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304 EIîRFARS SPÉCIALES DE l'OUDRE SOCIOLOGIiJL'E
Les sociétés sont des organismes'. Jamais la sociologie ne deviendra une science exacte si elle n'admet pas ce postulat. Mais les sociétés sont des organismes d'une tout autre nature qu'un chêne ou un lion. Il y a des analogies fondamentales incontestables entre les organismes biologiques et les organismes sociaux, mais il y a aussi des différences extrèmemenl profondes. On peut et on doit établir des comparaisons entre les faits biologiques et les faits sociaux, mais il faut les établir avec un grand discernemonl.
Lorsque M. Wardnous affirme que la conquête est une fécondation, il avance une comparaison métaphorique qui n'a absolument rien de réel. H y a des différences si profondes entre la conquête et la fécondation, que la conquête peut précisément produire des résultats diamétralement opposés à ceux de la fécondation. Et cela, en premier lieu, parce que les phénomènes sociaux passent tous par le canal des faits psychologiques. Une fécondation est une fusion, un mélange d'éléments protoplasmiques. Par analogie, pour obtenir une fécondation sociale, il faut un nrélange, une pénétration d'idées. Deux hommes, se serrant les coudes, restent étrangers l'un à l'autre aussi longtemps qu'ils ne se parlent pas. Au contraire, deux hommes, se trouvant aux antipodes, peuvent vivre de la même vie s'ils se communiquent leurs pensées par l'écriture. La conquête peut produire la juxtaposition des corps, mais elle peut amener la séparation des âmes (les Polonais évitent de lire les auteurs russes depuis qu'ils sont incorporés de force dans l'empire des tsars). Voilà pourquoi la conquête et la fécondation se ressemblent fort peu. La
1. 11 ne faut pas se disputer sur les termes. Si certaines personnes entendent par le mot organisme un être qui tombe directement sous les yeux de l'homme, comme une fourmi, un sapin ou une baleine, le .terme organisme social est une simple métaphore. Mais si l'un entend par organisme un être vivant, en général, sans aucun lien avec une forme morphologique quelconque (ce qui est vraiment le sens oriyinel et précis de ce mot), l'organisme social est une réalité et non une métaphore, car nul ne saurait contester que les sociétés soient des êtres vivants.
force, c'est-à-dire linjuslice, ne peut pas amalgamer, parce qu'elle produit la souffrance. Or la souffrance est une cause de disjonction. Aussi longtemps que les Allemands maintiendront un régime exceptionnel en Alsace, ils ne pourront pas assimiler cette province, ni dans un siècle, ni dans deux, ni dans trois'.
Il y a un phénomène dans les sociétés qui offre des analogies pui'ement idéales, mais par cela même plus justes, avec la fécondation. C'est ce qu'on appelle la pénétration des civilisations. Les idées de l'Europe occidenlalc ont envahi la Russie et l'ont rapprochée du groupe européen. La vie de la Russie est devenue plus intense par suite de l'afflux constant et prolongé de ces idées étrangères. Mais, pour opérer cet afflux, aucune conquête politique n'a été nécessaire.
Le grand conseil du canton de Genève ne se préoccupe jamais des mesures à prendre pour maintenir la paix entre les cantons suisses, parce que ceux-ci ne veulent pas se faire la guerre. Néanmoins, cette assemblée a constamment une besogne considérable à accomplir. Preuve que l'Etat est précisément une inslilulion servant à organiser les sociétés et non à pourvoir seulement à l'attaque et à la défense. C'est une très profonde erreur répandue aussi par les darwiniens que l'Etat a pour
1. On peut signaler encore de nombreuses dissemblancos entre la fécondation biologique et la conquête. Sitôt qu'un zoospernie entre en contact avec un ovule, il y pénétre. Dans les sociétés, au contraire, l'envahisseur peut être repoussé et même massacré jusqu'au dernier lionune. Où passe alors la fécondation .' De plus, le conquérant peut être chassé après une occupation plus ou moins longue. C est après avoir repoussé le prétendu principe fécondant que certains pays se mettent à prospérer de nouveau et à croître. Tel a été le cas de la Grèce après ([u'elle se fut débarrassée di'S Turcs Ici ce n'c^st pas la conquête, c'est la xiippressian de la conquête )|ui crée l'intensificalion de la vie. On voit, de nouveau, que nous somnies loin du zoosperme et de l'ovule. Si M. Ward veut absoliiuu'nt une iiiini/e innrjiluilonifiiic lU; lamauiére dont se reproduisent les sociétés, il faut dire ipie leur reproduction ressemble plus au bourgeonnement d'une plante (|M'a la fécondation sexuelle.
