‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 7 sur 94 · Guerre et paix inlernalionales. Paris, 1909. p · texte numérisé non relu

Guerre et paix inlernalionales. Paris, 1909. p

3. L'auteur est en contradiction avec lui-même, car il dit un peu plus loin Ip. 1U6) : Le désir de former une fédération internationale u viendra lui aussi d'un instinct de lutte, mais de lutte, non plus contre des ennemis humains, mais contre les éléments hostiles de la nature ». Ici. on le voit. -M. d'iiichilial anpelle bel et bien « lutte » une modification du milieu physique n'impliquant nullement l'intention de nuire à quelqu'un.

4. Ce serait de la pure scélératesse et, du reste, une perte de temps complètement inutile.

MÉCONNAISSANCE DE L EXISTENCE DE L UNIVEIiS 31

prend. Lorsqu'un individu arrache les chardons d'un champ pour y semer du blé, ce n'est pas en vue de faire tort aux chardons, mais en vue d'avoir du pain. Si l'effort fait par l'homme pour modifier le milieu n'est pas une lutte, de quel terme faut-il le qualifier? Et c'est précisément le darwinisme social qui, nous ayant habitués à considérer l'homicide collectif comme la source de la civilisation, nous détourne de la vérité, à savoir que la lutte contre le monde extérieur est l'aiuvre la plus importante qui occupe notre espèce et toutes les autres.

Le darwinisme social semble couper la nature en deux tranches. Il rejette le monde physique dans l'ombre la plus épaisse. Il semble le supprimer. 11 ne met en lumière que le monde social. Le darwinisme tombe dans la même erreur que l'ancienne économie politique qui considérait seulement l'échange entre les hommes, tandis qu'en réalité cet échange est un phénomène de second ordre. Le phénomène principal de l'économie politique est l'accommodation du milieu ambiant aux convenances de l'homme.

Les darwiniens sociaux basent leurs théories sur les faits biologiques. Eii bien, ce sont précisément les phénomènes fondamentaux de la vie qu'ils méconnaissentcomplèlement. « La vie d'un être vivant, dit M. Félix Le Danlec ', résulte de deux facteurs : l'être et le milieu. A chaque instant le phénomène vital ou fonctionnel ne réside ni uniquement dans l'être, ni uniquement dans le milieu, mais bien dans les rapports actuels entre l'être et le milieu. » Le même auteur dit encore : » On ((msidérait autrefois que l'être vivant existe pai- lui-même dans son contour limitant et indépendamment du milieu ambiant. C'est là une iireur manifeste, provenant des vieilles théories vilalistes, ilans lesijuelles on adnndtuit un principe vital animant le corps vivant et loc;ilis('- en lui. \.i\ ri'alilc un êlie vivant est le

I. Krvite scieiili/i'jiii' du li iicnciiilirc l'.MiS, p. 010.

résultai d'une lutte de deux facteurs : la substance, localisée dans le contour de l'animal, le corps de l'animal d'une part et, d'autre part, le milieu ambiant... La vie, c'est la lutte même entre le corps de l'être et l'ambiance... Le phénomène immédiat de la lutte se passe entre l'individu et l'ambiance bien plus souvent qu'entre un individu et un autre individu. La véritable lutte, la lutte directe, c'est la lutte de l'homme contre le milieu ; celte lutte, c'est la vie '. »

Ainsi la science biologique, sur laquelle les darwiniens prétendent s'appuyer, ne se prononce pas pour eux, mais contre eux. La biologie, en démontrant que la vie est une lutte contre le milieu physique, fait voir que cette lutte est le phénomène principal, tandis que la lutte entre individus de même espèce est un phénomène accessoire, dont l'importance est relativement minime. La biologie remet les choses à leur place ; elle oblige la sociologie à considérer, avant toutes choses, les rapports de l'homme avec le milieu piiysique ; elle oblige à se débarrasser de la profonde cécité qui frappe les darwiniens ; elle oblige enfin à reconnaître, en premier lieu, qu'il y a un monde extérieur, immense et infini, dont la considération doit primer tout le reste.

Examinons maintenant les diiïérentes péripéties de la lutte entre l'organisme humain et le milieu physique.

Le premier acte de cette lutte est la respiration. S'il n'arrive pas à chaque instant aux poumons de l'homme une quantité d'air suffisante pour faire fonctionner ses organes, il meurt aussitôt. Par suite, loisque celle circonstance vient à se produire, l'homme fait les efforts les plus prodigieux pour se procurer, de nouveau, la quantité d'air qui lui est indispensable. Comme nous sommes plongés dans un réservoir d'air pour ainsi dire inépui-

1, l.aliilli' intirciscUi'. Paris. MO). |i[). 73, et 283.

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