Voir plus haut. p. 8ii
2. Il y a deux moyens de faire le commerce : envoyer ses articles au loin ou attirer les étran;;ers pour los leur vendre sur place Le dernier oioycn est le plus avaDta^fcux ries deux On ••ouiprend mal encore {]\f l'industrie des étniiijîiM's est une des plus lucratives, sinon la plus lucrative qui existe au momie Lit ilie en tire mijourd hui au moiu- 'MO iuillii>ns de francs et la France i.îillO unllions. Mais c'est un Irfts modeste commencement l/lMirope occidentale est l'enfant gitc de la nature et de l'hisloirc. Sans rliiuti' nu jour l'induslrie des Otranfjers y sera appréciée n sa juste valeur i!t dcviiiidr.n l'une des plus iuiporlanle» sources de revenus pour tes indigènes.
280 ERIiEURS SPÉCIALES DE l/ORDRE SOCIOLOC.IQI'E
touristes. Dans le second, les idées s'incorporent dans des écrits qui sont des marchandises. De toutes les façons, la circulation vitale se ramène au commerce. Celui-ci est donc le piiénomène fondamental de rassociation.
11 me paraît difficile de soutenir que le commerce, pratiqué sous forme de vente sur place à un individu venu du dehors, est un combat. La première condition pour que ce genre de commerce puisse s'effectuer, c'est que l'étranger ne souffre aucune violence Sitôt qu'on en exerce contre lui, soit à la frontière, en ne le laissant pas passer, soit à l'intérieur, il ne vient plus, et les bénéfices qu'il apportait ne sont pas réalisés. D'autre part, toute guerre empêche la circulation des personnes et pendant les hostilités et longtemps après. Avant 18"0, ai-je dit plus haut, Bade, en été, était un petit Paris. Cela n'est plus. Le nombre des Français qui vont maintenant sur les bords du Rhin est beaucoup moins considérable qu'avant le tiaité de Francfort.
Quand on prend en considération les faits matériels et concrets, on se demande comment des êtres intelligents, n'ayant paspei'du la faculté de raisonner, peuvent affirmer que le commerce est un combat. Un homme qui vient vous offrir un échange peut-il vraiment être considéré comme un ennemi ? La séparation des métiers, la spécialisation des tâches, la diflérenciation des fonctions sont les procédés par lesquels les êtres organisés se perfectionnent et montent aux échelons supérieurs de la hiérarchie biologique. Mais, sans l'échange, aucun de ces procédés n'a la moindre valeur. L'échange est donc le facteur même de l'intensification vitale, en d'autres termes, du bonheur II est donc absurde de le considérer comme un acte d'hostilité La bienfaisance de cet acte ne peut être en rien annulée ou même diminuée par le fait que les écliangeurs se trouvent des deux côtés d'une ligne conventionnelle appelée la frontière de l'Etat. Cette ligne conventionnelle ne modifie pas plus la nature de l'échange
LES FAITS KCONOMIOl'ES 281
que la couleur des cheveux de ceux qui l'opèrent.
Ces faits sont l'évidence même Dès qu'on échafaude des théories en opposition avec eux, on tombe immédiatement dans les contradictions les plus formelles. Je veux en signaler seulement une à titre d'exemple. Un dit que la guerre ouvre les marchés, que « le fer appelle l'or ». Rien de plus manifestement faux. C'est juste le contraire: la guerre ferme les marchés. Lorsque les Français ont fait la guerre à Madagascar, ils se sont ouvert ce marché. Mais qu'est-ce que cela signifie, en réalité? Cela signilie qu'ils l'ont /?/•/««■' à toutes les autres nations. Ainsi la guerre de Madagascar a ouvert un marché de 2.700 000 hommes à 39 millions de Français, mais, en même temps, elle afermé ce marché à 1.468 millions d'autres producteurs. Affirmer après cela que la guerre ouvre des marchés est le comble de l'illogisme.
