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LliS FAITS KCONOMIOUES 201

(juantités ? Les hommes primitifs étaient tous plus ou moins égaux en capacités, comme le sont, de nos jours, les animaux. Pourquoi une tribu aurait-elle su se procurer plus de subsistances qu'une autre? Et, si une tribu avait plus de capacités pour produire des aliments, elle devait aussi en avoir plus pour faire la guerre et repousser l'envahisseur. Il est contradic.toire d'affirmer que certaines tribus avaient des talents économiques mais pas de talents militaires. La supériorité dune race se manifeste parallèlement, en général, dans toutes les branches de l'activité humaine. Il est également impossible d'aflirmer que les envahisseurs faméliques devaient loiijoitrs l'emporter sur les défenseurs repus. On a de nombreux exemples de bandes de pillards qui ont été massacrées jusqu'au dernier homme par les premiers possesseurs du sol. La résultante générale dans le genre humain a été le triomphe des sédentaires repus sur les envahisseurs faméliques, puisqu'on définitive la civilisation l'a emporté sur la barbarie et l'a domptée. On voit donc qu'à supposer même que les hommes se soient jetés sur leurs voisins parce qu'ils manquaient de subsistances, ce moyen de s'en procurer n'a pas toujours été efficace

Quand on affirme que les hommes, manquant de subsistances, se sont jetés sur les voisins, on oublie la loi universelle, que la force suit la ligne de la moindre résistance. Si les hordes primitives avaient dévoré les fruits d une région, elles pouvaient aller eu chercher dans une autre (comme font les animaux), mais cela ne les forçait nuilemcnl à atlaquci' huirs semblables qui étaient pour eux les adveisaires les plus ilangei'eux. Quand on songe que la densité de la population du globe a été longtemps d'un individu par 100 kilomètres carrés, on peut se rc[)r(''senter combien la lutte entre tribus pour s'emparer des arbres fruitiers était peu |)robabl('.

La loi qui pousse la force dans la direction de la moindre résistanci! est (■tei-nclii' Nous la voyons s'appiicpicr sous

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nos yeux. Tout individu cherche à s'établir dans le pays où il peuL gagner le plus d'argcnl avec le moindre eiïorl. C'est celte loi qui transporte, de nos jours, des millions d'émigranls aux Etats-Unis d'Amérique.

La loi du moindre effort a produit toule la civilisation humaine. Les hommes, par exemple, n'ont pas domestiqué les animaux parce qu'ils ont manqué de gibier à un certain moment, mais pour avoir constamment de la nourriture animale avec un moindre elîort. Placé dans l'alternative de combattre ses semblables ou de combattre les animaux, l'homme a préféré la combinaison la moins dangereuse et a combattu les animaux. Puis, de la chasse, il a passé insensiblement à l'élève dubélail, car le premier animal de boucherie a été un animal sauvage pris à la chasse et conservé vivant comme réserve alimentaire.

Rien de plus contraire à l'observation, d'ailleurs, que de prétendre que la guerre a commencé parmi les hommes parce qu'ils ont manqué de subsistances. Les faits contemporains ne confirment nullement celte idée. Les Etals-Unis d'Amérique avaient à peine deux millions d'habitants au xvi" siècle. Cela faisait un individu par cincj kilomètres carrés. Des troupeaux de bisons innombrables étaient dispersés dans celle immense solitude. Les Peaux-Rouges ne manquaient nullement de subsistances. Us se faisaient pourtant la guerre. Donc, la guerre ne venait pas chez eux de la nécessité de se disputer les aliments. S'il en était ainsi au xvT siècle, pourquoi ne pouvait-il pas en être ainsi dans les temps primitifs, oii la population était encore beaucoup plus clairsemée?

Admettons pourtant, pour être agréable à nos adversaires, que la lutte pour l'existence commenç;i entre les hommes parce qu'ils manquèrent de subsistances Dans ee cas, celle lutte aurait dû cesser à partir du moment où les hommes ont su se procurer par le travail une quantité de subsi.-tances indéfinie. La luUe pour l'cxisLence aurait dû prendre fin. dans certaines régions (lÉgyple et la

LES FAITS ÉCONOMKjUES 263

Chaldée, par exemple), il y a déjà dix. mille ans. Il n'en a pas été ainsi. Donc, on n'est pas en droit d'identifier les guerres humaines avec les tueries qui se produisent entre animaux en quête d'aliments; on n'est pas en droit d'identifier les phénomènes biologiques avec les phénomènes sociologiques.

