L HOMICIDE COLLECTIF ET LA SCIENCE 3SI
avec les semblables. Quand on se place sur le terrain des réalités biologiques, on voit qu'il n'y a pas plus de sentimentalisme à constater que l'association intensifie la vie, qu'il n'y en a à constater que la chaleur dilate les corps. Puisque le sentiment n'a rien à voir dans cette atîaire, on ne saurait nullement affirmer que les impulsions morales seules peuvent créer l'union générale du genre humain. S'il en est ainsi, on voit que la biologie aboutit au règne du droit et non au règne du banditisme et de l'anarchie.
La biologie nous éclaire aussi, très nettement, sur le phénomène de la dissociation, qui implique l'erreur, la maladie et la mort. Entre êtres qui peuvent s'unir, l'association est la combinaison la plus avantageuse, donc elle l'est poui- les hommes. Mais les hommes se trompent ; il leur sf'ûih/e que le banditisme et la spoliation sont plus avantageux que la fédération et, par suite, ils maintiennent l'anarchie la plus abjecte et la plus contraire à leurs intérêts réels. Agissant contre nous-mêmes, nous agissons comme des êtres privés déraison, donc nous nous trouvons dans un état UKirbide. La vie est une alternance de jours de santé et de jours de maladie. Les jours de santé sont ceux où s'accomplissent les actes d'organisation ; les jours (le maladie, ceux où s'accomplissent les actes de désorganisation (massacres, pillages, conquêtes, guerres). L'état normal et sain est, pour notre espèce, la disparition des jours de maladie.
Les conservateurs et les darwiniens oublient que, sans les actoj! de dissociation (la guerre), l'état inévitable d(^ notre espèce eût été éternellement la fédération universelle. De même (|u'on ne peut parler qu'en vers ou en |)rose, de même les ra[iports entre les hommes ne peuvent être que juridiciuesou anarchiques, el, s'ils ne sont pas de la seconde catégorie, ils doivent être nécessairement de la p emière. Quand les communications s'établissent entre les hommes, si elles n'abcnitissent pas à des eonllits el à
des tueries, elles ne peuvent aboutir qu'à la coopération et à la solidarité.
Les^ entreprises guerrières n'ont jamais été plus lucratives que les entreprises économiques. Mais autrefois les hommes ne comprenaient pas cette vérité. Peu à peu l'expérience les éclaire et ils finissent par la comprendre. Alors les entreprises militaires commencent à être dédaignées'. Les darwiniens et les conservateurs disent que les nations tombent alors en décadence, mais la sociologie dit, au contraire, qu'elles sortent alors de l'état morbide pour entrer dans l'état sain, ou, en termes plus usuels, qu'elles sortent de la barbarie pour entrer dans la civilisation". La justice universelle et la santé sociale sont des notions identiques, comme l'anarchie et la maladie.
L'empirisme a toujours précédé la science On a fait de l'arpentage, qui exigeait certaines connaissances géométriques, longtemps avant d'étudier la géométrie comme science pure. De même l'idée que la justice est la vie a été sourdement comprise depuis des siècles. De là vient le long effort de Ihumanité tendant à mettre Tordre et l'organisation à la place du chaos et de l'anarchie. De tout temps l'àme de l'homme a été affamée de justice. Chacun de ses triomphes fait naître daas les cœurs la joie la plus profonde. Quand nous apprenons que la justice a remporté une victoire, nous nous sentons soulevés d'enthousiasme, un frisson secoue notre être et fait jaillir l'énergie et l'espérance. Au contraire, quand nous apprenons que l'injustice l'emporte, nous tombons dans le marasme et le découragement ; il nous semble que le sombre Tartare va nous engloutir tout vivants. La justice, c'est la joie, le bonheur, la vie; l'injustice, c'est la tristesse, le malheur, la mort.
Pour qui analyse, même superficiellement, les phéno-
1. Tel a été le cas en Italie au .\\" siècle. La guerre était abandonnée au.K soldés (en italien soldali, c'est-à-dire gens ayant été payés pour combattre), aux mercenaires.
2. Civilisation et santé signifient maximum d'intensité vitale; donc, dans une certaine mesure, ce sont des termes synonymes.