Voir plus bas, "p
LES CAUSES I, ENTES El' INVISIDLES lo3
comprendre que les homicides coUectil's sont une pierre bien modesle (s'ils sont une de ces pierres) de l'édifice de la civilisation humaine. Dans la période primitive, la guerre est affaire privée. Un individu imagine une expédition de pillage. Il enrôle autour de lui des compagnons qui le suivent en vue d un gain matériel : salaire fixe ou butin. Même chez les peuples les plus belliqueux, ces aventuriers forment une très faible partie de la population. Ainsi les expéditions des pirates Scandinaves étaient composées d'un nombre de guerriers peu considérable. L'Allemagne devait bien avoir deux ou trois millions d habitants à la chute de l'empire d'Occident. Mais les bandes des chefs germains comptaient à peine quelques milliers de combattants. Plus près de nous, nous savons que les compagnons de Guillaume le Conquérant étaient seulement GO. 000 et ceux dt; Robert Guiscard, allant à la conquête de Naples, encore moins nombreux. Plus lai'd, lorsque les guerres ont cessé d'être des alVaires privées et sont devenues des affaires publiques, le nombre des entrepreneurs de banditismere.steencorefortlimilé. On [)eut certainement affiruier que ceux qui ont combiné, en Russie, l'aventure mandchourieune étaient moins d'une dizaine d'individus. Plus tard, lorsque les liostiUtés ont éclaté, les Russes ont mis près d'un million de soldais en caaipagne. G 'était tout de même à peine un cent cinquantième de la popuhition lotaie. Mais, pendant que ce million do soldats tij'ait des coups de fusil, 141) millions de leurs compatriotes s'en allaiiîut <|ui à son champ, qui à son usine, qui à son bureau, qui à son école, pour accomplir les innombrables fonctions économiques, politicjues et intellectuelles que comporte la vie d'une grande société moderne. Et de tout temps il «u-u été ainsi. Les hommes occupés aux u'uvresde (h^slrucliou ont été conslamiiu;nt une minorité presque négligeable t'u compai'aison di- ceu.v i|ni élaiiMit occupés à des besogaes productrices.
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On connaît un des arguments favoris des darwiniens. Ils affirment que la guerre a fait la civilisation, parce qu'elle constitue le processus de sélection. dans l'espèce humaine. Les plus vaillants, donc les meilleurs, survivent dans les combats, les plus lâches et les plus mauvais succombent et ainsi la race se perfectionne.
On a fait bon marché depuis longtemps de cette théorie enfantine. Oui, la guerre produit une sélection, mais à rebours, une sélection péjorative. Ce sont les jeunes gens les plus valides et les plus sains qui vont à la guerre. Et, parmi ces combattants, les plus vaillants se portent en avant. Par suite, à la guerre, plus on est parfait, plus on a chance d'être tué. En effet, ce sont les meilleurs qui succombent en plus grand nombre dans les batailles. D'autre part, les éléments faibles et malades, n'étant pas enrôles sous les drapeaux, peuvent se reproduire pendant que la fleur de la nation est condamnée au célibat ou aux relations avec les prostituées, qui amènent si souvent hélas les plus funestes résultats.
Ces faits sont si connus que les partisans de la sélection positive par la tuerie abandonnent cette position et cherchent d'autres arguments'. Ainsi le D' Schallmayer dit que la sélection s'opère parla résistance au milieu". De deux armées mises en présence, celle qui est composée d'hommes plus résistants aux maladies et aux épidémies survit, celle qui est composée d'iiommcs moins résistants succombe, et ainsi s'améliore notre espèce! Il est difficile d'imaginer un argument plus superficiel, parce qu'il
1. Quand la guerre fait mourir les non-combattants par raillions, il n'y a pas, n ^n plus, de sélection positive, car la dépopulation fnppe des régions entières L.i guerre de Trente ans a fait périr le tiers de la popnlatioQ de l'Allemagne. Il est dillicile de démontrer que ce tiers comprenait précis-^raenl des Allemands physiologiquement et mentalement inférieurs aux dans, tiers qui survécurent. Ces derniers ont dii leur chance non pas à leurs mérites, mais à des circonstances purement accidentelles.
2. Voir les Meiischensziele, (revue mensuelle, paraissant a Leipzig, chez 0. Wigand. sous la rédaction de M II. .Molenaarl. année l'.luS. cahier 12, p. 381.
néglige complètement le milieu physique. Les soldats germains qui, au moyen âge, accompagnaient les empereurs allant se fairecouronnc^- à Rome, mouraientcommedes mouches. Sur six mille soldats français, ayant pris part à l'expédition de Madagascar, il en revint quinze. Les conditions désavantageuses du climat produisaient ces mortalités extrêmes. Pendant que les Allemands mouraient en Italie et les Français à Madagascar, les Italiens et les Malgaches ne mouraient pas. M. Schallmayer dira-t-il que, dans cette circonstance, la guerre a créé une sélection favorable? Il sera bien obligé de reconnaître que non, à moins de proclamer les Allemands inférieurs aux Italiens (ce que son orgueil national l'empêchera, sans doute, de faire), ou les Malgaches supérieurs aux Français, ce qui serait complètement paradoxal.
