‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 61 sur 94 · LA PRETENDUE ANTIQUITE RE LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA PRETENDUE ANTIQUITE RE LA GUERRE

que la guerre est conforme à l'ordre des choses établi par Dieu, il formule une idée fort moderne, si l'on considère l'antiquité générale de notre espèce. Les livres sacrés des Juifs contiennent assurément de nombreux récits de combats qui sont approuvés par Jahwe. Mais, pour tirer de ces récits la démonstration que la guerre a été établie par Dieu pour l'humanité entière et pour tous les temps, il a fallu la série des circonstances qui ont poussé un certain nombre d'Européens à identifier Jahwe, divinité exclusive de la tribu des Beni-Israël, avec le principe universel de la nature tel qu'il est conçu par les plus hautes spéculations de la philosophie moderne.

C'est à ce chapilre, traitant de la théorie des causes actuelles, qu'il faut rattacher la réfutation d'une autre grande erreur des sociologues darwiniens, à savoir que l'Etat est un produit de la force et uniquement de la force.

Nous voyons de nombreux Etats se fonder sous nos yeux. Des hommes se rendent dans les pays déserts. Ils se mettent à cultiver la terre, à élever le bétail, à exploiter les richesses forestières et minérales de la contrée. Bientôt les agglomérations plus denses font naître des besoins collectifs : routes, marchés, édifices publics, police, tribunaux, etc., etc. Afin de remplir les fondions nécessaires à la vie collective, on établit un ensemble d'administrations dont la complexité va toujours en augmentant. Pour créer toute l'organisation sociale, il n'est nécessaire, à aucun moment, de commettre le moindre homicide, ni la moindre spoliation. Au contraire, moins il y a d'homicides et de spoliations, jdus vite s'opère l'organisation et plus parfaites sont ses formes.

Tels sont les faits actuels. Il paraît qu'autrefois il n en était pas ainsi et que c'était môme le contraire.

244 F.RlilCURS SPliCIAl.ES DK L ORDRE SOCIOLOGIQUE

Ecoulons M. Lester Wai'd « Los deux phases principales dans le développement de la société sont celles de la différenciation et de l'inlégralion sociales. Pendant que le plus petit nombre des groupes primitifs restent les uns à côté des autres, pratiquent l'ésogamie et s'unissent par le lien de consanguinité, le plus grand nombre s'éloigne lentement du centre originaire de dispersion duquel il est issu. » L'auteur dit que ces essaims se différencient au point de vue morphologique, linguistique et social, (nouvellesraces, nouvelles langues, nouvellesinstitutions). Puis il continue : « Le^ races demeurent séparées aussi longtemps que les conditions de l'existence le permettent : mais il est évident que cette différenciation sociale doit prendre fin. La multiplication et l'occupation du sol, à elles seules, doivent mettre en contact certaines races les unes avec les autres. »

« Ce contact ne peut rester longtemps purement mécanique. 11 constituera nécessairement l'empiétement d'une race sur le domaine d'une autre. Les conséquences de cette lutte constituent le plus vital de tous les phénomènes sociaux. Les races doivent être inégales en pouvoir social et en force productrice, et la race la plus forte conquiert et subjugue la plus faible. En premier lieu les vainqueurs cherchent à exterminer les vaincus, ensuite ils les considèrent comme une part de leur réserve alimentaire et le cannibalisme prend naissance; il devient une phase régulière et universelle du processus évolutif de la société. C'est une institution humaine. Mais poui- des raisons économiques, sinon pour d'autres, il aboulit à la phase de l'esclavage, une autre institution humaine ; le vaincu, condamné à la servitude, est obligé de travailler. Le travail dans le sens économique était pi-écédemment inconnu ; il n'a pu être réalisé que parle moyen de l'esclavage. Celui-ci est la base du système industriel tout entier de la société, système qui est une des institutions les plus importantes. Cette phase est aussi accompagnée de rétablissement d'un

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système de castes, lui aussi, une institution universelle. Etant donnés les efforts de la classe inférieure pour monter aux rangs supérieurs, sa sujétion arbitraire devient très diflicile, coûteuse et précaire ; alors graduellement on adopte des règles générales pour sa conduite. Ce sont les germes de toute la législation future, les codes de lois et les systèmes de jurisprudence. Les formes du gouvernement sont élevées sur eux et finalement apparaît cette i nsldution qui est la plus importante de toutes: CElat^. »

II est impossible d'exposer d'une façon plus brève et plus claire la théorie favorite des sociologues darwiniens, selon laquelle l'État est un produit de la force et n'a pu être créé que par elle.