Dans ce cas spécial, non seulement ils ne sont pas identiques, mais ils sont diamétralement opposés. Les animaux se massacrent entre espèces dilTérenles, parce qu'ils manquent de subsistances ; les hommes se massacrent entre eux, justement parce qu'ils en ont. Cela semble paradoxal, et cependant c'est parfaitement vrai

Lorsqu'on 11)04 les Japonais ont débarqué un million de soldais en Mandchourie, ils les ont pourvus de tous les aliments qui leur étaient nécessaires en tirant ces aliments de leur propre pays. Si les Japonais n'avaient pas eu des aliments en abondance, ils n'auraient pas pu en fournir à leurs soldats qui seraient morts de faim et n'auraient pas pu faire la guerre. D'autre part, si les Japonais n'avaient pas eu d'aliments, ils n'auraient pas pu, non plus, nourrir les non-couibaltanls restés dans leurs foyers, et ceux-ci aussi seraient morts de faim. Il en a été ainsi partout et toujours. Et lorsqu'on viendra me dire qiie nos ancêtres pouvaient vivre en pillant le voisin, je répomli'ai qu'ils le pouvaient seulement à condition que le dit voisin eût accumulé des réserves alimentaires suffisantes |i()ur se nourrir lui-même et pour nourrir les vainqueurs, l'^sayez de nourrir une armée de 100.000 hommes an Gioënl.ind sur le compte des Esquimaux. De toutes les facnns, la production des denrées alimentaires précède la gne re. Ou ne l'entreprend que lorsqu'on en possède des (|nanlilés suffisantes, et chez l'envahisseur et chez l'envahi.

Il est ridicuhj de venir affirmer (ju'Alexandrc. le (Ji'and a entrepris la coïKiuèle de la Perse, César celle de la (Jaulc et Cortez celle du Mexitjue, parce qu ils niani|nai(;nl de subsistances Si donc la guerre est nue foi'nie de la lutte

pour l'existence, elle est une forme complètement différente de celle des animaux qui combattent pour se procurer des aliments.

11 y a une autre dilîérence fondamentale entre l'animalité et l'humanité. La lutte entre les hommes n'augmente pas la quantité de subsistances dont ils peuvent disposer, elle la diminue. Le lion qui ne tue pas un certain nombre d'antilopes dans sa vie manque de subsistances et doit mourir de faim. Mais les hommes, s'ils n'avaient jamais tué leurs semblables, non seulement n'auraient pas manqué de subsistances, mais en auraient eu beaucoup plus. La guerre n'a jamais pu procurer de produits alimentaires, puisque ces produits sont tirés du sol et que la guerre empêche précisément de pratiquer cette opération. La différence fondamentale entre les animaux et l'homme, c'est que les premiers ne savent généralement pas reproduire les subsistances d'une façon artiflcielle, tandis que le second sait les reproduire. Cette différence fondamentale établit une division tranchée, un abîme entre les phénomènes biologiques et les phénomènes économitiucs. Par suite, les théories applicables aux uns ne le sont nullement aux autres. Ou arrive même aune opposition complète, et l'on peut affirmer que l'homme n'a jamais fait la guerre parce qu'il a manqué de subsistances, mais qu'il a manqué de subsistances parce qu'il a fait la guerre. De nos jours, le territoire des Etats-Unis nourrit 88 millions d'hommes (il pourrait en nourrir facilement dûO millions). Au xvi° siècle, il n'en nourrissait que 2 millions. Qui osera jamais affirmer que l'immense surcroît de produits alimentaires tiré de leur sol aurait jamais pu être obtenu par les Américains au moyen de la guerre? Tout le monde comprend que ces produits viennent de l'agricullure el de l'industrie.

Ainsi donc, loin que les luttes entre semblables aient eu pour elfel de procurer des subsistances aux hommes, elles ont eu pour effet de les en priver. Et il en a été

l.KS FAITS ECONOMIQUES 26o-

ainsi de tout temps, aussi bien au moyen âge qu'à l'époque paléolitiiique Le travail de l'adaptation de la planète (agriculture, domestication des animaux, etc.) a commencé depuis la plus haute antiquité. Le travail seul a fait augmenter les subsistances. Toujours la guerre les a diminuées. Les économistes darwiniens tombent dans une contradiction complète en afiirmant que la guerre a pu procurer des subsistances. C'est comme s'ils disaient que, moins l'homme produisait d'aliments, plus il avait d'aliments !

M. de Molinari estime que, depuis un siècle, la richesse a au moins quadruplé pour l'ensemble des nations appartenant à notre groupe de civilisation, alors que la population a seulement doublé. U en a toujours été ainsi, à toutes les époques Lorsi[uc les hommes s'adonnaient au travail productif, les subsistances augmentaient plus vite que la population, et chaque individu pouvait être mieux nourri'. Lorsque les hommes commençaient à se massacrer et cessaient de travailler, les subsistances tombaient (le beaucoup au-dessous du niveau habituel et la faim augmentait la mortalité dans des mesures énormes. De H)18 à 1048, l'Allemagne perdit le tiers de sa population. Il en a toujours été comme à l'époque de la guerre de Trente ans Toutes les l'ois que des tribus sauvages se livraient des combats, elles diminuaient la somme de leurs subsistances; toutes les fois, au contraire, ([u'elles s'alliaient, elles les augmentaient.