Novtcow. — barwinisriic. ^0
origine la nécessité de se prémuni r contre les dangers venant du dehors. Nullement. L'association humaine a pour but fondamental la transformation du milieu physique. Celte transformation est la production économique, et cette dernière amène l'organisation sociale. En effet, la coopération, la division du travail nécessitent l'échange. Or, ces deux faits ne sont possibles que par l'organisation. Aucune usine ne peut marcher une seule minute si chaque ouvrier ne sait pas quelle tâche il doit exécuter. Mais la distribution des tâches est un résultat de l'organisation. L'entrepreneur, qui répartit la besogne entre son personnel, accomplit une œuvre créatrice dans laquelle il n'entre aucune parcelle de destruction, c'est-à-dire d'antagonisme entre les coopérateurs. Tout le personnel d'une manufacture, ingénieurs, contremaîtres et ouvriers, seraient des anges, il n'y aurait jamais entre eux l'ombre d'une discussion, ils s'aimeraient de l'amour le plus tendre, que la besogne organisatrice du directeur ne subirait pas la moindre diminution. Tous les jours, il pourrait inventer ime organisation plus parfaite, donnant plus de produits dans un temps égal.
Ce qui est vrai d'une usine l'est aussi de cette grande association qui constitue l'Etat. Même en admettant la concorde la plus complète entre les citoyens, les rouages de l'État peuvent êtreaméliorés tous les jours par les gouvernements. Tous les jours, ceux-ci peuvent trouver des procédés plus parfaits, permettant de satisfaire aux services publics avec un moindre elTort. Si les citoyens d'un Etat étaient des anges, on pourrait supprimer le code pénal et le code de procédure criminelle, mais on serait obligé de conserver le code civil et le code de procédure civile', les lois constitutionnelles et administratives. Or, l'ensemble de ces lois forme un monde tellement vaste, tellement complexe et
i. Car, même des anges, sans la moindre intention de léser le droit de leurs compatriotes, peuvent, de la meilleure foi du monde, ne pas compreiulre le droit. Alors il faut un tribunal, qui ait l'autorité nécessaire pour l'expliquer.
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tellement touffu, que bien peu d'intelligences humaines peuvent l'embrasser dans sa plénitude.
Puisque la division du travail crée des relations entre les hommes,, l'organisation en découle d'elle-même. J'ai montré plus haut (p. 154) comment a été rédigé le Livre du consulat de la mer, de Barcelone. Nous prenons ici, sur le fait, un acte d'organisation sociale spontané. De nombreuses relations de commerce s'étaient établies entre les ports de la Méditerranée ; ces relations firent sentir la nécessité de certaines règles fixes, servant à faciliter les transactions, c'est-à-dire à épargner le temps. Ces règles furent rédigées sous forme de code. Ce môme fait, que nous voyons ici en pleine lumière de l'histoire, s'est accompli des millions et des millions de fois dans le genre humain depuis l'époque la plus reculée. C'est de ces faits d'orf/anisation que vient l'Etat. Si même, depuis la plus haute antiquité, il n'y avait pas eu un seul homicide, une seule querelle entre les hommes, l'Etat se serait formé néanmoins et sa tâche serait restée immense et de première importance. La guerre a été seulement un fait perturbateur qui a retardé le perfectionnement de l'organisation sociale. Affirmer qu'un arrêt de l'organisation est la condition même et la condition unique de l'organisation, comme le font les darwiniens, est la contradiction la plus formelle qui se puisse imaginer.
J'ai montré plus haut, au chapitre xi, comment les faits d'organisation et de désorganisation suivent une marche parallèle dans l'histoire (voir p. 153). Sans les faits de désorganisation (homicide et spoliation), l'État se serait formé bel et bien et l'organisation aurait été universelle et éternelle. Cela revient à dire que, de tout temps et entre tous les hommes, les relations eussent été juridiques et non anarclii(|U('s Conum- l'I'llal est une association d'individus, unis par un lien juridi(jue, sans le courant de désorganisation, le courant ilc l'organisation aurait cou-
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vert l'ensemble de la terre. En d'autres termes, la structure sociale, appelée Etat, serait arrivée au plus haut degré de puissance réalisable sur notre globe'.
Quand on suit cette série de raisonnements, on voit combien se trompent les darwiniens en affirmant que, sans la guerre, il n'y aurait pas eu d'Etat. Cette proposition est précisément le contraire de la vérité. Sans la guerre, il n'y aurait jamais eu de désorganisation, donc toute l'humanité aurait toujours vécu dans les cadres juridiques, cestà-dire dans les cadres de l'Etat.
Celte idée peut être encore présentée au point de vue international.
