L'Allemagne moderne, p. M
Tilsitt, auquel elle avait été contrainte de se soumettre par la force. On ne peut donc pas admettre qu'aux yeux de Bismai^k il n'y avait pas de droit sans la force, puisqu'il no niait nullement les droits de la Prusse, à l'heure où elle ne possédait pas la force.
11 faut revenir encore une fois aux juristes. Un grand nombre d'entre eux affirment qu'il n'y a pas de droit sans force. Mais ils comprennent cela dans un sens très spécial, qui nedoitpas prêter à l'équivoque. Les juristes distinguent dans l'acte juridique le sujet, l'objet, le rapport et ce qu'on appelle la contrainte. Un objet m'appartient. Un voleur vient me le dérober. Je découvre le voleur, mais s'il n'y a pas une autorité, une force, qui l'oblige à me restituer ma propriété, mon droit n'a pas son effet, n'est pas réalisé. C'est dans ce sens que les juristes disent qu'il n'y a pas de droit sans force. Mais aucun juriste n'admettra jamais que, même si je n'ai pas la force de récupérer l'objet dérobé, mon droit sur cet objet n'existe pas. Or, quand on soutient que la force prime le droit, on ne fait pas seulement une constatation, comme je l'ai dit au commencement de ce chapitre, on fait également une appréciation de l'ordre éthique ; on semble dire : « Il est bon que la force prime le droit. » A ce point de vue, la proposition est complètement fausse. l']n effet, si le droit n'a pas la force de se réaliser, il ne peut s'ensuivre, dans aucun cas, que cela soit un bien. Seu\]o triomphe du droit est le bien. La défaite du droit est toujours le mal.
Ouand on analyse à fond les phénomènes sociaux, on voit que la fameuse sentence : « la force prime le droit », se ramène àaffirmer (pichi déraison doit primer la raison on, en d'autres termes, (|uc l'homme a avantage à être fou! Il semble difficile do formuler une plus grande absurdité.
N(>vi(;o>\ . — Darwiiiinino. Sa
On peut dresser la série des antinomies suivantes :