Voir plus bas, p
Cicéron, dit M. G. Ferrero', «était arrivé à cette conviction que, pour pacifier le monde, il fallait renverser le principe moral de la vie : considérer la richesse et le pouvoir qui corrompent si facilement les hommes, non pas comme les biens suprêmes de la vie, qui doivent être recherchés et désirés pour eux-mêmes, mais comme de lourds fardeaux qu'il faut porter pour le hien de tous et surtout le bien du peuple ». Le même auteur dit encore : « Salluste posait comme fondement de toute sa conception historique la doctrine que la richesse, le luxe et le plaisir corrompent les nations et détruisent les fortes vertus de l'âge rustique'... Enfin, Horace jugeait nécessaire d'arracher des cœurs ce désir ardent de la richesse qui est l'origine de tous les maux". »
L'idée que le désir de la richesse a amené la ruine du genre humain est très vieille. Les Romains l'avaient prise des Grecs. Elle traversa tout le moyen âge et les temps modernes et, de nos jours, elle a encore beaucoup de partisans. Cependant, cette idée ne soutient pas la critique un seul instant. On voit que Cicéron, par exemple, tombe dans une véritable contradiction. D'une part, il ne peut pas contester que la richesse soit le bien supérieur de la vie; de l'autre, il alTiime qu'elle est un fardeau. Alors la richesse est simultanément un bien et un mal. Pendant de longs siècles, l'humanité n'a pas su sortir de cette impasse. Et cependant la solution est si simple! C'est parce que l'on voit seulement les relations d'homme à homme et non les relations entre l'homme et le milieu physique qu'on ne la découvre pas. Ayant pratiqué le banditisme sur une très vaste échelle, on en est venu à faire une association d'idées presque indestructible entre le banditisme et la richesse, et l'on a fini par croire
\, Grandeur et décadence de Rome, traduction Mengin. Paris. Pion, 1906,
±Ibid.. p. 7«.