‹ La critique du Darwinisme socialChapitre 79 sur 94 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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atteint lorsque chaque homme sera en complet désaccord avec tous les autres sur toutes les notions et sur toutes les conceptions de l'esprit.

Combien les faits diffèrent de ces théories singulières! Le bonheur des hommes est en raison directe de la somme des vérités qu'ils possèdent. Or la vérité, c'estl'accord. Personne ne se dispute plus sur le théorème du carré de l'hypoténuse. C'est qu'il apparaît vrai à tout le monde. Si l'on pouvait comprendre la véritable nature de la richesse d'une façon aussi exacte et précise, il n'y aurait plus d'antagonismes économiques, et la misère serait bien vite extirpée du globe.

L'erreur est ce qui crée le désaccord ; la vérité, ce qui crée l'accord. Par suite, comme vérité et bonheur sont des termes synonymes, accord et bonheur doivent l'ôlrc également, au point de vue externe, si l'on peut s'exprimer ainsi.

Mais accord et bonheur sont encore plus identiques au point de vue interne. Du choc des opinionsjaillit la vérité. Cela peut être vrai quelquefois ; mais ce qui est vrai toujours, c'est que de l'accord des opinions jaillit le bonheur. Plus large est la base des accords, plus haut s'élève la pyramide de la prospérité sociale. Le progrès est en raison directe des concordances. Moins une idée nouvelle rencontre d'opposition, plus vile avance le progrès. Le progrès est donc en raison inverso de l'acuité des luttes mentales et nullement en raison directe de cette acuité, comme le pensent les darwiniens. La résistance contre une idée nouvelle est un frein qui ari'ète su marche. Il est absurde de soutenir qur, pinson serre les freins, plus vite roule une voiture. M. A. l'ouiilée exprime la même penséedans ces termes. « Une personne peut avoir une idée nouvelle; elle peut être seule de son avisou n'avoir qu'un petit nombre d'adhérents. On la contredit, on la ridiculise, on la persécute. C'est alors seulement (juc se montre l'élément lutte

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qui n'est nullement ici un élément de progrès, mais un obstacle'. »

Maintenant considérons un autre argument de nos adversaires. « Si tout le monde était d'accord, disent-ils, le règne de Tennui serait universel. » Oui, seulement à une condition : c'est qu'il n'y eût pas d'univers. Or l'univers existe et il est infini. Par suite, comme il est infini, le nombre de vérités que l'homme peut découvrir n'a également pas de limites. De ce que les hommes cesseront de se disputer entre eux, ils n'en continueront pas moins de découvrir des vérités nouvelles et, aussi longtemps qu'ils le feront, l'ennui ne sera pas possible. 11 « naquit un jour de l'uniformité », dit un vers célèbre. Mais le spectacle de l'univers infini, toujours vivant et changeant, est tout ce qu'il y a de plus contraire à l'uniformité. Moins nous serons divisés, mieux nous pourrons voir ce spectacle, plus il nous paraîtra varié, intéressant et même empoignant.

Il faut ajouter encore que la diversité des climats et des milieux empêchera éternellement les hommes de penser et de sentir delà môme façon. Entre un habitant des bords du Gange et un habitant des bords de la Tamise, il y aura toujours des différences considérables. Il est à désirer que ces différences ne soient pas trop radicales et qu'elles n'atteignent pas les limitesoù l'on cesse .de s'entendre. Heureux les hommes s'ils peuvent un jour se mettre d'accord sur les grandes lignes des institutions sociales. La variété des nuances, avec une certaine similitude du ton général, est précisément ce qui donne le plus de charme aux rapports humains, donc ce qui permet le plus de plaisir et de bonheur. La fédération du genre humain n'empêchera pas la littérature et l'art de revêtir les formes les plus diverses. On peut avoir des idées politiques plus ou moins semblables, mais sentir différemment. Et puis n'est-il pas évident que la misère, en clouant les hommes dans un seul

1. ÉUmenIs sociolo(fiques de la morale. Paris, !■'. Alcan, p. 2i9.

endroit, en lesprivanl de la possibilité dosedéplacer, rend précisément leur vie monotone? Avec la suppression de l'anarchie, la richesse prendra un essor énorme. Elle permettra à un plus grand nombre d'hommes de voyager et de se donner des distractions d'une variété de plus en plus grande. On peut donc conclure que l'accord, loin d'établir le règne de l'ennui, contribuera, au contraire, à le chasser.

Les faits confirment pleinement ma manière de voir. Parlant du bonheur en raison directe de l'accord, un publiciste américain, M. \V. While, montre que les Etats-Unis ont les avantages suivants sur l'Europe :

La liberté de conscience, donc plus de question religieuse (en d'autres termes, accord universel pour faire de la religion une affaire privée).

L'anglais reconnu comme langue commune, donc pas de question nationale (en d'autres termes, accord universel sur l'idiome dominant).

L'autonomie et la démocratie hors de discussion et considérées comme faits naturels (donc accord universel sur la forme du gouvernement et ses institutions fondamentales)'.

Après les I<]tats-Unis, passons à l'Angleterre. Encore ici tout le monde est d'accordpour vouloir la l'orme monarchique, la libellé de la presse, la liberté de conscience, le droit de réunion, Vhabeas corpus, le droit de propriété, les deux Chambres. Toutesles garanties essentielles qui font un gouvernement juste et régulier sont regardées par la totalité des Anglais comme hors de discussion. (Compare/ ces deu.x l'^tats à la Hussie actuelle. Ici Ion n'est d'accord sur aucun point, ni sur la forme du gouvernement, ni sur les garanties les plus élémentaires des droits des citoyens. Nombre de Russes sont actuellement pour la monarchie absolue,

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