Au xii° siècle, presque chaquemunicipe italien devint un Etat indépendant. Ces Etats se firent des guerres innombrables pendant trois siècles et chacune d'elles amena des remaniements territoriaux. A la longue, certaines unités politiques se formèrent, qui présentaient une très grande résistance et semblaient irréductibles : le royaume de Naples, les Etats du pape, la république de Florence, le duché de Milan et la sérénissime république de Venise. Ces grandes puissances italiennes, autour desquelles gravitaient un certain nombre de petites, perdirent tout espoir de se subjuguer les unes les autres. Alors, au milieu de l'anarchie italienne, se forme un système d'Etals, un équilibre, comme on dit en langage diplomatique. Comprenant que les guerres seraient désormais impuissantes à modifier cet équilibre, les Etats italiens eurent une tendance à les abandonner. Alors l'ensemble des relations économiques et inlellectuellesdevint très intense entre les unités politiques de la péninsule apennine, et elles auraient abouti sans doute à une organisation fédérale sans les perturbations qui vinrent des invasions étrangères. En Italie, Vabandon de la guerre, ce qui équivaut à sa suppression, aurait amené l'organisation.
i. Voir plus haul, p. 243.
Ce qui s'est passé en Italie, au moyen âge, sur une petite échelle, se répète, de nos jours, en Europe, sur une échelle plus vaste. Ici aussi, après des guerres innombrables, nous voyons se former six grandes puissances irréductibles (Angleterre, France, Allemagne, Italie, Autriche et Russie). Chacune comprend l'absolue impossibilité de subjuguer les autres. Les plans de monarchie universelle sont abandonnés, l'équilibre européen s'établit. Les guerres deviennent plus rares. Les relations économiques et intellecLuelles se multiplient dans une mesure énorme. Le sentiment de l'unité de ce vaste ensemble, qui s'appelle la civilisation occidentale, commence à s'insinuer dans les consciences. L'Europe a de plus en plus la notion de posséder certains biens en commun. De nombreuses conventions sur tous les objets du droit tissent tous les jours des liens de plus en plus serrés entre les nations et, par mille impulsions insensibles, tendent vers l'organisation collective. Lorsque les nations de notre continent auront renoncé à se faire la guerre, cette organisation sera achevée. Au lieu de vingt-cinq Etats souverains et anarchiques, il y aura une fédération de vingt-cinq Etats. Mais on compi'end bien que c'est seulement lorsque la guerre cessera d'être une institution permanente et légale entre les Etats européens que leur organisation deviendra une réalité.
De cette façon se dégage également la vérité qii(> l'Etat est un fait d'organisation. L'État fédéral, qui se formera tôt ou lard eu Europe, sera produit par l'association, donc par la suppression de la guerre. 11 ne sera pas produit par la guerre. Les darwiniens doivent donc reconnaître que c'est la suppiessiou de la guerre, et non la guerre, qui forme l'Etal.
En |)arlant des romans antliropologiques, j'ai montré plus haut combien était gratuite l'alTirmalion que deux collectivités humaines n'ont jamais |)u s'amalgamer autre-
ment que par la force (voir p. 22Gj. De nos jours, nous voyons les sociétés s'amalgamer par les milliards de rapports quotidiens qui se nouent entre elles : transport des hommes, des produits et des idées. Aussitôt qu'on abandonne les nuages métaphysiques et que l'on retombe dans la réalité des causes actuelles, on comprend qu ilen a toujours été ainsi. Nous savons que des relations de commerce se sont établies dès la plus haute antiquité entre les pays les plus divers. Mais il y a un autre point de vue contemporain qui nous montre que, dans le passé, les États ne se sont nullement fondés par la force. Nous avons vu de nombreu.K États s'organiser sous nos yeux sans que la force y ait joué le moindre rùle. Les colons américains, pendant le xix" siècle, sont allés se fixer dans le Far West oîi ils ont fondé de nombreux Etats. Ils ont occupé la terre, poussé la charrue, exploité le sol, échangé des produits. Par suite de cette activité politique, sont nés mille besoins d'organisation qui ont amené les colons à établir les nombreux rouages de la machine politique. La guerre n'a pas joué le moindre rôle dans tout cela et à aucun moment. Or, les faits qui se passent de nos jours se sont passés à toutes les époques. L'humanité n'est pas apparue dans chaque région de la terre par une création miraculeuse. L'homme a évidemment rayonné d'un seul centre de dispersion. .11 y a donc eu une longue période pendant laquelle la terre, sauf une petite région, était complètement inhabitée par notre espèce. Elle a donc été successivement colonisée par nos ancêtres. Ce qui est arrivé dans le Far West américain, au xix'' siècle, est arrivé partout ailleurs à une époque plus ancienne. Des hommes sont venus dans une certaine région, ils ont commencé à adapter le sol à leurs besoins, en d'autres termes, à produire la richesse. Par suite, ils ont dû se donner immédiatement une organisation quelconque; car, sans organisation, la vie commune eût été impossible. La guerre n'a pas plus joué de rôle dans cette organisation antique que dans l'organisation moderne.
