‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 8 sur 94 · I\1ÉC0^NAISSANCE UE L EXISTENCE DE L UNIVERS · texte numérisé non relu

I\1ÉC0^NAISSANCE UE L EXISTENCE DE L UNIVERS

sable, celte circonstance se présente rarement. Le processus de la respiration échappe à la conscience et personne ne semble se douter de sou immense importance.

Cependant, il ne suffit pas de respirer de l'air, il faut que cet air ait encore la composition qui nous est nécessaire, tant au point de vue chimique qu'au point de vue biologique. En ce qui concerne la composition chimique, on sait les immenses efforts que doit faire l'homme pour avoir de l'air pur. Si l'air, en général, ne coûte rien, l'air pur est, au contraire, une denrée parfois très rare et d'un prix très élevé. On n'ignore pas quelle atmosphère malsaine règne dans la plupart des maisons de nos villes, surtout dans les appartements des pauvres. On a dépensé, dans ces dernières années, des milliards pour modifier la composition chimique de l'air dans les grands centres urbains de notre continent. Mais il reste beaucoup ù faire. Le jour semble encore lointain où l'air pur, dans nos vastes cités, pourra devenii- l'apanage de tout le monde. Aussi, désespérant d'avoir l'air pur dans les villes, l'homme fait de grands efforls pour se procurer cet air à la campagne, soit pendant toute l'année, soit pendant des villégialures plus ou moins longues. On fait des voyages pour respirer de l'air frais sur les montagnes ou au bord de l'Océan, l'ar malheur, le nombre des privilégiés qui peuvent se permettre ce luxe est beaucoup trop restreint dans les sociétés civilisées.

Mais la composition chimique de l'air n'est pas tout. II. y a encore sa composition biologique. L'air est rempli de bactéries, dont un grand nombre sont si dangereuses que nous succombons loujoui's sous leur attaque. A ce [)oint (lé vue, il s'i-lublit entre l'air, saturé de microbes, et nous une lutle dont l'âpreté et l'imporlance dépassent, dans une mesure énorme, celles de toutes les autres luttes auxquelles l'homme se livre pendant la vie. Qu'est-ce (piii la bataille la plus sanglante, Leipzig ou Waterloo, en compaiaison des batailles que l'homme livre constam-

NuTioow. — Dnrwiitisino. 3

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ment aux microbes de la tuberculose ? La plus sanglante ba;taillc peut coûter la vie à trois cent mille hommes. En admettant qu'il y en ait une de ce genre tous les trente ans, cela fait dix mille hommes par an. La tuberculose, elle, doit emporter bien près de cinq millions d'individus par an, dans le seul groupe de civilisation européen.

Aussi les etTorts faits pour lutter contre les microbes sont prodigieux. Il y a d'abord les efforts biologiques. On connaît l'admirable défense que notre organisme oppose aux infiniment petits par le moyen des phagocytes. M. Metchnikof a décrit récemment les péripéties de ce duel à mort. Elles sont aussi dramatiques que poignantes.

Mais les cellules de notre corps ne sont pas seules à mener la lutte contre les microbes pathogènes; nous la reprenons ensuite et nous la continuons par l'ensemble de notre personne, par l'association de notre intelligence et de nos organes. Les péripéties de cette lutte sont l'énorme ensemble des moyens prophylactiques et thérapeutiques inventés par l'homme depuis l'antiquité, à commencer par les mesures de propreté les plus élémentaires' pour aboutir à la création des cliniques les plus perfectionnées. L'application de ces moyens prophylactiques et thérapeutiques a demandé une somme d'elforts prodigieuse. Et cette lutte contre les microbes pathogènes est de toutes les heures, de toutes les minutes. Mais il faut dire ici ce que j'ai dit plus haut de l'air. Précisément parce que la lutte est constante, elle échappe à la conscience individuelle cl sociale.

