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démontré, il ne s'ensuivrait nullement que la phase de l'animisme a été un bien. Il s'ensuivrait seulement que la phase de l'animisme a été une phase indispensable. Ici, comme pour l'esclavage, ce qui eût été le bien, c'est la possibilité d'arriver directement à la phase positive.
Toutes ces considérations semblent oiseuses et purement académiques. Il n'en est nullement ainsi. Les raisonnements sur l'esclavage et l'animisme et les autres de ce genre ne sont faits par les darwiniens que pour aboutir à leur apologie de la guerre. Puisque sans elle la civilisation eût été impossible, la guerre est un bien. Mais, quand même on adopterait les prémisses complètement fausses (que la civilisation est impossible sans la guerre), la conclusion n'est pas conforme à la vérité. La conclusion vraie est celle-ci : le bien eût été la civilisation sans la guerre, comme le travail industriel sans l'esclavage, comme l'esprit positif sans l'animisme. La guerre, l'esclavage, l'animisme n'ont été que des maux, ne fût-ce déjà seulement que parce qu'ils ont été des pertes de temps.
Remarquez bien qu'au point de vue de la guerre le raisonnement ne se rejette pas uniquement dans le passé, comme pour l'esclavage et l'animisme. On dit : « Etant donné l'état de barbarie où nous vivons, nous ne sommes pas encore sortis de la période où la guerre a cessé d'être un bien. » C'est précisément pour empêcher de formuler des propositions de cette espèce qu'il est utile de démontrer que la guerre a toujours été un mal. Mais, d'autre part, le raisonnement des darwiniens ne tient pas debout. Dire que, parce que nous ne sommes pas encore arrivés à la phase où l'on peut ne pas faire la guerre, il faut la faire, c'est rouler en pleine contradiction. Nous n'entrerons dans la période où l'on pourra ne plus faire la guerre que le jour où nous serons convaincus qu'il est inutile de la faire. Il n'y aura donc jamais de période pendant laquelle la guerre nous paraîtra inutile et où nous nous croirons cependant obligés de la laire. Je raisonne, bien entendu, au
point de vue de l'ensemble des nations. Si les Européens étaient convaincus, à un certain moment, de l'inutilité de la guerre et que, dans le même moment, les Asiatiques fussent convaincus du contraire, les circonstances seraient autres. Mais dès le moment où toutes les nations croiront à l'inutilité de la guerre, Thumanité sortira de la période barbare, pendant laquelle la guerre a pu être considérée comme un bien.
On a répété souvent, dans ces dernières années, que, parce que les Bocrs et les Anglais se sont fait la guerre loyalement, ils se sont réconciliés et, par suite, que la guerre a été utile. C'est toujours le même sophisme. Encore ici, c'est la réconciliation et non la guerre qui a été un bien. Il aurait beaucoup mieux valu avoir la réconciliation sans la guerre. C'est cela qui eût été le bien. Même s'il était démontré que toute guerre est suivie d'une réconciliation, la guerre ne serait pas un bien, car le bien serait la réconciliation sans guerre. Mais rien n'est plus faux que d'identifier la guerre avec la réconciliation. Le contraire est le plus souvent le cas. Les guerres laissent des ressentiments implacables. La France et l'Allemagne ne se sont pas réconciliées par Woerth et Sedan.
On peut rattacher au même ordre d'idées l'argument du post hoc ergo propter hoc, dont les darwiniens abusent dans une mesure révoltante pour démontrer les bienfaits de riiomicide collectif. Quand une bonne chose arrive après une guerre, on la met immédiatement à s'on crédit, l'ar exemple, un pays a fait des progrès industriels après une guerre, donc c'est elle qui est la cause de ces progrès. Mais, lorsqu'un mal arrive après une guerre, ce n'est pas celle-ci qu'on en rend responsable. Cette manière de raisonner est de la pure jonglerie, indigne de gens sérieux. Tout sociologue, et même tout homme cultivé sait (|ii'il y a dans la société un nombre immense de facteurs (|wi iniluenl sur les destinées des nations. Attribuer tout
iSovl'OM.- Darwinisme. lli
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progrès et toute régression à un seul facteur, qui est la guerre, ne soutient pas la critique. Les darwiniens disent que la guerre a fait la civilisation. Cependant ils ne pourront pas contester qu'il y a des pays que la guerre a rejetés dans la sauvagerie. Alors la guerre produirait, en même temps, et la barbarie et la civilisation ! La même cause aurait deux effets diamétralement opposes. C'est passablement difficile à concilier avec la logique.
Ernest Renan prétend que la paix universelle, à la manière de l'empire romain, donnerait, de suite, la stagnation complète. Mais alors comment se fait-il que, dans les plus sombres années du moyen âge, quand la guerre sévissait en permanence entre les villes les plus voisines., les ténèbres aient été partout si épaisses ? Dans ce cas, la situation est inverse de l'exemple précédent. Ici ce sont deux causes diamétralement opposées, la guerre et la paix, qui produisent le même effet : la stagnation. Pour être inverse, la conclusion n'en est pas moins illogique.
Le darwinisme, on le sait, a été étendu à toutes les branches de l'activité humaine. Les marxistes s'en sont emparés. Ils ont proclamé que la lutte des classes est la forme que prend le phénomène cosmique de la lutte dans le domaine économique. Malgré cela, les marxistes prétendent supprimer la lutte des classes par la socialisation des instruments de travail et ils donnent comme but au socialisme précisément la suppression de cette lutte. Mais, proclamer qu'un fait est conforme aux lois éternelles et universelles de la nature et affirmer, en même temps, que l'homme peut supprimer ce fait est absurde et contradictoire. Si un fait est conforme aux lois de la natun^ l'homme doit s'y soumettre comme toutes les autres créatures. Si, au contraire, l'homme espère pouvoir se soustraire à ce fait, il proclame, par cela même, que ce fait n'est pas une loi de la natïire. mais simplement un étal. une vue de son esprit.
Enfin, je dois signaler un dernier sophisme dont usent
et abusent les darwiniens. Il consiste à confondre la constatation d'un fait avec l'énoncé d'un jugement. Il y a cependant un abîme entre ces deux choses. Quand on vient dire : la guerre a été permanente pendant toute la période historique, on constate simplement un fait. Mais quand on dit : la guerre a été un bienfait, on énonce un jugement. Or, la constatation d'un fait peut être absolument juste et le jugement absolument faux. La réalité est celleci : pendant la période historique, l'homme a guerroyé constamment. En même temps, il a passé delà sauvagerie à la civilisation. On vient affirmer que, puisque ces deux faits sont parallèles et simultanés, ils sont l'un la cause de l'autre. Voilà bien la déduction logique la plus insoutenable qui se puisse imaginer. Four attribuer certains effets à une certaine cause, la simultanéité ne suffit pas, il faut établir le lien direct de causalité. Si ce n'est pas le cas, le raisonnement n'a aucune force. Ou est alors aussi bien en droit de dire que la civilisation a progressé mfl/^?r la guerre que (jrôce à la guerre. Aussi longtemps que les darwiniens ne parviendront pas à nous prouver qu'on fait avancer l'adaptation delà planète aux besoins de l'homme ' en pratiquant des massacres qui retardent cette adaptation, leur tiiéorie sera bâtie sur du sable.