Ainsi donc, pour lésumercequi vient d'être dit, l'homme n'a pas été poussé à massacrer ses semblables parce qu'il manquait de subsistances, et il en a d'autant plus manqué (|u'il a procédé à ce massacre sur une plus vaste échelle.

Par ce prétendu manque de subsistances, les darwiniens veulent nous faire accroire que l'homiciile collectif, entre

1. " Le terriloire de rAlIeiiittHnc, dit M. II. Liclitemberfier {L'Allemagne iiiiiilerne, p. ;)7), nourrissait i'i [leiuc 2.') millions dhoiniiies au coniinenccriicDt du siècle dcrutcr, et cela dans des conditions très dures. Maintenant il en nourrit flO millions dans des conditions beaucoup plus larges. >'

266 ERREURS SPÉCIALES DE L ORDRE SOCIOLOGKjUE

les hommes, était une nécessité inéluctable, à laquelle il était impossible d'échapper dans les temps primitifs. Rien nest plus faux. L'humanité pouvait y échapper toujours par la production des denrées alimentaires: et la preuve^ qu'elle pouvait y échapper, c'est que l'immense majorité des hommes (les travailleurs) a toujours choisi la voie de la production. Seule une infime minorité a pris l'autre voie, celle de la spoliation, et cela dans un temps relativement récent.

C'est une très profonde erreur, également, de croire que l'homme fait une exception aux lois générales de la biologie. Tous les êtres qui peuvent s'allier ont le plus de subsistances lorsqu'ils ne se combattent pas.

Si les abeilles passaient leur temps à se massacrer les unes les autres, elles ne pourraient pas accumuler beaucoup de miel dans leurs ruches. Alors le nombre des abeilles diminuerait dans le monde, d'abord par la mort immédiate des combattantes, ensuite par la mort lente des non combattantes, périssant faute de subsistances (car la quantité de miel aurait été en raison inverse du nombre des travailleuses tombées sur les champs de bataille cl du temps perdu pendant les hostilités). Enfin, une troisième cause de la diminution des abeilles eût été qu'une quantité de larves, qui auraient pu éclore dans des temps Iranquilles, n'auraient pas pu éclore dans les temps agités, faute de nourriture et de soins. De plus, les abeilles qui auraient survécu auraient été forcées de mener une existence plus languissante, faute d'avoir assez de miel dans leurs ruches. Ces abeilles auraient été plus pauvres, comme nous disons en langage humain. C'est exactement la situation du peuple allemand par suite de la guerre de Trente ans. L'Allemagne perdit alors lé tiers de sa population; les deux tiers restants, tombés dans une misère profonde, durent mener une existence déprimée et languissante.

LES FAITS ÉCONOMIUUES 267

« Comme la mise en culture des végétaux alimentaires, dit M. de Molinari ', la domestication des animaux comestibles eut pour cause déterminante la pression de la concurrence. A mesure que la population des tribus carnivores se multipliait, la concurrence pour Tacquisilion des subsistances devenait plus vive entre leurs membres; les moins vigoureux, les moins courageux, les moins agiles ne parvenaient qu'avec un redoublement d'etTorts et de peine à atteindre le gibier, devenu relativement plus rare. Ils étaient donc excités à rechercher un procédé qui leur procurât la subsistance plus sûrement et avec moins d'efforts, ou, ce qui revient au même, rendît leurs elTorts plus productifs. Le plus intelligent d'entre eux, encore un homme de génie, découvrit ce procédé en s avisant de ditrérci' la consommation des animaux dont il s'cmiparait, en veillant dans l'intervalle à leur conservation et à leur reproduction. »

Ce passage montre (|uo, selon M. de Molinari, c'est la concurrence qui a fait inventer la domestication des animaux. La plupart des économistes pensent comme M. de Molinari et allirment que c'est la concurrence qui a réalisé tous les autres progrès techniques de la production. Comme la concuiTence est une forme spéciale; de la lutte pour l'c^xislcnce et comme le progrès lechni(|ne a l'ait en somme la civilisation, la conclusion s'injpose toujours la même : la lutle entre les hommes a produit la civilisation; sans la lutte entre les hommes, la slagnation aurait été élernclle et notre espèce ne sérail jamais sortie delà sauvageri(ï.

