I. Qu'est-ce qu'une nation'.' Paris, C. Lévy, 1882, p
liberté ne serait nullement perdue si les nations obéissaient à un pouvoir central volontairement institué par elles ; elle serait perdue si ce pouvoir central était tyrannique. Renan ne voit pas qu'il y a de très nombreuses formes d'institutions possibles parmi les liommes. Lorsque les nations civilisées voudront s'allier, elles ne seront nullement obligées d'imiter les Romains 'et de se soumettre à un César omnipotent, élevé à la dignité de demi-dieu. Les quarante-sept républiques des Etals-Unis se sont confédérées sans perdre la liberté et sans avoir de maître. Cette absence de logique, qui identifie l'association avee le despotisme, a beaucoup contribué à maintenir le prestige de la guerre. En effet, la suppression de la guerre serait la fin de l'anarchie, donc la fédération du genre humain. Mais la fédération, c'est-à-dire l'unité, étant identifiée avec le despotisme, l'anarchie, donc la guerre, est identifiée avec la liberté.
Parlant des limites de l'association, j'ai dit que, si des groupements de 60 millions d'hommes étaient considérés comnic un bien, on avait tort de considérer un groupement de 1.500 millions d'hommes comme un mal". Mais celle dernière idée vient, de nouveau, d'une confusion, semblable à celle de Renan, entre l'organisation du geiire humain et la centralisation. Si noire espèce s'unissait en un empire aussi centralisé que le fut Rome à l'époque d'Aurélicn, notre espèce pourrait /je^^-rVre ^ jouir d'une somme de prospérité moindre que de nos jours. Dans ce cas, le mal ne viendrait pas de l'unité, mais de la inau-
1. Toujours ce spectre de l'cnipire roniîxiii, (|iii hypnotise vraiinuiit la pensée moderne.