Voir plus haut. p. III
:î. l.e doute est imrfailoinent permis, car il faut hiou recunnailrc que notre abjecte amirchie nous procure une somme de l)onheur assez limitée. Il faut rcmaniucr encore que le globe entier pourrait cU-e maintenant gouverné d'un rentre commun avec heaucoup plus de facilite ipie ne l'était l'empire romain au m* siècle de notre ère. Toutes les parties de la lerro peuvent communiipier maintenant en quelques minutes par le félégraplic, tandis qu'il fallait, au teuqisd'Auiélien. trente jours pour recevoir a Home des ni>uvelles de l.i ltretn"ne ou de l'.Xrmenie.
174 ERREURS SPECIALES DE L ORDRE SOCIOLOGKjUE
vaise organisation de cette unité. Si l'on veut être logique, il faut dire : « Le monde atteindra le maximum de bienêtre lorsqu'il sera uni en une fédération bien organisée, établissant une sage pondération entre le pouvoir central et les pouvoirs régionaux. » Mais on ne reste pas dans la ■logique en disant : « Le monde arrivera au maximum de bien-être en restant sans organisation, en pataugeant dans la sauvage anarchie. » A une mauvaise organisation, il faut opposer une bonne organisation, et non la désorganisation.
Les sociologues darwiniens disent que, si un fait a dominé longtemps dans le monde, il faut bien qu'il ait eu sa raison d'être, ou, en d'autres termes, il faut bien qu'il ait correspondu à quelque besoin réel. Ce raisonnement ne tient pas debout un seul instant. Les darwiniens oublient que l'homme est sujet à l'erreur. Une erreur qui a duré des milliers et des milliers d'années ne devient pas pour cela une vérité. On a pu croire pendant des milliers et des milliers d'années qu'on s'enrichissait plus vite en pillant le voisin qu'en travaillant soi-même. On peut le croire encore aujourd'hui. On pourra le croii'c encore pendant vingt siècles. Tout cela ne fera pas qu'à aucun moment et en aucun endroit les hommes se soient enrichis plus vite par la spoliation que par le travail. S'enrichir, c'est établir une plus grande corrélation entre le monde extérieur et nos personnes ; spolier, c'est empêcher cette corrélation de se réaliser. Non seulement la durée, mais même l'universalité d'une idée n'a rien de commun avec la vérité. Galilée était seul, à un certain jour, contre le monde entier. Cela n'empêchait pas Galilée d'avoir raison et le monde entier d'avoir tort.
A côté de l'erreur qu'une idée doit correspondre à la vérité, à un certain moment, parce qu'elle pora'U lui correspondre aux yeux des hommes, il y a un auti'e sophisme dont les darwiniens usent et abusent constamment, c'est
FAUX ftAISONNEMENTS, SOPHISMES ET CONTRADICTIONS 173
celui qui pourrait être appelé le sophisme de la phase transitoire.
Ainsi, les darwiniens affirment que l'esclavage a été le seul moyen par lequel l'homme a pu passer au stade industriel. Donc, la guerre, qui a rendu l'esclavage possible, a fait la civilisation de noire espèce, car celle-ci eût été, naturellement, irréalisable, sans l'industrie. Je laisse de côté, pour le moment, le fond même de la question, à savoir si le travail industriel eût été impossible sans esclavage. J'en parlerai plus loin au chapitre xiv'. Je me borne ici à examiner le raisonnement au point de viie logique. A ce point de vue, on ne peut pas soutenir que l'esclavage a été un bien. En eiïet, si l'erreur qui a fait considérer à un certain moment l'esclavage comme utile ne s'était jamais produite, la civilisation humaine serait maintenant beaucoup plus avancée, donc l'erreur esclavagiste a toujours été une source de maux el jamaisde biens. Affirmer le contraire, c'est soutenir qu'il y a eu une époque 011 il était avantageux pour l'homme de se tromper et de considérer un mode de travail moins efficace comme un mode de travail plus cllicace On peut affirmer qu'à un certain moment les hommes ont cru impossible dépassera la phase iiulustrielle sans l'esclavage, mais, en bonne perte logique, on ne peut pas affirmer que cette infirmité de l'espi'it humain a été utile à notre espèce. Est avantageuse toute particularité dont la jM-rtc amoindrirait la somme de notre bonheur, il est avantageux, sans aucun doute, de posséder toujours une bonne santé. Mais comment peut-on soutenir qu'il a jamais été avunlngeux pour l'homme de se tromper et de croire que l'esclavage accélérait la production alors qu'en réalité il la ralentissait?
On a allirmé également que l'esprit hunuiiu n'aurait jamais atteint la phase de la pensée positive, s'il n'avait pas traviMsé l'erreur de l'animisme. Même si ci^ia était