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Essayons de nous représenter ce que serait devenue l'humanité sans la guerre. Assurément, on ne peut rien changer au passé et il peut sembler que toute spéculation sur ce qui aurait pu arriver soit un gaspillage de temps ridicule et vain. 11 n'en est nullement ainsi, cependant. En montrant dans quelle voie funeste se sont engagés nos ancêtres, nous prémunissons nos descendants contre le danger de marcher sur leurs traces. En montrant quel degré supérieur de bien-être nous aurions atteint sans les eri'eurs de nos prédécesseurs, nous poussons à éviter des fautes d'autant plus funestes que les biens dont elles nous privent sont plus grands.
Il est évident que, si l'homme n'avait jamais fait la guerre, ni tué un seul de ses semblables, il n'aurait pas pu vivre sans manger, il n'aurait pas moins souffert du lioid trop intense et de la chaleur trop excessive, il n'aurait pas eu moins d'intérêt à connaître les lois de .la nature, pour la soumettre à ses besoins, il n'aurait pas moins senti la nécessité d'accommoder le milieu à ses convenances. Gela étant, toute la chaîne infinie des phénomènes économiques et intellectuels se serait développée sans la guerre. L'homme aurait inventé le feu, la charrue, la roue, la voile, l'imprimerie, la locomotive, le télégraphe, s'il n'avait jamais tué ou volé un seul de ses semblables, parce que toutes ces inventions et des milliers d'autres ont pour but la transformation du milieu physique. Or l'adaptation tlu milieu i-i-éc précisément le bien-être, et le bien-être, en procurant \r loisir, permet à l'âme de s'ouvrira la méditation (ture, d'éprouver la soif désintéressée du savoir et de vibrer aux accents magnili(|ues de l'amour idéal et <le la poésie. La civilisation humaine étant précisément un ensemble harmonieux de l)ien-être économi(|ue et de dévcloppcmoni ('lhi(|M(' et intcllcilucl.
la civilisation humaine aurait pu être complètement réalisée, même si jamais aucune bataille ne s'était livrée enti'e les hommes.
Oui, certes, non seulement la civilisation aurait été atteinte, mais elle aurait été atteinte infiniment plus tôt si, à ce point de vue particulier, l'homme avait conservé son instinct animal : celui de ne point combattre le semblable. La haute intelligence de l'homme lui a rendu des services incomparables, mais, hélas, dans une circonstance, elle lui a causé des maux d'une importance égale aux biens qu'elle lui procurait.
Essayons de nous représenter ce qui serait arrivé si nous avions suivi cet instinct animal et si nous ne nous étions pas fait la guerre les uns aux autres.
Au point de vue économique, nous aurions une somme de richesse incommensurablement supérieure à celle dont nous disposons. Notre avoir consiste en ce que nous avons produit, moins ce que nous avons détruit, et cette soustraction est véritablement colossale. Qu'on relise le récit des guerres humaines depuis lantiquilé. C'est toujours une énumération pompeuse des richesses détruites par les conquérants. On a retrouvé une inscription cunéiforme où Assour Ban Apal, roi d'Assyrie, de 667 à 626 avant notre ère, raconte ses exploits. Il s'exprime ainsi : « Pendant une marche d'un mois et vingt jours, j'ai ravagé les provinces du pays d'Elam. J'ai répandu sur elles la destruction, la solitude et la famine. » Combien de centaines de milliers de fois cet entassement de ruines ne s'est-il pas renouvelé dans les temps historiques"? Songez un peu aux prodigieuses richesses que nous posséderions sans ces destructions absurdes.
L# richesse, en dernière analyse, est l'adaptation du milieu aux convenances de l'homme. Sans les milliards et les milliards de journées de travail qui ont été consacrées par l'homme à attaquer son semblable et à se préserver de ses attaques, l'adaptation du globe eût été infiniment plus
avancée. Peut-être n'y aurait-il plus eu sur notre terre ni une lande aride, ni un marais, ni un désert irrigable non irrigué. Dans tous les cas, les travaux utiles, même s'ils n'étaient pas menés aussi loin que faire se peut, seraient considérablement plus avancés.
Le développement intellectuel marche pari passu avec le développement économique. Une intelligence plus afiinée, plus ouverte, trouve des procédés plus efficaces et plus rapides pour exploiter le milieu physique. A son tour, une plus grande somme de bien-être donne plus de moyens d'affiner l'intelligence. Et cela, non seulement parce que leTiien-être procure plus de loisirs, mais parce qu'il fournit les ressources énormes requises pour dérober ses mystères à la nature. On sait qu'un télescope moderne coûte plusieurs millions de francs, et les laboratoires de tout genre, où se font les découvertes scientifiques, des centaines de millions.