On voit donc que la sélection individuelle par la guerre ne soutient pas la critique dans le domaine de la sociologie. Et déjà, parce qu'elle ne la soutient pas dans le domaine de la biologie, puisque, comme je l'ai montré au chapitre III, tant d'êtres inférieurs ont survécu jusqu'à notre époque. Admettons que la race blanche soit supérieure h toutes les autres. On ne peut pas dire qu'elle ait été créée par la sélection naturelle, par l'élimination des l'accs inférieures, parleur extermination, puisque le globe terrestre est peuplé en majeure partie de ces races soidisant inf(''rieures et que la race blanche forme une minorité. Il y a 25 plants dans un champ. Les plus robustes accaparent tout le sol et toute? la lumière; les plus faibles meurent. Sur 21) plants, il en survit 10. Il y a, dans ce cas, sélection positive. .Mais si tous les2o plants subsistent et que les uns prt^nnent une belle croissance et les autres testent rabougris, on ne sera pas en droit de dire que le progrès a été produit par la mort, par l'c^xtermiiialion des moins cap.ibles, puisque cette extermination n'a pas eu lieu. Or. ce dernier cas est celui qui se produit, eu grand, |ii(ur l'cnsiMuble des espèces, et, en plus [)ctil, au sein de
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rhunianité, pour l'ensemble des races. Cela parce que le progrès dépend de milliards de facteurs dont la lutte contre les semblables est un des moins ^portants. C'est l'ensemble delà lulte contre le milieu physique qui joue toujours le rôle dominant.
Avec la singulière myopie qui les caractérise et qui les empêche de voir, au sein de la société, autre chose que des faits biologiques, les darwiniens ne s'aperçoivent pas que la véritable sélection s'opère entre les hommes, non par l'homicide, mais par les phénomènes économiques. Les individus mieux doués savent s'assurer le bien-être, les moins doués ne le savent pas. Ces derniers succombent plus facilement à la maladie. La sélection positive s'opère dans les sociétés humaines par la mort naturelle. Et ce facteur est infiniment plus puissant que la guerre, parce qu'il agit constamment, tandis que l'homicide collectif agi ta de rares intervalles. Puis la mort naturelle frappe tout le monde, tandis que la mort violente, sur les champs de bataille, ne frappe que les guerriers qui sont, comme je l'ai dit. une infime minorité de la population.
Il va sans dire que, plus vite périssent les incapables dansune société, plus cette société se compose uniquement de capables, plus cette société devient parfaite, plus haut elle monte sur l'échelle de la vie. Mais la mortalité qui frappe les incapables s'accomplit tous les jours dans mille endroits simultanément. Par suite, elle n'atteint pas la conscience sociale. Elle est précisément un de ces facteurs lents et invisibles, que les darwiniens, imbus de catastrophisme, n'aperçoivent pas.
Ayant été obligés d'abandonner la théorie de la sélection individuelle par la guerre, les darwiniens se sont rabattus sur la sélection collective. « Quand une population a fait produire à son fonds tout ce qu'il peut produire, dit Ernest Renan ', elle s'amollirait, si la terreur de
■1. Lti réforme intellectuelle el morille, p. illl.
son voisin ne la réveillait; car le but de l'hiimanité n'est pas do jouir; acquérir et créer est œuvre de force et de jeunesse : jouir est de Ja décrépitude. La crainle de la conquête est ainsi, dans les choses humaines, un aiguillon nécessaire. » Quai-anteans après le philosophe IVan(;ais, un publiciste allemand reprend son idée. « La considération du danger perpétuel d'èire poussé à la guerre, dit M. Schallmayer', et le danger de s'y montrer inféi'ieur empèchenl les souverains égoïstes ou les gouvernements de parlis, ou leur font paraître désavantageux de. songer seulement aux inicrèts particuliers et de négliger les intérêts généraux, même quand l'incidence interne des forces sociales peut le leur permettre. Et, dans tous les cas où cette conduite n'est pas tenue, l'épreuve d'une guerre malheureuse met fin tôt ou tard aux mauvais gouvernements et les empêche de se perpétuer et de se transmettre à d'autres communautés. ')
En un mot, et Ernest Renan et M. Schallmayer disent en substance que la guerre, en détruisant les Etats mal constitués, produit une sélection sociale favorable à l'espèce humaine, donc pi'oduit le progrès.
Il est difficile de soutenir une thèse plus superhcielle et plus contiaire à la vérité. II faut vraiment planer dans les nuages et les abstractions pour formuler des ai'firnialions de ce genre.
Tout d'abord, les doux auteurs oublient que les [iliénom èncs sociaux sont fondés su I ri nierpsy eh isnie. Ils oublient que l'homme pense! Il semble difficile do pousser plus loin la méconnaissance des faits réels.
La pcrfeclion ou Tim perfection d'un Etat viennent de la perfection ou de l'imperfection de ses iiLslitutious et les institutions, à leur lour, viennent des idéos. Une société où l'on cioilque l'esclavage cstLienfaisant, que l'inégalité lies citoyens devant la loi est la base de l'ordre social, sera