Par ce chemin l'économie puliti(|ue ('st ramenée encore une fois en plciu daiwinisme. A la vérité, comme je lai dit, il y une dillérencc sensible cntie la concurrence et la

1. .hiiiriiiil dus ÉcoTiijiiiixIe.s du 15 mais r.lUT, p. iiU.

tuerie directe. C'est certain. Cependant la concurrence, en limitant les bénéfices du vaincu, peut l'acculer parfois à la misère complète et à la mort par inanition. Par suite, la concurrence est une forme, mitigée il est vrai, de la lutte pour l'existence, mais une forme qui encore, à l'occasion, peut devenir fort dure

Je suis loin d'affirmer que la concurrence n'existe pas parmi les hommes et ne produise pas des eiïets très importants, les uns avantageux, les autres funestes. Je veux seulement établir que la question de la concurrence est considérée à un point de vue unilatéral, et partant complètement faux, par la plupart des économistes de notre temps.

xVussi les objections se présentent-elles en foule contre lathèse, formulée tout à l'heure parM. deMoliuari, que le progrès est dû à la concurrence entre les hommes. Tout d'abord, l'objection du roman anthropologique. Aucun témoin n'a assisté au moment où l'homme a domestiqué les animaux pour la seule raison que le gibier se faisait rare par suite de l'accroissement de la population. Cette manière de présenter les faits est une pure hypothèse subjective, sans la moindre base historique.

Mille indices démontrent que les choses ne se sont nullement passées comme le pense M. de Molinari. En premier lieu, la comparaison avec les animaux. Les écureuils font des approvisionnements pour l'hiver. Ils ne sont pas poussés à cet acte par la concurrence de leurs semblables, puisque les écureuils vivent solitaires. Ils y sont poussés par le désir du niieux-êtrc, par le désir d'éviter la souffrance et de préserver leur vie. Un certain nombre d'animaux construisent des demeures très complexes, fort bien accommodées à leurs besoins et remplies d'approvisionnements pour la mauvaise saison'. De môme

1. Voir le très intéressant ouvrage de M. P. l'étrucci, /.es oriç/ines ntili/i-elles de la propriété. (Bruxelles, Misch et Tliron, 190a.) En général, lous les avantages que possède l'homme sont le prolongement îles inventions réalisées auparavant parles animau.\. L'adaptation du milieu aux conve-

LES FAITS KCONOMIOUES 269

l'homme a conslamnent tondu aux mieux-ètre, et c'est par suite de cette force inhérente à toute créature animée qu'il a pu se multiplier. Ainsi l'homme a essayé de se construire des demeures confortables, chauffées en hiver, pour se préserver des souffrances que cause le froid. Par suite de la construction de ces demeures, la mortalité des enfants et des adultes est devenue moindre et la population a pu augmenter. L'homme n'a pas construit des maisons chaudes parce que la population avait augmenté; il n'a donc pas été poussé à réaliser ce progrès par la concurrence provenant de raccroissementde la population, il n'y a pas été poussé par une pression de ses semblables. Non; rhomme a construit des maisons chaudes sous la pression du milieu physique et, parce que, grâce à sa plus haute intelligence il a su parer, mieux que les autres animaux, aux inconvénients de ce milieu, il s'est multiplié considérablement et il a pu occuper toute la surface du globe L'homme n'a pas construit des maisons chaudes parce qu'il avait plus d'enfants, non ; ses enfants ont survécu en plus grand nombre parce qu'il s'était construit des maisons chaudes.

La même chose est arrivée pour la domestication des animaux (voir plus haut, p. '2G1). Cette domestication a été opérée en vertu du môme ensemble de forces psychiques qui pousse les écureuils à accumuler des approvisionnements pour l'hiver. Elle a été opérée par le désir du mieux-être. La concurrence, dans ce cas, n'a pas plus été une cause déterminante pour l'homme que pour l'écureuil. Il ne faut pas oubli(!r qu'à l'époque primitive les hommes étaient extrêmement claii'semés sur le globe. Il y avait peut-être un seul individu sur 10, sur 20, ou même sur SO kilomètres carrés. Il s'est passé des centaines de milliers d'années avant (|iir li's hommes se sentissent ser-

ii.iiicos (l(; l'diganisine n'.i^ qui est à propremcnl p.uliT l:i priiiliKtion eccnoiiiic)iic) est pralic|iic'C pur tous les êtres vivants, mais sur îles eclielUs très varices.

270 ERRELRS SI'F.CIAI.ES DF. 1. ORDRE SOCIOLOfilQUE

rés'. Les progrès que l'iiomme a réalisés pendant cette longue période, la plus longue de son histoire, ne se sont donc pas accomplis sous la pression de la concurrence. Donc la concurrence n'est pas la cause du progrès. Pour ce qui est de la domestication des animaux, en particulier, elle s'est opérée à une époque où la densité était peut-être de moins d'un ^labitant par kilomètre carré. Comment peut-on affirmer alors qu'elle provenait de la rareté du gibier? Le gibier était-il rare dans l'Amérique du Nord avant l'arrivée des Européens, quand des millions et des millions de bisons erraient dans les prairies oii les hommes n'existaient pour ainsi dire pas? M. de Molinari transporte dans les temps primitifs des conjonctures qui n'ont pu se produire que de nos jours et dont l'idée vient, précisément, chez lui de la hantise de la concurrence.