Un développement très considérable de la production économique pousse anssi à l'invention d'instruments plus parfaits. Il y a donc lieu de croire que, sans la guerre, les bateaux à vapeur et les locomotives eussent été inventés plus tôt, d'autant ])lus que, sans la guerre, les progrès de la science eussent été beaucoup plus rapides, imaginez ce que serait maintenant le genre humain si les premières locomotives eussent été construites au temps d'Auguste. L'avance colossale, que nous avons vue se produire au xix" siècle, se serait produite dix-huit cents ans plus tôt.
Pendant les années qui auraient suivi ces premières locomotives, on aurait accumulé une somme de richesses que nos descendants verront peut-être en l'an '.5000. Nous aurions déjà joui de ce bien-être immense. Cette seule considération peut faire comprendre combien l'homicide collectif MOUS a l'ail p(Mdre de temps.
Je n'ai pas besoin de parler d(îs arts et des lettr(\s. Tout ce qui satisfait les besoins émotifs <le notre âme se développe avec le bien-être. Loistju'un homme ne sait pas
comment il mangera le lendemain, il est peu porté à admirer un tableau ou à se griser de musique. De nouveau, sans la guerre, l'art, qui est maintenant l'apanage d'une petite élite de gens riches, serait déjà descendu dans l'ensemble de la société humaine et l'aurait illuminée de son rayon de beauté. Inutile d'ajouter que les œuvres d'art exigent, pour être parfaites, des ressources à peine moindres que les laboratoires scientifiques.
Ainsi donc, sans la guerre, nous serions, au point de vue de la production économique et intellectuelle, à un niveau infiniment supérieur à celui que nous avons atteint.
Mais, de toutes les manifestations de la vie sociale, c'est dans le champ des phénomènes politiques que la guerre a exercé les ravages les plus désastreux, et c'est dans ce champ que les différences apparaissent plus radicales entre ce qui est et ce qui aurait été s'il n'y avait pas eu d'homicides collectifs.
Sans les massacres, il n'y aurait pas eu d'Etats polyglottes contre nature qui, à l'heure actuelle, sont la plaie du genre humain, parce qu'ils opposent un obstacle terrible à l'organisation rationnelle de notre espèce, donc au progrès de la civilisation. La forme parfaite de la vie politique, c'est que chaque nationalité constitue un Etat séparé. C'est dans ce cas seulement que les rouages de la machine gouvernementale peuvent fonctionner d'une façon satisfaisante. Tôt ou tard, on aboutira nécessairement à cet arrangement naturel et, partant, rationnel. Mais la guerre l'aura retardé pour des milliers d'années, et il ne pourra être établi que lorsque la guerre cessera d'être une institution permanente, considérée comme utile. Les Polonais de la Galicie, duduchéde Posen etdes« provinces visluliennes » ne désirent pas autre chose en ce moment que de se réunir en un seul royaume formant corps de nation. Mais les Autrichiens, les Allemands et les Russes les massacreraient immédiatement à la moindre tentative qu'ils feraient pour
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établir cette combinaison politique. De nos jours, dès qu'une collectivité veut se détacher d'une autre, la tuerie commence '. Et l'on comprend pourquoi il en est ainsi. Si les Petits-Russiens, par exemple, voulaient maintenant se détacher de la Russie pour former un Etat séparé, ils affaibliraient la Russie de 25 millions d'hommes. Donc la Russie pourrait devenir plus facilement la proie des Allemands. Alors la séparation de la Petite-Russie faisant un tort à la Grande, la Grande n'y consent pas et punit de mort tout Petit-Russien qui veut la tenter.
Cet exemple peut s'appliquer à tous les autres pays. Sans la guerre, il n'y aurait jamais eu la moindre action de ce genre. 11 serait parfaitement indifférent aux Etats d'être grands ou petits, puisque, sans la guerre, la sécurité internationale serait absolue, même pour les collectivités les plus microscopiques. Sans la guerre, l'indépendance des nationalités ne subirait jamais la moindre atteinte, puisque chaque société pourrait se constituer, à chaque instant, selon ses désirs et ses affinités. Suppression de la guerre et liberté collective sont des ternies synonymes. Quand deux hommes ne veulent ni se spolier, ni se tuer, quels peuvent être leurs rapports (c'est-à-dire leur action réciproque l'un sur l'autre)? De par la nature des choses, ces rapports ne peuvent être que de l'ordre juridique. Sans la guerre, la fédération du genre humain aurait été un fait inévitable et aurait toujours existé. Alors elle aurait paru conforme à l'ordie des choses et personne n'aurait pu s'imaginer que l'humme fût capable de vivre en dehors de la fédération universelle, comme personne ne se représente uiainnant qu'il puisse vivre en dehors de l'atmosphère.
