I.e darwinisme, avec ses doctrines simplistes et super
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ficiclles, a aussi détourné la science sociale de l'élude patiente et minutieuse des faits. Il a été un poison pour les gens du métier aussi bien que pour le grand public. Il a arrêté sensiblement les progrès de la sociologie. Comme cette fameuse doctrine est, soi-disant, basée sur des données scientifiques, c'est aussi par des argniments scieniitiques qu'il faut la combattre. Pour vaincre le darwinisme, il faut se garder, en tout premier lieu et de la façon la plus absolue, de porter la question sur le terrain du sentiment et même, si l'on veut, sur celui de la morale. C'est ce que f ai fait dans ce travail.
Après les conséquences intellectuelles et éthiques, considérons les conséquences économiques et politiques du darwinisme social.
Le darwinisme a favorisé l'idée qu'il est possible de résoudre la question sociale par la spoliation, c'est à-dire par la lutte entre hommes. Par suite, le darwinisme a détourné les esprits de la solution vraie, qui est lunion des hommes pour lutter contre le milieu physique. Cette solution est la vraie, donc la seule possible, par la raison élémentaire que la richesse est l'adaptation de la planète à nos convenances. Pour extirper la misère, il laut tirer de la planète une quantité de produits suffisante pour les besoins du genre humain. Darwin a été le collaborateur de Marx. La lutte des classes a été donnée, elle aussi, comme un fait cosmique.
Or cette prétendue lutte des classes est un pur i'autôme. Il ne peut pas j' avoir de « classes » économiques, parce que « classe » est un terme uniquement politique, désignant un ensemble de citoyens possédant certains droits que d'autres citoyens ne possèdent pas. Mais ces droits ne peuvent être établis que par la loi. Les nobles, en France, formaient une « classe » avant 1789. Dans le domaine économique, rien de pareil. Tout individu, chaque jour et même plusieurs fois par jour, peut passer de la condition de salarié
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à celle de capitaliste. En second lieu, il ne peut pas y avoir de classes économiques parce que le mode de travail et la richesse ne suivent pas une marche parallèle. Il y a des prolélaires riches et des capitalistes pauvres. Je connais un industriel qui, avec un capital de 1 (iOO.OOO francs gagne 16.000 francs par an, tandis que certains ouvriers gagnent 24.000 francs par an. Il y a même des capitalistes dont les placements ne rapportent rien du tout. Comme il ne peut pas y avoir de classes économiques, il ne peut pas y avoir de lutte entre des classes qui n'existent pas. Les furieuses batailles que se livrent maintenant les patrons et les ouvriers se passent, en réalité, entre certains ensembles d'individus déterminés et nullement entre des « classes » ayant une existence réelle. De plus, ces luttes ne s'accomplissent nullement en vertu des lois universelles de la nature ; elles s'accomplissent uniquement en vertu de l'ignorance des hommes. La prétendue « lutter des classes » n'est pas plus nécessaire pour la prospérité des ouvriers que les guerres entre la France et l'Angleterre, poursuivies pendant sept siècles, n'étaient nécessaires pour la prospérité de ces deux pays.
Le darwinisme a ainsi donné un aspect d'antagonisme cosmique mix tnalentendiis entre le capital et le travail. Or ce! antagonisme est un pur fantôme, une illusion venant delà méconnaissance de la nature véritable des phénomènes économiques. Il n'y a aucun antagonisme réel entre le capital et le li'avail puisque tout travail est impossible sans capital et tout piolil, pour le capital, impossible sans travail, il est évident que, sans le lustre que le darwinisme est venu donner aux erreurs socialistes, le grand public et surtout les travailleurs auraient plus vite découvert combien ces erreurs sont funestes parce qu'elles perpétuent la misère '.
I. Je ne piiiscntrci' icidausdcs détails sur ce sujet. Je renvoie le lecteur a mon livre inllliilé Lf prn/>li'ine ili; lu Stiii-ri- <•/ 1rs filiènnini-ni-s tUimomiqur.s nahiri'tx l'nria, !•'. Alcan. l'JOS.
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Il siilTil de comprendre la véritable nature de la richessi' pour voir que la lutte des classes et l'antagonisme du capital et du travail ne sont pas des lois de la nature, mais de simples aberrations de nos esprits. En effet, cbaque lutte entre les classes et les bommes empêche un certain nombre d'individus de tirer du milieu physique les produits nécessaires à l'existence de notre espèce. Gomme la vieesl un échange perpétuel entre l'organisme et le milieu physique (respiration, alimentation, etc.), c'est l'action de l'homme sur ce milieu qui détermine la somme de nos jouissances ou de nos soull'rances, en d'autres termes, qui augmente ou diminue la misère. Or, toute lutte entre les hommes empêche l'adaptation plus rapide du milieu, donc la richesse et la jouissance.