Alexandre Selkirk (le matelot anglais, abandonne sur une île déserte, qui a donné l'idée de Robinson Crusoé) a vécu quatre ans sans aucun rapport avec les hommes ; il n'aurait jpas pu vivre quatre minutes sans rapports avec le milieu physique, puisque chaque i-espiralion est un de ces rapports. On voit quelle infime importance ont les relations entre les hommes quand on les compare aux relations avec le milieu. Toutes les fois qu'on attribue le progrès à la concurrence et non au désir d'adapter le milieu, on commet l'erreur fondamentale d'oublier l'existence de l'univers. Les progrès de la civilisation ne viennent pas des luttes entre les hommes, ils viennent de la lutte contre la nature.

Les économistes ne se seraient jamais égarés dans une impasse de ce genre s'ils avaient appliqué la théorie des causes actuelles.

Considérons, par exemple, l'invention des appareils frigorifiques qui seront certainement un tournant de l'histoire de notre espèce. Quelle a été la raison qui a poussé à

1. Encore au commencement de notre ère, l'Europe septentrionale était une vaste solitude.

leur création? Le désir de se délivrer des souH'rances provenant de l'extrême chaleur, le désir du mieux-être, et nullement le désir de se délivrer de la concurrence de quelqu'un. Les appareils frigorifiques n'existaient pas à un certain moment, et celui qui a cherché à les construire n'avait à lutter avec la concurrence de personne. Il n'était donc pas poussé à cette invention par la pression de ses semblables, mais par la pression du monde extérieur. Le jour oîi un appareil frigorifique sera placé dans chaque maison à côté du poêle, cette maison sera chaude en hiver et fraîche en été. Il y aura donc une adaptation plus complète du milieu aux convenances de l'homme, donc une plus grande somme de bien-être'.

Ce qui est vrai des appareils frigorifiques l'est également de toutes les autres inventions accomplies par le genre humain dans sa longue et douloureuse histoire. L'homme qui. le premier, a songé à la voile, n'y a pas été poussé par la concurrence d'un autre homme, puisqu'il était le premier. Il y a été poussé par le désir de s'épargner la peine de ramer, donc par le désir du mieux-être '■. L'invention de la voile n'a pas non plus été occasionnée par la concurrence des rameurs. Il faut qu'il existe déjà des métiers similaires pour que la concurrence s'établisse entre eux. Par exemple, un individu a pu être amené à

1. L'applic.'ition, en fjrand, de.s appareils fi'if,'iiriliqnos fera pour les pays Iropii'mix ce que les appareils de chaufl'age ont fait pour les climats rigoureux, L'honuue est né dans une rC'giou chaude Par sa constitution ptiysir|ue. il n'est pas naturellement piéservê contre le froid. L'homme n'a pu s'établir dans les rcfjionssi'ptenlrionalesque lorsqu'il eut inventé les vêtements cl les appareils de chaulTaj;e. Les appareils frigorifiques permettront aux liTiincs de vivre sous les tropiques sans avoir besoin de s'y acclimater physiidogiqueiMcnt. Au lieu donc d adapter leur constitution somalique au milieu ecpiatorial (ce qui est très long cl pas toujours pos.sible), ils adapteront le milieu équatorial à, leur constitution somatique. Je le répète, cela ouvre une miuvellc page de l'histoire de notre espèce. Je ne parti: même plus de l'importance des frigoriliques au point de vue du transport des denrées alimentaires. Uricc à eux. la Nouvelle- Zélande peut envoyer uuiinlenanl du beurre /'ivii'.v à Londies I 11 y a un siècle il peine, celui de Normandie ne pouvait pas y arriver! Grdce aux frigoriliipies. le ghdie entier devient un marché unique pour (uiilex les denrée» alimentaires.

-. Voir plus liant, p. ISi.

'î'î ERREURS SPECIALES DE 1. ORDRE SOCIOLOGIQUE

faire une rame plus longue ou plus forte, afin de ballre les autres rameurs. Mais il ne peut pas être poussé par la concurrence à inventer un instrument complètement nouveau, auquel personne n'avait jamais songé auparavant. On ne peut être poussé à cet acte que par le désir d'exercer la maîtrise sur la nature. Le premier individu qui a songé à une machine à écrire n'était pas un scribe, ruiné par la concurrence de ses collègues; c'était un individu voulant trouver moyen d'écrire plus vite qu'avec la plume, précisément pour faire une économie de temps, en d'autres termes pour assurer plus de mieux- ÎUre et à soi et aux autres. On a créé la bicyclette, l'automobile, et maintenant l'aéroplane pour vaincre l'espace. Longtemps ces inventions n'ont été que des sports dont on ne cherchait pas à tirer un profit indirect.