Sans kl guerre, l'idée ne se serait môme jamais présentée à l'esprit (juil y efit quelque intérôl à euipéciier les populations de se grouper au gré de leurs afiinités intel-
1. La Sucile a donne le niihle exemple de renonrer à ccUe politique linrbarc. Ksperoiis i|iie cette exocption, nnirpie jusipi'à nos ji>nrs (icviendra bientôt lu ré''lc.
lechielles et morales, comme il ne se présente actuellement à l'esprit de personne qu'il y ait quelque intérêt à empêcher les hommes de respirer. Maintenant, les Etats composés d'une nationalité homogène sont l'exception ; sans la guerre, ils seraient la règle. Sans la guerre, le principe des nationalités aurait régné sans conteste parmi les hommes, et les changements territoriaux, partout et toujours, se seraient accomplis au moyen de plébiscites. Or, on sait quelles difficultés énormes soulèvent de nos jours les États polyglottes. Tout le monde comprend que la liberté politique ne peut pas être assurée sans la'représentation populaire. Mais, sitôt que des individus parlant des langues différentes sont obligés de siéger dans le même parlement, ils ne peuvent pas se comprendre. Alors il naît des difficultés et des antagonismes qui sont des plus funestes pour la bonne administration du pays. L'Autriche nous montre comment la législation peut être complètement paralysée par la multiplicité des langues au sein d'un môme État. L'organisation sociale sera parfaite quand chaque nationalité formera un État séparé, et, comme c'est la guerre qui empêche cette organisation parfaite, la guerre empêche l'organisation parfaite des sociétés, donc les progrès de la civilisation.
Aussi longtemps que régnera le despotisme collectif international, aussi longtemps qu'une nation pourra en asservir une autre, l'organisation interne des sociétés humaines restera nécessairement imparfaite . 11 y aura des groupes oppresseurs et des groupes opprimés. Le temps que les dominateurs devront consacrer à tenir leurs sujets dans l'obéissance sera perdu pour les dominateurs. Ils ne pourront pas le donner tout entier au développement de leur intelligence. Le temps que les vaincus devront consacrera résistera leurs vainqueurs sera aussi enlevé à leur culture intellectuelle. On le voit bien dans les « provinces vistuliennes » et dans le duché de Posen.
Les malheureux Polonais doivent employer une grande partie de leur activité à lutter contre les tentatives de dénationalisation des Allemands et des Russes. Le despotisme international, possible seulement par suite de la guerre, aboutit donc à une diminution de la puissance intellectuelle, tant des vainqueurs que des vaincus.
Des collectivités, passons à l'individu.
On peut poser comme un axiome que la liberté individuelle est irréalisable aussi longtemps que règne l'anarchie internationale. En elTet, que signifie la liberté? Elle signifie la sécurité de la personne et des biens. Si un homme, n'ayant commis aucun crime, peut être pendu par le caprice du souverain ou des autorités politiques, s'il peut être tué impunément par son voisin, la société n'offre à cet individu aucune sécurité de la personne. Si, d'autre part, un homme peut voir à chaque instant ses propriétés confisquées parle souverain, par l'État, ou s'il peut se les voir enlever impunément par ses voisins, la société n'offre à cet homme aucune sécurité des biens. Un individu dece genre n'aurait aucun droit, puisque chacun pourrait le tuer et le spolier; il serait dans une condition pire que l'esclave (que le maître seul a le droit de tuer et de spolier), il serait donc totalement privé de liberté. L'iionime (!st véritablement libre lors(]ue personne au monde (ni les autorités i)olitiques, ni tes particuliers) no peut porter inipunénienl atteinte à sa personne et à ses biens.
Or, que l'aili'anarcliic intcrnaliouale ?l{éceniineiit, il est venu à l'esprit du mii<ado et de que[([ues seigneurs japonais formant son entourage do faire la guerre; à la Russie. Par suite, des milliers et des milliersde Russes ont trouvé la morl sur lescliMnipsde bataille, l'ji réalité, c'csi en imne .vile mikado li!s avait lait exécuter. Assurément, les procédés sont différents, parce que, pendant que les troupes du mikado exécutaient des Russes, les troupes du tsar exéciilaient des Ja|)oiiais. Cette réciprocité établit assurément
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un point de vue spécial, mais ne change rien au fond du phénomène : un grand nombre de Russes, n'ayant commis aucun crime, ont été bel et bien exécutés par les balles ennemies sur les champs de bataille. Notez que chaque citoyen, à chaque instant de sa vie, sans s'y attendre le moins du monde, sans avoir rien fait pour la provoquer, peut subir une exécution capitale de ce genre. La sécurité de la vie, au point de vue de l'exécution par les balles de l'étranger, est donc complètement nulle au sein de l'anarchie internationale. Mais, si le genre humain formait une fédération, et s'il n'y avait jamais de guerre, la sécurité, à ce point de vue, deviendrait absolue.
lien est des biens comme de la vie. Par suite de la résolution du mikado et de ses conseillers, des milliers de Russes ont perdu une partie considérable de leur fortune. C'est comme si le mikado la leur avait confisquée. La suppression de la guerre amènerait la disparition totale des confiscations de cette espèce.