En premier lieu, ce qui frappe dans ce passage, c'est la différence énorme entre lu manière dont les Etals se forment de nos jours et la manière dont on prétend qu'ils se sont foi'més dans le passé. De nos jours, l'Etat s'édifie par un processus uniquement économique et organisateur. On afiirme qu'autrefois il n'a pu s'édilierque par le processus liésoi'ganisateur de la force brutale partant du cannibalisme, et passant par l'esclavage pour aboutir au despotisme. Ce sont, on le voit, deux voies diamétralement opposées : l'Etat, fondé de nos jours, est un processus juridique; l'Etat, fondé autrefois, aurait été un processus anarchique, anti-juridique.

Ce contraste absolu s'e.Kpli(iui' d'une fa(;on très simple. Le tableau de la formation de l'Etat, tel qu'il est dessiné [)ar les sociologues darwiniens, est un roman antiiropologiquc; il sufiit de serrer de près les faits pour s'en convaincre. Les preuves se présentent en foule.

M. Ward afiirme (jue l'inimitié, qui a poussé les groupes à la lutte, a eu ()our cause la ditri-rcnciation des races. J'ai montré plus haut ([ue, dans la période primitive, les lioinincs ne pouvaient pas s'éloigner l)eaucoup irs un-'

1. Miiiiulsscliri/l fur Sociatiir/ie, piililiO clic/. !•'. Kiknrdt. a l-cipïif;. l.iiivicr lOO'.t, p. :ili.

des autres. Les races très dissemblables n'avaient pas l'occasion d'entrer en contact et l'antagonisme provenant de ce fait ne pouvait pas se produire.

Lescolonsaméricainsqui. de nos jours, ont fondé l'Etatde Nortli Dacotah, ont occupé d'abord Fargo, puis Casselton, puisTower City, puis Valley City '.Mais ceux qui ont essaimé de Fargo pour s'établir à Casselton n'ont pas perdu contact avec lesgens de Fargo, puisqu'il s'est établi, dans la suite, des institutions communes qui englobent elles habitants de Fargo etceuxde Casselton. 11 devait en être ainsi à l'époque paléolithique. Cela ressort des idées mêmes de M. Ward. Il dit que les « races » fortes ont attaqué les « races » faibles. Mais ces « races » ne pouvaient pas être les habitants d'un seul hameau. Cela devait être un groupe de populations occupant un territoire plus ou moins étendu. Or, comment l'unité ethnique des Ixois se serait-elle formée si, à l'époque paléoliliiique, chaque nouveau centre de population, si minime fùt-il, avait toujours été en rapports hostiles avec le centreleplusprochain? M. Ward admetdoncimplicitement qu'une longue période a dû se passer pendant laquelle les « races d se formaient. Mais elles ne pouvaient pas se former en se massacrant. Donc il y a eu un temps où les massacres jouaient un rôle subordonné, tandis que le travail et la reproduction des hommes jouaient le rôle principal.

Les groupes voisins, dans l'antiquité, étaient en rapports économiques et politiques, tout comme aujourd'hui les colons du Dacotah. M. 'Ward nous dit que ces rapports économiques et politiques ont été remplacés tout d'un coup par des empiétements. L'apparition delà guerre estunemanière de deus ex machina, sortant du néant pour fonder l'Etat sur la force brutale. Comme tout cela est loin des réalités de la vie ! M. Ward est bien obligé de reconnaître que, pendant la période oîi le lien social était fondé sur la consanguinité [(jenlile societi/), les groupes sociaux communi-

1. Ce sont de petites localités de cet État qui se suivent les unes les autres.

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