain pour notre espèce est dans . l'association de tous les hommes. Si c'est l'état sain, c'est aussi l'état naturel, car dire que l'état naturel d'un être est l'état morbide, c'est dire que le maximum d'intensité vitale est dans le minimum d'intensité vitale, ce qui est une contradiction pure. Or, si l'association générale eslTétat naturel de notre espèce, on peut comprendre combien le maréchal de Moltke se trompe grossièrement lorsqu'il affirme que la guerre (c'est-à-dire l'état morbide de notre espèce) est conforme à l'ordre des choses établi par

LA DISSOCIATION Idl

Dieu. Dieu aurait établi un ordre des choses qui est l'anarchie, donc le désordre des choses. Dieu aurait établi un désordre qui est un ordre. On ne saurait pousser la contradiction plus loin !

D'une façon plus générale encore on peut dire que la lutte entre deux êtres, qui ont plus d'avantage à s'associer, €st pathologique. Non seulement la lutte entre deux fourmis d'une même fourmilière, entre deux abeilles d'une même ruche, entre deux castors d'une même communauté, mais même la lutte entre deux tigres. Pour ce qui est des fourmis, des abeilles et des castors, le fait est évident par lui-môme. Quant aux tigres, qui ne vivent pas en société, la conclusion paraît moins directe. Elle est juste, cependant. Étant donné que la vie tend à l'intensification (c'est sa loi fondamentale), il vaut mieux se nourrir d'un gibier facile à abattre que d'un gibier difficile à abattre. Or le tigre est le gibier le plus difficile à abattre pour un autre tigre, vu l'égalité de forces des deux adversaires. Le tigre qui voudrait se nourrir exclusivement de la chair de ses semblables ne suivrait donc pas la ligne de la moindre résistance, il serait donc fou, donc dans un état pathologique'.

La guerre est donc une dissociation, un cas pathologique qui mène à la mort, parce que l'association est le procédé le plus efficace pour intensifier la vie. Faute de comprendre cette vérité si simple, les darwiniens tombent dans les contradictions les plus complètes. Il y a assurément dans la nature deux phénomènes simultanés et parallèles : l'association et la dissociation ; mais il est impossible de soutenir que la dissociation produit les mômes effets que l'association. Dire que la dissociation peut produire un accroissement de vie, c'est dire qu'une chose peut ôtrc produite par son contraire : la lumière

1. Voir plus bas, |i. âîil, combien est erronée l'opinion de M. Wanl qui cdusidùre les lulles entre sociétés liucnaiuos conjjiie des fuits normaux et non putbolugiques.

par les ténèbres, la santé par la maladie; c'est dire qu'on peut augmenter un total par une soustraction. Spencer affirme que la guerre seule a pu former les grandes nations civilisées de notre temps. Or, il est contradictoire de soutenir qu'un fait de dissociation peut seul produire un fait d'association. En réalité, la dissociation produit la dissociation ; et l'association, l'association. Considérer la guerre comme une cause d'association, quand elle est précisément l'obstacle qui s'y oppose, c'est tomber dans la manie des antithèses. Les antithèses font très bien dans les drames de Victor Hugo, mais elles n'ont que faire dans la science positive. L'intensification de la vie n'est possible que par l'association. Dire que le progrès peut venir de la guerre, c'est dire qu'on peut intensifier la vie en l'empêchant de s'intensifier! La base du darwinisme social est que la mort violente est la cause du progrès. La vérité est juste l'opposé. C'est la vie exubérante qui est la cause du progrès. Avec les darwiniens on arrive immédiatement à la contradiction pure. Ils disent que l'intensité de la lutte produit le progrès, en d'autres termes, que le maximum de mort donne le maximum de vie. Penser que des phénomènes de mort, au sein d'un organisme, puissent augmenter la vie de cet organisme est certainement le raisonnement le plus insoutenable qui se puisse imaginer. Qu'un être vive de la mort d'un autre, c'est la loi universelle: mais dire qu'il peut vivre de la mort de sa propre substance, c'est de la pure folie. Or, comme l'humanité est, en réalité, un seul organisme, toute tuerie entre les hommes est, en définitive, une destruction de leur propre substance. Si l'on veut donc ramener le darwinisme social à une seule propo- .sition, on doit dire : il enseigne que la mort est la vie'.