Ce n'est pas assez que mon gouvernement respecte scrupuleusement mes droits. Cela me procure une somme de libertés bien restreinte si les gouvernements étrangers peuvent violer, à chaque instant, mes droits en déclarant la guerre à mon pays. Dès que la campagne commence, je puis être tué et je puis être complètement spolié de mon bien. Mais, par suite de l'anarchie internationale, la spoliation perpétuelle continue même en temps de paix. Ainsi la crise vinicole qui sévit en ce moment dans le midi de la France et qui plonge ce pays dans la misère vient, en partie, des droits de douane fabuleux' imposés sur le vin dans les différents pays de l'Europe et de l'Amérique.
La conclusion s'impose : la liberté de l'individu restera une pure chimère aussi longtemps que durera l'anarchie internationale. La fédération universelle est la seule combi-
1. En Russie ils vont parfois jusqu'à -00 p. 100 de la valeur du produit et même au delà.
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naison qui puisse donner la garantie absolue de la personne et des biens; la fédération universelle est le droit fondamental de ch.aque individu. Revendiquer la fédération universelle revient à revendiquer le droit à la vie, le droit au produit intégral du travail, le droit au bonheur. Me dire : « Votre droit va jusqu'à cette ligne idéale ', mais pas au delà », c'est limiter mon droit, c'est opérer sur moi une diminutio capitis. La plénitude absolue de mon droit (c'est-à-dire la possibilité du maximum de bonheur) n'est réalisable que lorsque mon droit s'étend sur le globe entier. Or cela n'est possible que par la fédération du genre humain.
Les darwiniens ne sauraient contester que le plus grand développement de l'individu sera atteint dans la liberté. Dès que l'homme subit une contrainte et devient esclave, ses forces créatrices s'affaiblissent. Comme la liberté complète ne pourra être obtenue que par la fédération universelle, on voit que cette fédération et le maximum d'intensité vitale pour l'ensemble des habitants de notre globe sont des termes synonymes. La floraison la plus complète, la plus entière, la plus magnilique de notre espèce n'est possible qu'avec la liberté complète, assurée à tous par la fédération. Or, comme la guerre est le principal obstacle qui s'oppose à celte fédéraUon, la guerre retarde la suprême floraison de notre espèce, en d'autres termes, les progrès de la civilisation.
Partout et toujours nous voyons que la violence est la source de l'immoralité. Mais ce qu'on comprend encore mal, c'est que, sans la violence internationale, il n'y aurait jîimais eu de violence à l'intérieur de i'iiltat, c'est-à-dire de dospolisme. L'Ktal a élé formé par un ensemble d'individus qui avaient prisla résolution, lacite ou consciente, (l(> no [);is se nuii'c les nus aux ;iutr(>s. Si les pclilos unités
I. flar les fr(iiiti(''n's des Ktiits sciiil niiiri|iii'es piiiTois p;ir des lignes piirpment idcnles. En hmil de la passe du lloniiio, II y a un endroit où le mi^nie homme peut avoir un pied en Suisse, un utitre en Autriche, et les bras eu Italie.
sociales (les cités) s'étaient librement amalgamées par des arrangements libres, le respect des droits, entre associés, eût été le régime universel. Lorsque Uri, Schwitz et Unterwalden se sont unis pour former le noyau de la Fédération helvétique, cet acte d'union n'a été possible que parce que les habitants d'Uri avaient pris la résolution de ne pas attenter aux droits des habitants de Schwitz et réciproquement. Sans la guerre, le réseau des associations spontanées se serait étendu peu à peu sur le monde entier sans que la liberté des citoyens eût jamais pu subir la moindre atteinte. C'est parce que le vainqueur a voulu profiter de sa conquête, c'est-à-dire exploiter le vaincu, que la spoliation a été pratiquée dans le monde. Or, spoliation signifie atteinte au droit, suppression de la liberté. Le despotisme est inconcevable et irréalisable sans la conquête, c'est-à-dire sans la guerre. En elïet, si tous les Etats s'étaient constitués conformément aux vu'uxde leurs habitants, comment le despotisme aurait-il pu faire son entrée dans le monde? Si le pouvoir est accepté, de plein gré, par tous les habitants d'un pays, il n'y a pas de despotisme possible'.
