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fondus, le désordre le plus complet s"esl mis dans le domaine des sciences de la vie. On a cessé de distinguer les rapports entre êtres vivants d'espèce différente, des rapports entre êtres vivants de la même espèce. On a appliqué des raisonnements identiques aux faits intellectuels, zoologiques, physiologiques et môme biologiques. Bref, je le répète, le chaos est devenu complet. Le darwinisme, comme un torrent, a tout emporté. Il a fait une invasion soudaine dans les sciences les plus diverses, depuis l'astronomie jusqu'à la psychologie et à la sociologie. Partout il a imposé ses lois, partout il a été un maître despotique, partout il a fait taire la voix des spécialistes sérieux qui, ne voulant pas se soumettre à la mode du jour, déclaraient que chaque science a ses phénomènes particuliers, qu'il faut étudier directement et séparément sans les confondre avec les phénomènes des sciences différentes. La lutte universelle, c'est fort bien ; le dynamisme, encore mieux; mais cette lutte se présente sous des aspects divers selon qu'elle passe d'un domaine de la nature dans un autre . On ne voulut pas accepter ces réserves . On lit des généralisations hâtives et superficielles qu'on donna, avec la plus tranchante assurance, pour le résultat définitif de la science. On toisa avec mépris ceux qui ne voulaient pas suivre cette tendance inconsidérée ; on les taxa de routiniers et de rétrogrades !
Avant le darwinisme, les hommes avaient pratiqué le banditisme sur une immense échelle, le croyant avantageux. Mais les études sur le droit et ce qu'on appelait alors les sciences morales et politiques avaient nettement établi, cependant, que le banditisme est un acte injuste, et, par une extension naturelle du domaine mental au domaine éthique, on avait proclamé que le banditisme est dégradant. Malgré Machiavel et sa doctrine si célèbre que « le but de la politique était le maintien et Vaccroùsement de l'Etat », c'est-à-dire la conquête et la spoliation, tout le monde comprenait que le banditisme est un
l'homicide collectif et la science 385
acte criminel '. La science politique et l'étude du droit avaient établi un sens moral, un certain ordre dans les esprits : elles appelaient liien ce qui est le bien et mal et qui est le mal.
Le darwinisme social est venu bouleverser tout cela. Avant lui, les hommes honoraient la justice. Après le darwinisme, les hommes l'ont méprisée, sous prétexte que le triomphe de la force brutale était conforme aux lois de la nature et assurait une sélection favorable dans l'espèce humaine ! Le darwinisme a revêtu la lutte entre les hommes d'une auréole de majesté, de grandeur et de dignité. C'est une très profonde erreur. La lutte entre les hommes est abjecte, parce qu'elle est absurde. En exaltant la lutte, le darwinisme a aussi exalté le malheur. C'est plus absurde encore. Le malheur est hideux. Le bonheur seul est noble et grand. La souffrance est dégradante, parce (|u'elle vient de l'ignorance et de la stupidité La jouissance est seule admirable, parce qu'elle vient de la science et de la raison. De inrme la sympathie, l'amitié et l'amour sont grands; la haine cl la discorde sont honteuses, car inutiles. Quand les hommes s'entendent sur les principes généraux, la jouissance ari'ive au point culminant. L'ordre est beau, l'anarchie est abjecte. La joie vient de l'eurythmie. L'eurythmie est le but de la vie. donc la concorde, non la discorde.
L(! darwinisme est venu renverser ces idées qui son! de véritables truismes et (]ue nos ancêtres avaient découvertes depuis longtemps, et par voie inluiliv(" l't par réflexion.
Qu'<;sl-ce (jiie le darwinisme^ a mis à la plai'c ? L)e.eri'i'Ui's manifestes et des contradictions piiriis, à savoii que la guerre (M'ée la civilisali(jn. c'esl-à-dire que i'oi'ga
\. l'Ji plein cllrecinii-e, lursiim; 1rs Kiani'iii.s viclorif-ux ne se f.-ilsairiil pas faute lie spciiier leurs voisins. Inrsiine UiiM.i|i.irte venait île slf,'ner le li-.iile inlàicii- par li'qucl ViMiise était ilunnéc a I Viilrictie. le poète Amlrienii. dans le Mniiticr de S,uis-s,„iri. <|Malili.'iil In I el In.-i. .le i;,/ la e..Mi|nèle île la Silesie
.Novi.o». DarHHiiMne i<
386 ERREURS SPECIALES DE L ORDRE SOClOI.OCIyl'E
nisalion vient de la désorganisation, l'association de la dissociation, la santé de la maladie, et la vie de la mort ! En affirmant que le progrès vient de l'homicide coUectii', le darwinisme soutient, par cela mûme, que la richesse vient de la spoliation, donc que la spoliation est la cause du progrès. On a vu combien celte idée est fausse, mais elle parait vraie par suite de la grossière ignorance de l'immense majorité du genre humain. Qu'a fait le darwinisme en proclamant que le progrès vient de l'homicide collectif et delà spoliation' ? // a élevé la bêtise humaine à la dignité de loi cosmique et de principe universel de la nature ' !
Les Anglais et les Français se sont fait la guerre pendant sept siècles et se sont massacrés avec un acharnement véritablement digne d'un meilleur sort. Puis, un beau matin, leurs yeux se sont dessillés, ils ont compris que leurs intérêts sont complètement solidaires. Toutes leurs guerres précédentes étaient donc un pur effet de leur aveuglement et de leur étroitesse mentale. lien était de l'antagonisme anglo-russe comme de l'antagonisme anglo-français. Combien ne nous a-t-onpas répété, pendant près d'un siècle, que l'Angleterre et la Russie devaient fatalement s'entre-choquer dans l'Asie centrale, en vertu de la loi cosmique de la lutte pour l'existence ! Ces fantasmagories ont disparu en un jour, quand les diplomates anglais et russes ont daigné considérer les simples réalités de la vie^ Tout le monde aurait fini par comprendre, à notre époque réaliste et positive, que les guerres sont des enfantillages absurdes, si le darwinisme n'était venu faire une diversion au courant d'idées rationalistes. Il a
1. Comme je l'ai déjà nioatré. dans les liitlcs humaines, l'homicide est un moyen, la spoliation est le but.