Voyez d'autre part ce qui se passe partout dans le monde. Quand des Etats, qui se faisaient auparavant la guerre, conviennent de ne plus se la faire, les marchés s'étendent. Quand des Etats, qui ne se faisaient pas auparavant la guerre, se placent dans les conditions de pouvoir se la faire, les marchés se ferment. Lorsque les sept souverainetés de l'Italie se sont unies, après 185ÎI, pour former une seule patrie, les barrières de douane qui les séparaient sont tombées immédiatement. Alors l'Italie entière devint un marché ouvert pour Modène, la Toscane ou Naples. Au contraire, lorsqu'on 1814 les Pays-Bas se séparèrent de hi France, on établit des douanes entre les sujets de Louis XVI il (U ceux de (ni ilhiu me d'Orange Aujourd'hui, les nations européennes vivent en iiosliiité permanente. A chaque instant elles peuvent sedéclarer la guerre. Par suilc, elles fcimciil jalousement leurs marchés respectifs. Les tciilalivcs CM vue d'établir actuellement un Zollvcreiii ouio|iécn sont condamnées à un échec certain. Mais il est évident pour tout le monde que, si les nations curopéonui's poLivaieul s'unir en {'(''dcTaliou, si elles pouvaient s(î
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considérer comme membres d'un même corps politique, les barrières douanières disparaîtraient immédiatement entre elles. C'est ce qui est arrivé en Allemagne. C'est parce que les Allemands se sentaient un seul corps moral qu'ils ont consenti à supprimer les douanes entre les différents Etats composant leur patrie. Demèmeque l'union de rilalie a ouvert le marché de ce pays entier au duché de Modène, par exemple, l'union de tous les États de notre globe ouvrirait la totalité des marchés de notre planète à la France, par exemple. Sans la guerre, le marché universel appartiendrait à chaque nation. Or, il est absolument impossible de posséder un marché plus étendu que le marché universel. Mais union des nations de notre globe signifie simplement suppression entre elles de la guerre à l'état d'institution permanente. On voit donc qu'il est absolument impossible de dire que la guerre ouvre les marchés quand c'est, au contraire, elle qui les ferme.
Et d'où vient d'ailleurs le protectionnisme féroce qui sévitdenosjours? 11 vient, en partie, de ce que les nations désirent pouvoir se suffire à elles-mêmes parce qu'elles seraient placées dans la situation la plus périlleuse, en cas de guerre. Evidemment, si l'on était convaincu qu'il n'y aura pas de guerre, on ne pourrait pas faire valoir cet argument. Comme cette idée est une de celles qui ont poussé à élever les barrières de douane, c'est-à-dire il empêcher les populations d'expédier librement leurs produits hors de leurs frontières, on voit encore que la guerre ferme les marchés et ne les ouvre pas, on voit que « le fer n'appelle pas l'or», mais le repousse, puisqu'il diminue le nombre des transactions avantageuses qui auraient pu s'opérer.
Beaucoup d'économistes darwiniens sont cependant libie-échangistes. Ils tombent dans la contradiction la plus complète. En premier lieu, ils affirment que le libreéchange a été un bien à toutes les époques, donc qu'il n'y a jamais eu de temps oii l'union commerciale a pu être un mal. Mais ils raisonnent autrement dès qu'il s'agit de
LKS FAITS KCONOMinUES 283
l'union politique. Us affirment qu'elle est un bien de nos jours, mais qu'elle a été un mal antérieurement. Cela découle d'une façon irréfutable de leur proposition que la guerre a fait la civilisation du monde. Guerre et désunion politique sont des termes synonymes. Pourquoi l'union commerciale a-t-elle toujours été un bien et l'union politique ne l'a-t-elle pas toujours été? C'est ce que les économistes darwiniens ne parviennent pas à nous faire comprendre. C'est d'autant plus inadmissible, en effet, qu'ils s'aperçoivent parfaitement du lien étroit entre les barrières douanières et les limites de l'Etat, c'est-à-dire du périmètre conventionnel en dehors duquel la guerre permanente est considérée comme une institution avantageuse. Il est contradictoire de dire que l'union politique qui mène à l'union économique est un mal, tandis que l'union économique est un bien.