Sans la guerre il n'y aurait jamais eu de conquête, et sans conquête jamais de despotisme. C'est dire que, sans la guerre, la liberté universelle et éternelle eût été la condition du genre humain. Venir affirmer que cet état de liberté universelle eût été un obstacle aux progrès de la civilisation est véritablement le plus renversant des paradoxes. C'est à quoi aboutissent, cependant, les darwiniens en affirmantque la guerre a fait le progrès.
Beaucoup de personnes s'imaginent que le maximum de développement de la personnalité humaine se produit dans l'état d'anarchie. L'aventurier seul avec son fusil, errant dans le désert, ne connaissant aucune loi, se disant
1. A l'intérieur, le despotisme vient aussi uniquement de la violence. Certains peuples acceptent un pouvoir très dur, par crainte, en le renversant, de mettre à sa place la démagogie, encore plu.s spoliatrice et plus cruelle.
le roi du monde, paraît réaliser le type du surhomme dans son acception la plus complète.
Combien les apparences sont ici contraires à la réalité! On s'en rend compte immédiatement, dès qu'on se donne la peine de penser aux faits concrets. Un homme seul, errant dans le désert, peut être tué impunément à toute minute de la journée. 11 doit donc être préoccupé, à chaque instant, de préserver son existence. II est enchaîné et garrotté par ce souci, le plus impérieux qui puisse être, et qui ne le quitte à aucun moment. Il n'a donc plus de liberté d'esprit. Cet homme est, en réalité, un esclave, rivé à la plus dure des servitudes ; sa vie est un véritable enfer.
Au contraire, voyez ce qui se passe dans une société bien organisée. En Suisse, par exemple, on peut se promener jour et nuit dans les cantons les plus écartés, dans les forêts les plus épaisses et sur les montagnes les plus solitaires, sans avoir besoin de la plus petite arme défensive et sans craindre la moindre attaque, donc en pleine sécurité. Pourquoi en est-il ainsi? Parce que la Suisse est un des pays politiquement les mieux organisés de la terre. Imaginez le globe entier dans la même situation ; imaginez la sécurité la plus parfaite régnant sur tous les continents, au fond de l'Asie, comme dans l'intérieur de ]'.'\friqiie; supposez que, par hi suppression complète de l'anarchie, chaque être humain puisse aller, jour et nuit, dans tous les pays imaginables sans courir le moindre risque d'être attaqué dans sa personne et dans ses biens : c'est alors que chaque individu serait véritablement surhomme et roi, puisqu'aucun obstacle ne s(î dresserait devant lui poui' l'arrêter dans ses travaux et ses plaisirs. La terre entière deviendrait comme sa propriété.
("est donc dans /'oryanisfilio/i et non dans la désorganisation que réside la liberté. Dans l'anarchie, je puis impunément tuer mon voisin, mais mon voisin, hélas! |peut faire de même cl, par cela, je tombe immédiatement dans la servitude.
Novicov. . -- ItarHiiiisinp. 21
322 ERREURS SPECIALES DE L ORDRE SOCIOLOCInlT.
Parlant des républiques italiennes du moyen àgc, Sismondi s'cx]1rime comme il suit : « Quoique la liberté civile n'y fût entourée d'aucune des garanties qui nous paraissent nécessaires, elle était mieux respectée dans les républiques italiennes que dans aucun autre Etat de l'Europe. Chaque citoyen se croyait assuré dans la jouissance de sa vie, de sa fortune, de son honneur; il ne craignait pas que des restrictions arbitraires fussent imposées à son industrie; chacune des facultés qu'il avait en lui avait un libre essor ; toutes les carrières qui menaient à la fortune étaient ouvertes à son activité et à ses talents'. »
On sait quelle admirable exubérance de la personnalité humaine produisit cette liberté. Plus tard, quand vinrent les Espagnols, ils imposèrent le despotisme dans les Etats italiens. La délation perpétuelle, la suppression de toute participation du peuple aux affaires de l'Etat fut le régime universel. Alors les cités italiennes, qui avaient été les plus brillantes et les plus vivantes de l'Europe, s'affaissèrent dans la torpeur et la léthargie. L'Italie devint la lerrc des morts.
Il est difficile dexalter, dans ime mesure suffisante, les merveilles qu'engendre la liberté. On peut donc s'imaginer ce que deviendra le genre humain et à quelle hauteur vertigineuse il pourra s'élever lorsque la liberté seraobsolue, pour tout individu, sur toute l'étendue de notre planète. Cela ne sera possible que le jour où l'anarchie sera remplacée par la loi, et la desorganisation par l'organisation. Or, comme la guerre est l'obstacle principal qui s'oppose à cet état de choses, on peut mesurer combien les darwiniens se trompent en affirmant que la guerre fait la civilisation.
1. Voir Vllisluii-e des Hejjiibli(/ues ilalienneii. Paris. Fiirne, 1840, l. X. p. 3jS.