« Les grandes évolutions et révolutions de l'industrie humaine, dit Gabriel Tarde, sont marquées par certaines inventions capitales. Telle est celle de la charrue, qui n'est pas venue de la guerre et même de la concurrence des agriculteurs primitifs ; telle est l'invention des moulins à eau, des métiers à tisser, de la machine à vapeur. J'ajouterai à cette liste le feu, la roue, la voile, l'imprimerie, la photographie, le télégraphe, le téléphone'. »

C'est toujours l'invention qui a été la cause des progrès du genre humain, liltcela, par la plus élémentaire de toutes les raisons, c'est que le progrès consiste dans l'adaptation du milieu aux fins de l'individu ou, si l'on veut, dans l'établissement d'un équilibre de plus en plus complet entre notre moi et le monde extérieur. Ce n'est pas sous l'impulsion de la concurrence entre êtres semblables que se sont réalisés les progrès biologiques : l'œil, l'oreille, le système nerveux. En biologie comme en sociologie, la concurrence entre semblables est un pliénomène absolument négligeable en comparaison de l'action du milieu

1. Cité par A. Fouillée. Les Élcmenlf: sociolufjliji/f: de lu Monde. Paris. F. Alcaii, 1905, p. 192.

physique. Il en est exactemenl do même pour les relations humaines qui ne font, en aucune façon, exception à la règle générale.

Les économistes oublient toujours que le but de l'activité humaine est précisément la maîtrise sur la nature, en d'autres termes l'adaptation du milieu. Les médecins qui travaillent jour et nuit pour trouver un remède contre la tuberculose ont précisément celte maîtrise en vue. En elfet, quand on trouvera le moyen de vaincre cette épouvantable maladie, notre corps sera comme immunisé contre elle, donc comme mieux adapté à un milieu qui contient des milliards de microbes pathogènes. Les médecins qui cherchent le remède contre la tuberculose n'y sont pas poussés par la concurrence de leurs collègues. Ils n'y sont môme pas poussés par l'amour du lucre. Assurément, le médecin qui guérirait la phtisie serait millionnaire le lendemain ; mais le but de son activité est la découverte du remède et non l'acquisition des millions. Si les millions étaient le seul but, il se ferait spéculateur et non pas médecin.

Nous voyons maintenant certaines inventions passer par trois phases : le laboratoire, le sport, l'industrie pratique. xVujourdhui, l'aviation se trouve encore à la phase du sport. Les aviateurs sont généralement des gens riches qui ne regardent pas à la dépense. « Ils consacrent leurs revenus ù la satisfaction de leur désir... Ainsi quelquesunes des princi[)ales améliorations pratiques de notre l'poque ont été dues à l'amusomenl ». dit M. Piobb '. Ce que cet auUuii appelle amusement est, en réalité, la maîtrise sur lu nature Tous les moyens de locomotion ptiffectionnés ont pour but de supprimer l'espace, c'està-dire de nous doniuT en quelque sorte l'ubiquité, de nous l'aire dieux dans une certaine mesure

Miildtis tiiii/diii/is. les inventions anciennes, depuis Is

I. Vi)ir l;i Itf.n.ii: (lu I.". iKivciiiliri' litlis. pp. i0.j cl 2I-J.

.N,.>,.o«. - liai.>iiii>nic. 18

27i ERREURS SPECIALES DE L ORDRE SOCIOl.OGUjUE

pôriode paléolithique, ont suivi la même marche que les invcn'ions modernes. Où est alors, dans tout cela, la lutte entre les hommes, seule cause du progrès selon les dai'vviniens? On voit donc combien leur point de vue est unilatéral, donc faux.

Une autre raison, pour laquelle la concurrence n'a pas la grande importance que lui attribuent les économistes, vient encore d'une loi fondamentale de la biologie. Toute créature vivante fuit la douleur et recherche le plaisir, donc toute créature aspire au mieux-être. Par suite de cette loi universelle de la vie, la demande des produits doit,, généralement parlant, toujours dépasser l'offre. L'homme est insatiable. Après avoir inventé les lampes à gaz, qui lui donnent beaucoup plus de lumière que les lampes à huile, il imagine le manchon à incandescence Des gens qui naguère se trouvaient contents d'un éclairage égal à dix bougies veulent, depuis l'invention de l'électricité, des éclairages de cinquante et de cent bougies. Il en a été ainsi pour toute chose depuis les temps tes plus reculés. C'est dans ce sens que la demande a toujours dépassé l'offre et la dépassera toujours. La concurrence n'a pas lieu d'exercer ses effets en pareil cas. On ne cultive pas son champ mieux que le voisin pour écraser le voisin. On le cultive mieux pour en tirer plus de substances alimentaires, donc pour avoir plus de bien-être en les consommant soi-même ou en les transformant, par l'échange, en utilités de tout genre. En temps normal, dans toute société humaine, la demande des produits doit toujours dépasser l'offre. C'est seulement en cas de désordres, de guerre, de despotisme ou de spéculations frauduleuses, c'estr-à-diue seulement en cas de maladies sociales, qu'il n'en est pas ainsi. Quand les sociétés se trouvent à l'état sain, les fabriques ne doivent jamais pouvoir suffire aux commandes et tous les jours il doit se bâtir des fabriques nouvelles, tous les jours l'aire des terrains cultivés doit

aller en s'étendanl. Or, dès que la demande dépasse l'offre, les mauvais effets de la concurrence sont presque complètement annulés.