Richesse et civilisation sont des termes identiques, dans une très forte mesure. Le libre-échange, disent les économistes, est le régime qui permet le plus rapide accroisse* ment de la richesse. Mais la guerre empêche l'établissement du libre-échange. Affirmer que la guerre fait la civilisation revient à dire que la désunion économique fait la civilisation. Or, les économistes aflirmcnl que l'union économique, au contraire, fait la richesse, donc la civilisation. On voit qu'ils sont en pleine contradiction, piiisqn'ils affirment que deux causes tli.imi'-lralement opposées produisent le même cdVt.
liln terminant cette section, je veux relever une autre inconsé(iiience de ceux qui considèrent le commerce comme une; lulle. « l.e combat ///(rt/ poui' la prédominance commerciale sera livré, dit M. Schalk, entre l'Allemagne elles Etats-Unis » (voir p. 277). Il suffit de réfléchir une seule minute pour compiendre (|uc celte phrase est de la pure métaphysique, planant dans les nuages et n'ayant absolument rien de commun avec les réalités concrètes delà
284 EIlREUns SPECIALES DE L ORDRE SOr.lOI.OliIi,)UE
vie. Malheureusement, ce sont des phrases creuses de ce genre gui font la misère des nations.
Que signifie la prééminence commerciale ? Que l'Allemagne aura, par exemple, un commerce total de oO milliards de francs et les Etats-Unis seulement un commerce de 30 milliards. Mais quel bénéfice rrcl cela rapporterat-il? L'Allemagne fait maintenant un commerce beaucoup plus considérable que la Belgique. Elle a une prééminence incontestable sur ce petit pays. Cela n'empêche nullement que l'Allemagne ne soit plus pauvre que la Belgique. A quoi sert la « prééminence » ? Est-ce qu'on apaise les tourments de la faim avec des satisfactions d'orgueil? Considérez encore le mot final. C'est une vraie perle ! Alors, quand la prééminence de l'Allemagne sera un fait accompli, ce sera la fin"? La fin de quoi? La iin du commerce des Etats- Unis, qui n'importeront ni n'exporteront plus un ballot de marchandises? Cette prétendue « victoire » de l'Allemagne sera, au contraire, la plus épouvantable des défaites. Si elle remporte une victoire du même genre sur toutes les au très nations, le commerce extérieur sera complètement supprimé dans le monde. Alors personne n'échangera plus rien avec l'Allemagne, le commerce de ce pays devra s'arrêter, et les bénéfices qu'il lui rapporte devront disparaître. Le triomphe de l'Allemagne, selon M. Schalk, ce sera la famine, puisque l'iVllcmagne ne peut plus nourrir que les deux tiers de sa population par les produits de son agriculture.
Tous les rapports économiques sont des faits d'association. Aussi longtemps qu'un homme vous offre d'échanger des marchandises avec lui, il est votre allié. Beaucoup d'Européens « s'inquiètent m de la grande somme de produits que les Américains peuvent tirer de leur sol. Cette crainte est véritablement bien puérile. Si les Américains ne désirent aucun de nos produits, ils ne nous donneront
aucun des leurs. Si nous n'avons rien à offrir qui excite leur convoitise, les biens qu'ils tirent de leur sol sont comme inexistants pour nous puisque les Américains ne nous les donneront pas. Nous nous occupons peu de savoir si le sol de la planète Mars est fertile ou stéi'ile. A partir de quel moment les produits américains ont-ils de l'intérêt pour nous'? A partir du moment où les Américains consentent à prendre nos articles et à nous donner les leurs, en un mot à partir du moment oi!i il s'établit un commerce avantageux entre eux et nous. Lorsqu'il n'y a aucune coercition, les échanges qui ne paraissent pas avantageux ne s'accomplissent pas. Mais lorsque les échanges s'accomplissent parce qu'ils paraissent avantageux aux deux parties, comment peut-on affirmer qu'ils ont lieu de produire de « l'inquiétude » ? Qui s'inquiète jamais, qui se sent malheureux lorsqu'il acquiert une plus grande dose de bien-être? Une transaction avantageuse « inquiétante » est une pure absurdité
D'où vient alors l'idée, si généralement répandue, que le commerce est un combat ? Si l'on simplifie encore plus la question, d'où vient la colossale erreur que les rapports économiques peuvent donner lieu à des antagonismes, en d'autres termes, que des actes d'association peuvent devenir des actes de dissociation ? Je dirai plus, d'où vient ro[)inion que l'essence même des piiénomènes économiques est de produire des antagonismes irréductibles qui aboutissent à la lutte des classes, proclamée loi univers(dle à l'égal de la gravitation?