1. Voir plus bas, p. 336. La biologie a passé à cnrlaines époques par les mêmes erreuis Oa connaît le fameux paradoxe de Claude Berii.ird : < la vie c'est la mort ». Mais, tandis que les biologistes ont abandonné CCS erreurs depuis longtemps, les sociologues y sont encore plongés en plein.

r,A DISSOCIATION ISJ

Les biologistes protestent avec la plus grande force contredesaffirmationsdece genre. EcoutonsM. Le Dantec' : « Le perfectionnement de la vie est dû à des phénomènes étrangers à la vie, dit en substance le grand évoliitionniste anglais (Darwin) ; voilà quinze ans que je lutte, sans grand succès d'ailleurs, contre cette étrange conception de la biologie. »

On peut certainement affirmer que les faits pathologiques, sont aussi absolument conformes à la nature des choses que les faits normaux. Au point de vue objectif c'est incontestable. Le choc de deux étoiles qui brise un système sidéral est un fait aussi naturel que les mouvements rythmiques qui constituaient précédemment ce système. Lliomme affecté de la fièvre typhoïde est aussi bien dans la nature que l'homme non affecté de cette lièvre ; enfin les nations déchirées par les guerres civiles sont aussi bien dans la nature que les nations les plus unies. Tout cela est vrai. Santé, jouissance, justice sont des termes relatifs à notre être subjectif. Mais cela ne change rien à la logique du raisonnement. Parce que l'idée delà santé et l'idée de la justice sont subjectives, on n'est pas en droit d'aflirmer ((ue la maladie est la santé et l'anaichie le règne du droit. La maladie et l'erreur .sont des faits aussi naluiels que la santé et la vérité. Nul ne le conlcsle un seul instant. Mais, ce qui est contestable, c'est que la maladie; produise; la santé, et l'erreur la vérité. S'il en était ainsi, il faudrait reconnaître que plus un homme est malade, mieu.v il se porte, et que plus il se trompe, moins il se trompe. Les darwiniens, (piand ils affirment que la gueire est la cause du progrès, tombent dans dos aberrations de ce genre. L'anarchie, tant intérieure qu'oxtériinirc, se ramène à une menace de mort constamment suspendue sur la tète du citoyen. Il est difficile de souteiiii- (|iie I iiileii-^ili' vihilr puisse èlie en l'aisoii direct»; di; la probaliilili' de l.i mort.

1. /iccHc .v<,;c»////'/»-> iiii li ii,.vfiiii)iv imis, p i;ii.

Il suffit de serrer les réalités de plus près pour voir éclater aussitôt chez les darwiniens les contradictions les plus flagrantes. L'homicide collectif est la cause du progrès, disent-ils. Alors, quand tousles hommes se seraient tués les uns les autres, ils seraient arrivés au point culminant de la civilisation'. P. Kropolkine montre très bien que l'homme, étant une créature faible au point de vue physiologique, n'a pu survivre que grâce à l'association-.

Les darwiniens affirment le contraire. Ils disent.que, si l'homme a fait des progrès et donc a survécu, c'est uniquement parce qu'il a exterminé ses semblables. Et, chose étrange, les darwiniens font ce raisonnement seulement pour l'espèce humaine. Si l'on venait leur dire que les éléphants ou les castors ont survécu uniquement parce qu'ils se sont exterminés les uns les autres, ils pousseraient un éclat de rire formidable.

Si la guerre a fait la civilisation, elle est de la plus grande utilité. Mais dire que la guerre est utile, c'est dire que la dissociation est utile, en d'autres termes que la maladie vaut mieux que la santé, et la désorganisation mieux que l'organisation. Ces propositions sont absurdes. Sitôt qu'on les envisage au point de vue interne de l'Etat, les darwiniens le reconnaissent eux-mêmes immédiatement. Mais ils se tirent d'atTaire en déclarant que ce qui est funeste au dedans de l'Etat est avantageux au dehors. Or, comme je l'ai montré au chapitre précédent, la souveraineté de l'Etat étant imaginaire, cette proposition ne tient pas debout. Et déjà pour une raison bien simple. S'il y avait moyen de détruire les étrangers sans se

1 . Ea laisoD de l'aQarchie ioternationale, chaque État sou veraia peut déclarer la guerre, à chaque instant, à son voisin, donc tuer un certain nombre de citoyens de i;e pays en même temps que de citoyens du sien. Par suite, tous les hommes vivent sous la peipétuelle menace de la mort.

2. Survivance et progrés sont des termes synonymes à un certain point de vue. Si les hommes étaient un million à l'époque quaternaire et s'ils sont maintenan.t un milliard et demi, c'est parce qu'ils nut progressé, mais aussi parce que le? descendants de ce million primordial ont survécu.

détruire soi-même (comme nous détruisons les rats et certains microbes), la guerre étrangère prendrait un autre aspect. Mais c'est impossible. En détruisant les étrangers, nous détruisons aussi de nombreux compatriotes, puisque, dans les combats, il y a des victimes dans les deux camps. Alors, comment affirmer que la guerre « étrangère » est d'une nature particulière et qu'elle a des effets diamétralement opposés à ceux des guerres civiles ? Toute guerre est une maladie sociale. L'homme qui n'a jamais été malade est supérieur à celui qui l'a été plusieurs fois dans sa vie. Le darwinisme social aboutit à la conclusion diamétralement opposée et affirme que la supériorité (le progrès) est en raison directe du nombre des maladies. En un mot, par le darwinisme on arrive au plus insoutenable de tous les paradoxes : la bienfaisance du mal.

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