Je dois faire une remarque importante. Le combat entre le microbe pathogène et l'homme est une lutte dans l'expression la plus littérale du terme. II n'y a ici aucune espèce de métaphore. Deux êtres vivants sont en présence, qui sonl en antagonisme complet : la mort du microbe donnera la vie à l'homme, la mort de l'homme donnera

1. Se laver les mains avant de prendre un repas est une péripétie de la lutte contre les microbes.

MECONNAISSANCE DE I, EXISTENCE DE L UNIVERS Sii

la vie au microbe. C'est exactement la situation du lion et de la gazelle : la rtort de la gazelle, dévorée parle lion, fera la vie du lion ; la mort du lion fera la vie de la gazelle. Personne ne contestera qu'entre le lion et la gazelle il y a lutte pour l'existence dans le sens le plus littéral de ce ternie. Alors il en est exactement de même de la lutte entre le microbe et l'homme. On voit donc combien M. d'Eichthal se trompe en affirmant que le terme de « lultc » ne peut s'appliquer qu'à un combat où l'on a l'intention de nuire à son adversaire. Il n'en est nullement ainsi. La lutte a uniquement pour but de créer un équilibre vital entre l'organisme et son milieu. Cette vérité se voit de la façon la plus nette dans le phénomène de la respiration. Si l'air avait toujours la composition chimique et biologique correspondant à notre constitution, nous ne ferions pas le moindre effort pour modijier la composition de l'air qui arrive à nos poumons : nous ne lutterions pas, nous nous laisserions vivre dans la i)éatitude. Mais parce que l'air n'a pas une composition exactement corrélative à notre être, parce qu'il n'y pas d'équilibre complet entre l'air ambiant et notre personne, nous faisons des efforts pour établir cet équilibre, et ces efforts sont précisément une lutte dans l'acception exacte et littérale du terme. Quel que soit ensuite le <lomaine où nous reprenons la lutte, nous retrouvons les mêmes conditions fonilamentaies. Le voleur qui veut voler une bourse n'a nullement pour but de nuire au volé, mais celui de s'approprier la bourse. S'il avait seulement le but de nuire, il aurait dérobé la bourse et l'aurait jetée au loin. Mais aucun voleur no fait cela ; tous gaixhmt les bourses. De même le possesseur de la bourse qui ne l'abauilonnc pas au voleur ne fait pas cela par haine du voleur, mais pai' amour de soi. Or, amour de soi signille désir do bienêtre, donc désir d'adapter le milieu à sa convenance. Autre exemple, tiré du domaine colleclir. Les Allemand-^ croient utile pour eux de conserver l'Alsacc-Lorraine. Us

sont parfailement sincères qviand ils disent aux Français que, si ceux-ci veulent y renoncer dune façon définitive, l'union la plus étroite pourra s'établir entre les anciens combattants de 1870. L'objet de la lutte entre les Allemands et les Français n'est donc pas le désir de nuire à l'adversaire, mais le désir de se procurer un accroissement de puissance. On voit donc quil y a lutte dans le sens littéral de ce terme, même sans la moindre intention de nuire.

Revenons à l'air. 11 ne suffit pas qu'il ait une composition chimique et biologique convenable, il faut qu'il ait encore une autre qualité : une température spéciale, ni trop froide, ni trop chaude. La composition chimique et biologique importe à la fonction respiratoire; la température, à l'ensemble de notre corps. Dès qu'il n'y a pas corrélation enti-e notre organisme et la température exlei-ne, nous éprouvons une soufïrance qui augmente au fur et à mesure que la corrélation diminue. Passé une certaine température, soit au-dessus, soit au-dessous du degré optimum, la mort est inévitable.

Dans certaines régions fortunées de la terre (les îles du Pacifique, par exemple), la corrélation est parfaite entre l'air ambiant et le corps de l'homme. Mais ces régions fortunées sont relativement rares. Partout oîi la corrélation n'est pas naturellement satisfaisante, nous essayons de la rendre artificiellement satisfaisante, en d'autres termes, nous luttons pour établir autour de nous la température qui nous plaît, ce qui est adapter le milieu à nos convenances 1 1 y a deux procédés principaux pour atteindre ce résultat: le vêtement et l'habitation. On sait quels prodigieux efforts exigent la production des plantes textiles, l'élève des animaux fournissant les matières pouvant être filées, puis la (ilature, le tissage, laconfection des vêtements, l'exploitation des carrières et des mines, la construction des maisons, la fabrication des appareils de chauffage, etc., etc. Les différentes branches de l'activité humaine, qui sont

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