Cela vient de la spoliation, l'illusion funeste, la grande maya, le lléau du genre iiumain, dont j'ai parlé au chapitre XI (voir p. i'M).
Considérons la spoliation sous ses dilVérenls aspects économiques. Commençons par les relations individuelles.
Une des raisons qui ont fait considérer le commerce romint; un combat, c'est li; marchandage. Imaginons les liomiucs iiyaul a('C('|)li'' uiir fdis poui' toutes qu(! cliaciiu'
286 ERREURS SPÉCIALES DE L ORDRE SOCIOLOGIiJlE
article doit être majoré de 2o p. 100 de sa valeur pour compenser le travail du producteur. Alors une lampe, dont la confection aurait coûté 100 francs, serait offerte à l'acheteur au prix de 12;j francs. Si tous avaient trouvé cette majoration légitime et juste et si aucun vendeur ne cherchait jamais à obtenir plus, il n'y aurait pas eu de marchandage. Le commerce se serait fait, comme on dit, d'une façon honnête. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Les vendeurs font tout ce qu'ils peuvent pour obtenir un bénéfice dépassant de beaucoup celui que l'acheteur trouve légitime. Alors commence le marchandage, et chacun cherche à tromper la partie adverse, donc à la dépouiller. De là, naturellement, un antagonisme qui peut devenir très aigu. Les esprits qui n'analysent pas bien les phénomènes sociaux confondent l'échange avec le désir de tromper parce que les deux vont souvent ensemble.'On ne voit pas que c'est le dol qui produit l'antagonisme et nullement l'échange. Le dol est ime forme un peu masquée de la spoliation; c'est cependant bel et bien de la spoliation. Si Pierre parvient à vendre à Paul, pour 20 francs, un objet que Paul aurait pu fabriquer lui-même pour 3 francs, c'est comme si Pierre spoliait Paul de 13 francs. La transaction juste, sans dol, serait que Pierre vendît à Paul pour 5 francs (je laisse de côlé pour le moment le bénéfice légitime de Pierre) ce que Paul pourrait produire pour la même somme. Je sais bien que les hommes ne pourront jamais tomber d'accord sur le juste prix d'un objet. Cela est bien difficile à établir mathématiquement. Nul mieux que moi ne comprend les millions de facteurs qui entrent ici enjeu. Pourtant cela n'empêche en aucune façon que, lorsque deux échangistes croient (à tort ou à raison, peu importe) qu'une transaction s'est faite dans les limites de la justice, cette transaction ne laisse aucun levain d'antagonisme entre eux. C'est donc le dol seul, en d'autres termes, la spoliation qui peut produire l'antagonisme.
Le commerce ne peut pas amener la lutte ; c'est le désir de se garantir de la fraude dans les échanges qui engendre la lutte.