Je suis loin de contester qu'il y a parfois surproduction et que les industriels doivent se livrer à des opérations très actives pour faire venir l'eau à leur moulin. Certains producteurs peuvent fort bien se tromper dans leurs calculs et peuvent verser sur les marchés plus d'articles que le public n'en réclame à un moment donné'. Les producteurs seraient heureux de ne pas commettre cette faute. Leur intérêt les pousse précisément à proportionner leur offre aux demandes du marché. Mais les industriels ne sont pas des dieux. N'ayant pas l'omniscience, ils se trompent et subissent des pertes parfois tiès considérables. Au fur et à mesure que les informations se multiplieront et que les statistiques seront mieux faites, les erreurs pourront être plus facilement et plus complètement évitées. Les socialistes appellent Inorganique la production faite au hasard. Ils prétendent que, lorsque l'Etat aura centralisé toute la production, l'Etat omniscient connaîtra exactement les besoins du public. Alors lu production deviendra orf/anlque, alors il n'y aura plus de gaspillage. C'est une bien vaine illusion de croire que i'i']lat saura mieux que l'intérêt particulier proportionner l'offre à la demande. Mais l'observation des socialistes est parfaitement juste au point de vue général. Assurément, si la production pouvait devenir complètement organique, la concurrence exercerait le minimum dépression. Est-ce à dire que le genre humain devra tomber alors dans la misère? Comment soutenir un |)areil paradoxe? Il reviendrait à afiiiiiier que, lorsqu'on perdra moins

•1. Mai» ci: plicuoiiiùiii; ii'ost pas toujours iulei|n-(;li; linns un .st'iiï exact, i-'ort souvent il ii y a pas eu rtalite snriiruttuclion. il y n sons-proUmlioii : ce n'est |ias le public qui ne veut pas d un article, c'est seulerheiit que, par suite île i:irc.oustiui<'.cs adverses, il n'est pus en étnl d'en fournir la contre-valeur. 11 n'y a ipi'à le dislriluier (,'ratuili-nient pour le voir enlever en quelques heures.

270 ERREURS SPÉCIALES DE l'ORDRE SOCIOLOGIQUE

de temps à élaborer des produits dont personne ne veut, on aura moins de produits ! Tout le monde comprend que c'estjuste le contraire.

Il me semble découler de tout ce qui précède que la tiièse des économistes darwiniens ne soutient pas la critique. Non, le progrès du genre humain ne vient nullement de la concurrence, c'est-à-dire de la lutte entre les hommes. Il vient, en majeure partie, de la lutte contre la nature. Cette dernière lutte est menée par l'invention et l'organisation du travail. A supposer même que la lutte entre les hommes cesse un jour complètement, pourvu que l'organisation du travail et les inventions techniques continuent à se perfectionner, l'humanité continuera à progresser.

Il faudrait être complètement aveugle pour nier la concurrence économique. On pense bien que je ne songe pas un seul instant à contester ce fait universel. La concurrence économique a des effets bienfaisants et des elfets malfaisants. Les économistes ont exposé les premiers et les socialistes les seconds avec une abondance de détails qui en font des faits très connus. Mon but a été de montrci l'erreur profonde dans laquelle tombent les économisle^ darwiniens lorsqu'ils attribuent à la seule concurrence lo^ progrès de la production.

Un autre aspect du darwinisme économique consiste à considérer le commerce comme un combat.

Le président de la commission des douanes de la chambre des députés française, M. L. KIotz, s'exprime comme il suit, dans le Matin du 2.3 janvier 1908 : « Les armes défensives de notre législation de 1892 restent entre nos mains démodées et inefficaces ; contre un lebel nous conservons un chassepot. Nous sommes attaqués, défendons-nous!... Notre tarif minimum est un sabre de

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Imis. Nous ne devons pas plus désarmer la France sur le ifirain économique que sur le territoire. Nous avons le devoir de mettre en bon état de défense la production nationale qui constitue notre fortune. Le régime de la paix armée existe sur le terrain économique : préparons nos armes. » Montrant par la statistique la situation prépondérante des Etats-Unis', la Revue scientifique dit : « Cette intensité de production toujours croissante est faite pour inrjuiéler la vieille Europe. » Les Allemands pensent exactement comme les Français. « L'unique chose quepeu- ■ vent faire les Européens, dit M. E. Schalk\ c'est, dans la défensive, de se couvrir par des tarifs de douane très élevés, et, dans l'offensive, de se donner une bonne organisation industrielle .. Le combat pour la prédominance commerciale et industrielle sera livré, d'ici à dix ans, entre l'Amérique (Etats-Unis), l'Angleterre et l'Allemagne. La lutte finale se passera entre l'Allemagne et les Etats- Unis, et l'Allemagne devra tendre tous ses nerfs si elle est résolue à ne pas succomber dans le combat. »

