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LA PRÉTENDUE ANTIClUHE DE LA GUERRE 253
les grands Etats ne sont pas nés d'une amalgamation de hordes; ils sont nés, le plus souvent, d'une Fusion de cites qui étaient déjà des Etats sur une plus petite échelle.
On voit donc que le tableau présente par MM. Ward et Ratzenhofer ne répond en aucune façon à la réalité des choses.
Les darwiniens expriment presque tous une autre idée, qu'ils n'auraient jamais eue s'ils avaient été pénétrés de la théorie des causes actuelles. Les darwiniens ne peuvent pas ne pas se rendre à l'évidence, ils ne peuvent pas contester que, de nos jours, la guerre ne soit un des principaux obstacles qui s'opposent aux progrès de la civilisation. Aussi beaucoup d'entre eux reconnaissent-ils et proclamenlils cette vérité. Mais ils affirment que ce qui est maintenant n'a pas été autrefois, que les causes agissant sous nos yeux n'ont pas agi aux époques antérieures , et que ce qui est un mal actuellement a été un bien antéccdemment.
Voici comment s'exprime Herbert Spencer : « La lutte intcrsociale poui- l'existence, qui a été une» condition indispensable de l'évolution des sociétés, ne jouera pas nécessairement dans l'avenir un rôle semblable à celui qu'elle a joué dans le passé. Nous reconnaissons que nous sommes redevables à la guerre de la formation des grandes sociétés et du développement de leurs appareils, mais nous pouvons conclure que les forces accjuises, applicables à d'autres fonctions sociales, perdront leur rôle primitif. Si nous accordons (|ue, sans ces lulles sanglantes continuelles, les sociétés civilisées n'auiaifiit pu s<^ former, et que cet état devait néccssairemi^nt avoir pour roriéialif une forme appropriée du caractère de l'iiomme, autant de férocit<! (]uc, d'iul(!lliui'uci' ; nous avons v\\ nirnir Icinp-;
254 ERREURS SPÉCIALES DE l'orDRE SOCIOLOGIQUE
le droit d'affirmer qu'une fois ces sociétés produites la brutalité du caractère des unités sociales, condition nécessaire de cette opération, disparaîtra'. »
La théorie générale de Herbert Spencer consiste à diviser l'histoire de l'humanité en deux périodes : la période militaire, dans laquelle la guerre a été un bien, et la période industrielle, dans laquelle la guerre est un mal. Spencer affirme que la guerre a été nécessaire pour constituer les grandes nations, mais qu'une nouvelle redistribution, comme il s'exprime, n'est plus nécessaire.
M. G. de Molinari est exactement du même avis que Spencer. Dans un ouvrage intitulé : Grandeur et Décadence de la guerre^, il affirme que l'homicide collectif a d'abord fait la civilisation, mais qu'actuellement il est en train de la défaire. « C'est la guerre, dit-il (p. 6), qui a produit la sécurité, aujourd'hui assurée d'une manière définitive au monde civilisé, et l'accomplissement de cette œuvre a constitué son utilité et sa grandeur. Mais sa tâche achevée, elle a cessé de répondre à un besoin : après avoir été utile, elle est devenue nuisible. »
Ces idées sont complètement erronées. Cela saute aux yeux. M. de Molinari dit que la guerre a été autrefois un bien, parce qu'elle a assuré la sécurité. Mais comment ne voit-il pas que la sécurité n'est autre chose que l'absence de la guerre ? Donc la guerre est devenue un bien seulement le jour oii elle a cessé d'être. M. de Molinari ne peut pas se débarrasser de l'aberration de la défensive. Il ne voit pas que l'attaque des barbares a été aussi une guerre et que, sans cette guerre, les civilisés auraient toujours vécu dans la sécurité la plus absolue.
Mais M. de Molinari se trompe encore à un autre point de vue. Il proclame que l'établissement de la sécurité (la disparition de la guerre) a été le suprême bien. Mais comment ne voit-il pas que cela aurait été le suprême