En 1883, une enquête parlementaire au sujet de la baisse du commerce eut lieu en Angleterre. A cette occasion, les délégués de Birmingham s'exprimèrent comme il suit au sujet de la concurrence allemande : « A Londres des maisons de commerce fournissaient, il y a dix ans, les colonies et l'étranger de produits anglais ; elles n'expédient plus aujourd'hui que de la camelote allemande. Celte camelote arrive avec la marque de Sheffield. Le consommateur trompé sur la qualité s'en aperçoit bientôt. Mais c'est nous qu'il accuse et, quand il a fait deux ou trois expériences pareilles, il ne veut plus rien de nous. 11 s'adresse directement aux Allemands... qui lui offrent alors de bons produits'. »
Assurément tes Anglais ont raison de se plaindre de ces procédés déloyaux, mais c'est la déloyauté des procédés, et nullement le fait de l'échange, qui crée l'antagonisme. En effet, lorsque l'Allemagne donne à l'Angleterre un article de bonne qualité et obtient en échange un produit satisfaisant, il se noue entre les deux échangeurs des transactions aranùir/enscs, (jui sont des actes d'association.
Les moyc'us em[)loyés par les hommes pour spolier leurs semblables sur le terrain économique sont innombrables. Les manipuvres de bourse constituent l'un de ces moyens. Des spéculateurs sans scrupules lancent sur les marchés des valeurs liclives et essayent de tromper le public pour réaliser rapidement de grosses fortunes.
Ces spéculations véreuses ont fait dire bien souvent que les capitalistes élaieiil des ennemis de la sociélé, des vampires altérés de sang. Les grandes crises linancières qui ravagent périodiquement les pays civilisés, qui sèment tant
1. Voir A. Tardieu. Lu France ri 1rs Alliances. Paris, l"". Alcan, l'.iO'.l. p. (iO.
de ruines et font couler tant de larmes, sont provoquées la plupart du temps par des spéculateurs sans foi ni loi, trompant et pillant sciemment le grand public. Tout cela est incontestable, et il est naturel que des actes de ce genre produisent des haines profondes et des antagonismes féroces. Mais comment ne voit-on pas que ces haines et ces antagonismes ne naissent pas des transactions commerciales et financières elles-mêmes, mais du désir de piller le prochain par ces transactions? C'est toujours et le vol et le dol, en un mot la spoliation, qui créent l'antagonisme, mais nullement le commerce. Les hommes sont unis par le travail et désunis par le banditisme.
~ Un autre fait qui a poussé à considérer le commerce comme un combat, c'est la confusion de l'or avec la richesse. Les hommes croyaient autrefois que, lorsqu'ils donnaient une marchandise et prenaient de l'or, ils faisaient une bonne affaire, mais que, lorsqu'ils donnaient de l'or et prenaient une marchandise, ils en faisaient une mauvaise. Assurément les hommes, dans leurs échanges directs, entre individus, ne tombaient pas dans une erreur aussi grossière. Personne ne s'estimait volé lorsqu'il avait donné un louis d'or et reçu en échange un dîner très succulent. Mais, dans les transactions de peuple à peuple, on croyait très fermement qu'on était ruiné quand on exportait de l'or. Cette illusion enfantine, qui sévit malheureusement encore dans les pays les plus civilisés de l'Europe, a créé des antagonismes féroces et a fait verser des flots de sang humain. Mais il est aisé de comprendre que cet antagonisme venait aussi de la spoliation, cette fois imaginaire et non réelle, mais de la spoliation quand même. L'homme qui donne 6^'', 45 d'or (20 francs) et qui prend un hectolitre de blé fait une aussi bonne affaire que celui qui donne l'hectolitre de blé et prend les G'-'.io d'or. Mais il suflit de croire qu'il est plus avantageux do prendre l'or, pour préférer prendre l'or et non la
marchandise. Alors toute tentative pour drainer For d'un pays est considére'e par les citoyens de ce pays comme un acte préjudiciable, comme une spoliation. Et, de nouveau, c'est ce sentiment d'être spolié qui fait naître l'antagonisme.
On le voit : de quelque côté qu'on retourne la question, on aboutit à la même conclusion : l'échange ne peut faire naître que l'accord ; la spoliation, c'est-à-dire le contraire de l'échange', peut seule faire naître l'antagonisme.
