CHAPITRE XIII
La géologie est devenue une science positive lorsqu'elle a adopté la théorie des causes lentes et des causes actuelles. Aussi longtemps que les géologues ont cru aux cataclysmes universels, aux créations nombreuses, leur science est restée dans le chaos, dans l'empirisme et dans les langes. L'imagination pouvait alors se donner libre carrière, le miracle était évoqué à chaque instant pour expliquer les faits, bref on nageait dans les nuages et en pleine métaphysique. On pouvait inventer alors les romans géologiques les plus invraisemblables.
La théorie des causes lentes et des causes aciuelles est venue mettre un terme à cette anarchie. Les géologues se sont mis à observer les faits qu'ils avaient sous les yeux pour trouver une explication de ce qui s'était passé autrefois. Dès que l'étude méthodique et précise a été inaugurée, les romans ont pris fin. Les géologues ont classé les faits ; ils ont mis de l'ordre dans leurs conceptions et sont sortis de la période métaphysique pour entrer dans la période positive.
La sociologie devra également accomplir cette évolution. Comme la géologie, elle deviendra une science exacte en adoptant la théorie des causes lentes et des causes actuelles, c'est-à-dire en rejetant le catastrophisme.
Car l'affirmation que la guerre fait le progrès du genre humain est précisément du catastrophisme sociologique.. Les guerres sont des cataclysmes sociaux. Elles boule-
versent les collectivités humaines: elles produisent une impression très forte sur les esprits. Aussi ne voit-on qu'elles. Les milliards de petits faits quotidiens qui se produisent entre les combats échappent aux regards par leur multiplicité même.
Le point de vue catastrophique est encore renforcé par un autre grand défaut de notre esprit : l'aberration de la cause unique. Nous avons une tendance invétérée à tout ramènera un seul facteur auquel nous attribuons un très grand ensemble de conséquences. Cette tendance est très naturelle. Elle vient de la paresse. C'est pour nous éviter de nombreuses recherches que nous courons aux généralisations hâtives qui ramènent toutes les diramations à un tronc central.
Ainsi ont procédé les sociologues. Ils ont tout ramené à la guerre, parce que la guerre frappait les esprits, tandis que les faits quotidiens ne les frappaient pas. En un mot, en sociologie comme en géologie, il faut s'attacher à l'étude des causes multiples et des causes lentes.
Les géologues modernes ne contestent nullement la possibilité de convulsions importantes à la surface du globe. Ces lignes ont été précisément écrites au moment du tremblement de terre de la Sicile, qui. hélas, a été une réalité incontestable. Des catastrophes de ce genre se sont toujours accomplies sur notre planète. Ce que les géologues contestent maintenant, c'est que la forme af'luelle des continents provienne uniquement de catastropiics sporadi(|ues et courtes. Les géologues démontrent, au contraire, (]ue le lùii' le plus important appartient aux phénomènes constants et lents, et le rôle subordonné aux phénomènes violents et courts. Ce n'est pas soudainement par de terribles tremblements de terre que les grandes chaînes de montagnes se sont soulevées sur notre globe, mais par une poussée lente, qui, en certains endroits, dure encore '. l>c même, des animalcules invisibles ont élevé