Publié à Paris, chez GuiUaumin. en
LA. PRETENDUE ANTIQUITE DE LA GUERRE "ia.)
bien à tontes les époques, aussi bien qu'à la nôtre? Imaginez la sécurité complète établie en Europe dès le vi" siècle, avant l'invasion de Darius, ou avant la seconde guerre punique, ou du temps de Charlemagne. Plus tôt serait venu le moment oii la guerre aurait disparu et où la sécurité se serait établie, et mieux cela aurait valu. Donc la guerre n'a été utile à aucune époque. Si elle n'avait jamais sévi parmi les humains, ils auraient eu la situation la plus enviable qu'il soit possible d'imaginer.
Cette idée peut être présentée encore d'une autre manière. De nos jours la guerre est la désorganisation. En effet, c'est par elle que se maintient la « souveraineté » de l'Etal, c'est-à-dii'e la faculté pour chaque unité politique de tomber, quand bon lui semble, sur le voisin. La « souveraineté )) produit d.onc l'anarchie et empêche l'organisation. Or, il est évident que, plus vite cessera cet état désastreux, mieux cela vaudra. Mais à toutes les époques de l'histoire il en a été exactement de même qu'à la nôtre. Donc la guerre n'a été bienfaisante à aucun moment.
Aujourd'hui, si une guerre éclatait entre la France et l'Allemagne, un Allemand pourrait tuer un Français de génie, capable de découvrir le remède contre la tuberculose, découverte dont profileraient immédiatement des millions d'Allemands. De même un Français pourrait tuer un Allemand de génie, capable de la même découverte. Il est donc évident que la guerre est aujourd'hui une nuisance à ce point de vue. Mais c'est une profonde erreur de croire qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Le stupidc soldat romain, qui a tué Archimède, a fait autant de tort à son pays qu'un soldat français en ferait au sien, en luant de nos jours le D'' Koch. Il faudrait vraiment que les darwiniens nous expliquassent, une fois pour toutes, d'où vient la dillV'reiice fondamentale entre ce ([ui se passe maintenant el ce i|ui se passait autrefois. Pourquoi I association produit-elle aujourd'hui une inlensilication delà vie et ne la pi'ijduisait-elle pas il y a cent siècles ou
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dix siècles? La biologie est contre le darwinisme. Elle prouve que l'association produisait déjà une intensification de vie, il y a 20 et 30 millions d'années, puisque les couches géologiques nous montrent qu'à cette époque il existait des métazoaires, c'est-à-dire des associations de cellules.
Que viennent nous dire les darwiniens? Actuellement, l'anarchie, état pathologique de la société, est un mal. Mais il fut un temps où elle était un bien. Peut-on imaginer une affirmation plus paradoxale? Il n'y a jamais eu de temps pareil. La maladie, état pathologique de l'individu, l'erreur, état pathologique de l'esprit et la guerre, état pathologique de la société, ont toujours été des maux, jamais des biens.
Sans la guerre, nous verrions déjà, à l'heure actuelle, un état de choses, un degré de bien-être que verront seulement nos descendants dans trois ou quatre mille ans. La guerre, en détournant un grand nombre d'individus des besognes productrices, a toujours été une perte de temps. Et cela aussi bien à l'époque de Touthmès le Grand qu'à l'époque de M. Fallières.
En aucun temps, la guerre n'a été utile d'aucune manière. Mais il y a eu une période pendant laquelle on l'a c?"«e utile. Cela est parfaitement juste, mais complètement dill'érenl. 11 y a eu une époque où l'on a cru que le soleil tournait autour de la terre. Cela ne veut pas dire qu'alors il en était réellement ainsi; cela veut dire, seulement, qu'alors la totalité du genre humain se trompait. C'est un pur sophisme de considérer comme utile ce qui est le produit d'une erreur. Ce serait affirmer que l'erreur peut être utile. Or, c'est impossible, parce que le bien est précisément la corrélation la plus exacte entre le monde extérieur et notre moi. La guerre n"a jamais été utile. Si les hommes ont cru qu'elle l'était, cette croyance erronée n'a jamais pu modifier en rien la réalité des faits.
LA PRKTIÎNDIE ANTIQl lïK l)K LA CUERRE 2!)7
l^a guerre systématique s'est établie dans le monde lorsque lillusion qu'on s'enrichit plus vile en spoliant qu'en produisant s'est emparée des esprits. La guerre est comme le polythéisme. Cette forme religieuse a été la résultante de certaines spéculations de l'esprit humain. Quand ces spéculations ont été démontrées fausses, on a cesse de croire que la foudre est hincée par le bras de Jupiter. Mais il ne s'ensuit nullement que, lorsqu'on croyait cela, il en était réellement ainsi. 11 ne faut pas oublier que l'esprit humain peut tomber dans les plus grossières erreurs. Or, les darwiniens ne pensent jamais à cela. De même qu'on s'est débarrassé du polythéisme, on se débarrassera de la croyance à l'utilité de la guerre. Toujours, il n'y a eu de sérieux que la production économique et intellectuelle; la destruction a été un pur enfantillage, une simple stupidité. Nos ancêtres n'ont pas compris celte vérité élémentaire. Mais on ne peut pas soutenir, en bonne logique, que, parce que nos ancêtres n'ont pas pu comprendre cette vérité, elle n'en est pas une.
En résumé, la théorie des causes actuelles est aussi vraie en sociologie qu'en géologie. Non seulement la guerre, qui est une nuisance à notre époque, l'a été à toutes les autres, mais encore Vidée que la guerre est avantageuse, qui est une nuisance à notre époque, l'a été à toutes les autres'.
1. Je puis donner uu curieux exemple montrant couimcutla tliêorio des riiuses iictuclies est abandonnée, même par un f;éoloj,'uc de profession romuie I est M. Lester Ward. sitôt qu'il parle des faits sociaux, k Dans !i;s temps iiriniitils, dil-il (.1/)/''"''/ Siicli)li>t/t/. Boston, Gin elC", \'M)G, p. 71). la vérité n'avait aucune possibilité de se dégager de toute la masse des erreurs. L'erreur était aiecptee par tons saus aucune exception. Personne ne songeait même à lameUre (Ui question. Tous les etl'orts pour acquérir la vérité furent accomplis, dans les temps plus récents, en majeure partie riiez les peuples ipie les etlinograplies qualllienl de civilisés. » Ainsi la faculté de reclierchi'r la vérité serait ap|)aruc un beau jour cbez les peuples civilisés comme une création spontanée sortant du néant. Comment M. Waid ne voit-il pas que les causes (pii agissent sous nos yeux sont les mêmes qui ont toujours agi dans le passe'.' Les hommes ont cherche, de tout temps, a connaître la vérité, et les découvertes les plus anciennes ont ele faites par les mêmes procèdes intellectuels (|u'à notre époque. Il a fallu autrefois autant de génie pour inventer la voile cju'il en a fallu au xix« siècle pour inventer la locomotive.
NovHovv. Ii.,«ii>i»n,.-. n