Les darvi'iniens affirment que les antagonismes économiques, étant conformes à la nature des choses, sont éternels comme la gravitation. Cela revient à dire que l'erreur spoliatrice sera éternelle dans les cerveaux humains. Remarquez que personne ne spolie le voisin pour le plai- >.ir de spolier, pour l'amour de l'art, si Ton peut dire. Un spolie le voisin uniquement parce qu'on considère cela comme avantageux pour soi-même. Aucun individu sain ne trouve avantageux de jeter son argent dans la mer, aussi personne n'accomplit-il un tel acte. Si l'on trouvait désavantageux de spolier le voisin, on n'accomplirait pas plus cet acte que celui de jeter son argent à la inei'.
Or, il est manifeste que les hommes sont pauvres parce qu'ils se pillent les uns les autres. L'avoir de l'humanité consiste dans ce qu'elle })eut tirer du sein de la terre par son labeur. Plus elle dojt consacrer de journées de travail à se préserver des voleurs, moins elle peut en consacrer à tirer les produits du sol, donc moins elle est riche. i!csp('cl ali^oln di' la propriété du voisin et maximum de richesse sont des termes synonymes. Ces vérités sont élémentaires. On u tort de penser, cependant, qu elles sont
1 . Vax (!llrt. iluiis ré(:li.-iii^;e. ihii(|iH! piirtio cloiuu' h l'utilrp un .irliclc iriiiie valeur l'Kalc ;i celui ((n'elli' pi-enil. L'crliiiii^'r s'iu-ciimplll h |i;irilc pour ainsi (lire; lu parité. réi|uilt'^ est son êléiiienl foiKliiiiicntal. Dmis l,i spoliation, un contraire, ou peut tout prendre et ne rien donner en <'iliange : In disparité, l'iniquilé est l'élément foiidaniental. l'nr suite, spoliation et échange sont deux laits opposes et contraires, comme ténèbres et lumière.
Novi.o». - Dnrttii.iHino. IM
encore tolalement méconnues. Non ; elles ont déjà triomphé au sein des Etats. Dans le périmètre de chaque union politique, le vol, le dol, le brigandage, la spolialion on un mot, sont tenus pour des actes désavantageux, puisqu'ils sont considérés comme criminels et sont punis par la loi. Il n'y a plus qu'un seul pas à faire : tenir ces mêmes actes pour désavantageux et criminels lorsqu'ils sont commis en dehors des limites de l'Etat. A ce point de vue aussi on a déjà parcouru un certain chemin. La spolialion entre particuliers, même appartenant à des Etats différents, n'est plus tolérée. La France ne permet plus que des pirates, sortant de ses ports, aillent piller les Anglais. Il reste donc une seule et dernière étape à franchir pour arriver au respect absolu de la propriété du prochain : comprendre que la spoliation collective, entreprise par les autorités publiques, c'est-à-dire la conquête, est une entreprise aussi désavantageuse que toutes les autres formes de spoliation.
Les darwiniens disent que cette étape ne sera jamais franchie, c'est-à-dire qu'une forme spéciale de la spoliation paraîtra toujours avantageuse, en d'autres termes, que l'erreur spoliatrice ne pourra jmnais être déracinée.
Pourquoi? Sur quoi base-t-on une affirmation aussi péremptoire ? Il n'y a rien d'éternel, en ce bas monde. Pourquoi cette erreur aurait-elle ce privilège unique? Pourquoi ferait-elle une exception à la loi générale? Plus mobile que les vents est la pensée humaine, puisqu'elle change à tout moment. Une erreur serait éternelle seulement si notre cerveau était incapable de se faire une représentation autre que celle qui est donnée par celte erreur. Plusieurs mathématiciens parlent maintenant d'une quatrième dimension et même d'un nombre infini de dimensions. Mais la déformation que notre cerveau donne à l'image du monde extérieur nous empêche absolument de nous le représenter autrement que sous trois dimensions. Une quatrième dimension, une centième
dimension peut être postulée in ahstracto, mais il nous est complètement impossible de nous en faire une représentation quelconque.