Une autre raison pour laquelle on assimile le commerce à un combat, c'est la conquête des marchés. Tout le monde comprend que les guerres de religion sont terminées. Les guerres pour la conquête des marchés sont l'aberration à l'ordre du jour. Mais on vient nous alTirmer que ce n'est pas une aberration du tout, que ces guerres sont conformes à l'ordre naturel des choses et que, par suite, elles seront éternelles. Toujours, préten<ion, le « fci- appellera l'or», selon l'expression de M. Méline. Les économistes n'osent pas dire nettement que les guerres pour la conquête des marchés font la civilisation, mais ou le dit pour eux. Eneiïct, si « le fer appelle l'or ». c'est le. Ici- (|iii fait la richesse et, comme richesse et civilisation

I. Ainsi, iicnilunl i|ur la superficie des l'Hnts-Uni!! est de 6.t! p. 10(1 par raipporl a l'euseiiilile du n'ot"-'. '» production du blé est de ii \> loi). Ueaiiciiup d'autres articles .sont à l'avenant. (Voir le numéro du 4 juillet 11)08,

■>. /><•!• W,'l,/.-u„i/,filrr y„l/;rr Inia, Kisclier. l'.Ki:,, pp. '.17 cl ti ,

278 EHUEURS SPÉCIALES DE l/OP.DHE SOCIOI.OGIOIE

sonl des termes en grande partie synonymes, c'est la guerre, de nouveau, qui fait la civilisation. Encore une fois, nous sommes ramenés au darwinisme social.

Il est difficile de commettre une erreur plus grossière que de considérer le commerce comme un combat Le commerce est l'extrême opposé du combat, c'est l'élément fondamental de l'alliance. C'est un acte d'association, tandis que la guerre est un acte de dissociation. Il y a antagonisme complet entre le commerce et la guerre. Ce sont deux faits contraires.

J'ai déjà montré plus haut, au chapitre tx, que tout organisme biologique, comme tout organisme social, est formé par la circulation. Le cœur chasse le sang dans les veines et les artères, le sang charrie les substances alimentaires, élaborées par les organes digestifs, et la vie de l'organisme humain vient précisément de celte circulation. Que le sang s'arrête, l'organisme meurt aussitôt. Cela veut dire que les cellules dont il se compose se dissocient. De môme dans les sociétés. C'est la circulation vitale qui fait l'unilé de l'organisme. Si Bnyonne. par exemple, cessait d'avoir des relations quelconques avec la France, elle ne ferait plus partie de la nalion française. Elle for- Kieraitiin organisme social séparé. Or, la circulation vitale Gomporte trois aspects : transport des hommes, transport des idées, transport des produits. Celte dernière forme de la circulalion vitale est le commerce. Comme la circulalion vitale est la condition môme de l'association et comme le commerce est un aspect de la circulation, le commerce est; dans iine immense mesure, l'élément môme de l'association humaine. Or, comme la guerre est l'élément même de la dissociation, dire que le commerce peut être un combat, c'est dire qu'un acte. d'association peut être un acte de dissociation, ce qui est contradictoire. Le comm^erce, acte d'association, ne peut produire que l'association, l'extension de plus en plus grande de l'organisme collectif. Ce qui est déduit ici par raisonnement est

démontré par des millions de faits de la \ie quotidienne. Lorque les relations commerciales deviennent très nombreuses entre deux groupes sociaux, ils tendent à s'amalgamer, maigre tous les enfantillages des diplomates et toutes les erreurs des hommes d'État.

Quand deux collectivités ne peuvent se passer l'une de l'autre au point de vue économique (c'est le cas maintenant pour la France et l'Angleterre), ces colleclivités forment un seul organisme social, comme le champignon et l'algue qui composent le lichen '.

Je viens de dire que la circulation prend trois formes : transport deshommes, desidéesetdesproduits. 0r,lesideiHX premières ne sont pas possibles sans la troisième. Quand un Américain vient à Paris, il y a, en premier lieu, ti'ansport d'hommes, mais, ensuite, échange de marchandises contre marcliandises, ou de services contre marchandises L'Américain dînant dans un restaurant échange, en réalité, leproduit qu'il élabore dans son pays contre les aliments livrés par le restaurateur, à Paris même. C'est aussi bien un commerce que lorsque des produits alimentaires français sont envoyés aux Etats-Unis, mais c'est un commerce dont les statistiques des douanes ne font pas mention ■. D'aulrc part, l'Américain prenant une voiture à Paris et la payant vingt francs échange une marchandise (6'^45 d'or) contre un service. De même encore pour les idées Elles ne peuvent circuler que par le moyen d'hommes les propageant oraiemonl ou par des écrits. Dans le premier cas, icspropagateurs se liouventdans la même situation que les

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