Il n'en est nullement ainsi de l'erreur spoliatiice. Le courant de la production et celui de la spoliation coulent depuis des siècles dans l'humanité comme deux fleuves parallèles. Il y a toujours eu parmi les hommes un groupe social, si faible fùt-il à l'origine, au sein duquel la spoliation a paru désavantageuse. Actuellement, il y a des groupes de ce genre qui couvrent le cinquième des continents et des îles et qui comprennent le quart du genre iiumain'. Si le périmètre, en dedans duquel la spoliation est considérée comme désavantageuse, est toujours allé en s'étendant, dans le passé, pourquoi n'ira-t-il pas en s'élendant, dans l'avenir? La cause qui a étendu l'aire de la sécurité n'a pas cessé d'agir. Au contraire, par suite des télégraphes et des chemins de fer, elle agit tous les jours avec une puissance grandissante. Lorsque nous voyons un mobile se diriger vers un point déterminé avec une vitesse toujours croissante, il est plus logique de dire qu'il atleindrace point, plutôt que le point diamétralement opposé. Or, si l'on continue, depuis des siècles, à élargir le périmètre en dedans duquel on trouve la spoliation désavantageuse, il est logiquemeid impossible de contester (|ni' ce iMTimètr'e s'étendra un jour sur toute la surface du giolic cl qu'une union juridique embrassera tous les États de la terre. On ne voit pas pourquoi il est plus conforme aux lois de la nature que les hommes considci'cul la >|ii]|iati(jn cimiinc a\ aiilagcusc |)luliM ipu^ coninic ili'>;i\ ;ml,iucu-c. I'iiiii(|uui serait-il coiilornie aux lois (le la M.ilurc d':ininnci' ([uc le carré de l'Iiypotiiénuse ii'vsl jjfis égal à la somme des carrés élevés sur les deux autres côtés (îI ne serait-il pas coiifonnc à ces lois
I. I/Kiiipiri' britanniiiiic est iin de ces groupes. Sur notre plnnèlc. il y I 144 iiiillions de kilomèlru.s carrés de terres; l'ciiipirc brit.'innii|iie en " ' iipc iiO millions 1,'tinmanité est roniposee de l.;i4U OUO.OIII) il'individus ; .'.h; millions font partie de l'empire britannique.
292 ERREIRS SPÉCIALES DE L ORDRE SOCIOLOGKlUE
craflirmer que le carré de l'Iiypotliénuse est égal à la somme de ces carrés? Dès qu'un seul homme comprend que la spoliation est contraire à l'intérêt de celui qui la commet, cette idée existe. Donc, elle est aussi bien dans le domaine de la phénoménalité que l'idée opposée. Or. l'idée que la spoliation est désavantageuse n'appartient pas à un seul homme, mais à des millions d'hommes, sitôt qu'on considère les relations au sein des groupes politiques.
L'idée que la spoliation publique internationale est avantageuse ne pourra donc pas être éternelle. Or, à partir du moment oîi, étant reconnue fausse, elle sera tenue pour funeste dans le domaine politique, le délire kilométrique prendra tin Alors aucun Etat ne jugera utile dp garder sous le joug des populations réfractaires, le principe des nationalités triomphera partout, et la fédération du genre humain sera un fait accompli. Alors la spoliation cessera, personne ne considérera le commerce comme un combat, les barrières de douane seront supprimées partout. Alors le respect de la propriété du voisin deviendra complet, chacun pourra se consacrer uniquement au travail productif, et la misère sera réduite au minimum. C'est ce qu'on est en droit d'appeler la solution de la question sociale.
A toutes les époques, aussi bien aux temps paléolithiques que de nos jours, le progrès du genre humain est résulté de la production et non de la destruction. La somme de richesse, dont nous jouissons actuellement, est la résultante de ce qu'a donné le travail, moins ce qu'a détruit l'erreur spoliatrice. Or la spoliation a revêtu constamment l'aspect de l'homicide collectif, parce que nul n'abandonne son avoir de plein gré et qu'il faut souvent tuer un homme pour lui arracher son bien. Quand on considère les faits à ce point de vue purement réaliste, on peut comprendre combien grossière est l'erreur des darwiniens qui attribuent à la guerre les progrès de l'espèce humaine.