Il suffit de comprendre la vraie nature du phénomène vital pour être persuadé que l'idée de réaliser la richesse par la spoliation est la plus profonde des erreurs. Si cette erreur était confoi'me au mécanisme de notre cerveau, comme la représentation de l'espace à trois dimensions, la misère et l'infortune du genre humain seraient éternelles. Aussi longtemps (jue notre espèce durerait, elle serait condamnée à une existence horrible et sans espoir. Fort heureusement, il n'en est point ainsi. Un nombre considérable d'iiulividus comprennent que la spoliation est une grossière erreur et qu'elle est le princi[)al obstacle qui s'oppose à la réalisation du bien-être des masses populaires. Sans doute les sainesnotionsd'économiepoliticjuese l'épandront de plus en plus dansée public. La vérité linit toujours par triompher. Mais, à part la théorie, l'immense majorité des hommes est opposée à la spoliation, en pratique, parce que l'immense majorité des hommes travaille et ne vole pas.
Beaucoup d'erreurs invétérées ont successivement disparu de la terre. H y a deux siècles à peine, le principe du Cujiis regio ejiis religio dominait en maître. Chaque monarque se croyait en droit d'imposer sa religion à ses
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sujets. Celle erreur a été abandonnée. Assurémenl, l'erreur spoliatrice est bien plus tenace. Mais elle disparaîtra à son tour, car il n'y a rien d'éternel ici-bas. L'humanité s'est engaji^éc autrefois dans l'impasse de la conquête, qui est la spoliation collective opérée |)ar l'Etat. Cela dure déjà depuis six mille ans, mais cela ne pourra pas durer toujours. Nous nous engageons maintenant dans une autre impasse : celle de la spoliation socialiste et collectiviste. Cette erreur parcourra aussi un certain cycle, mais sera, à son tour, inévitablement terrassée parla vérité. Combien durera l'ère socialiste? On peut prévoir qu'elle ne sera pas trop longue. L'expérience en dégoûtera les classes déshéritées, car ce seront elles qui en souffriront le plus. Tout fait craindre que la misère, engendrée par le collectivisme, s'il est introduit violemment, ne soit de beaucoup supérieure à celle dont nous souffrons lie nos jours.
L'humanité a commencé par le travail et elle liuira |iar le travail. Le banditisme aura été une phase intermédiaire, qui aura peut-être duié d(^ dix à (luinze mille ans, mais qui, tout di! même, aura été tiansitoire.
11 est un autre point de viu^ montrant qu(> le darwiuisnu' oppose un obstacle des plus sérieux à la solution de la question sociale. C'est ici la place d'en parler puisque ce pcjint de vue est à cheval entre les pliémunèncs (''conomiques et les phénomènes politiques.
Le genre humain atteindra le maximum de hien-èlrc quand tous travailleront et quand personne ne spoliera le voisin. Alors la production sera la plus grande possibhî et la misèies(M'a réduite au minimum. Mais suppression totale de la spoliation et établissement de rapports juridi(iucs entre tous les hommes sont des termes synonymes, Par suiU^ lu soi/ifion (II; la (/iiestiun socialr et la fédrration du (jeiirr liiiiiiain sont un seul et m^'inc fait . Ci', le darwinisme soutient que cetl(î fédération, en sup|iiiinant la guerre, sera la (in de tout progrès. Donc, selon les darwiniens, l'anareliie inteiualinuale est le bien. .Mors ce (|ui empêche
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la solution de la question sociale est le bien, ce qui la résout est le mal. On voit, par conséquent, que le darwinisme est opposé à la solution de la question sociale.
Passons enfin à l'influence du darwinisme sur la politique internationale. Elle a été encore plus désastreuse que son influence sur les rapports économiques. En efTet, il a aussi contribué à revêtir les jongleries diplomatiques, les intrigues et les petitesses qui se cuisinent dans les chancelleries des afl"aires étrangères, du nom pompeux de lutte pour Vexisteiice ! Ici encore, le darwinisme a drapé d'une toge de dignité des actions qui sont ce qu'il y a au monde de plus étroit et de plus mesquin. Les amours-propres vulgaires, les routines médiévales, l'aveuglement le plus coupable, la méconnaissance absolue des intérêts des masses populaires, tout cela est couvert de la pourpre d'une loi universelle de la nature ! A l'heure oîi ces lignes sont écrites (mars 1909), une guerre générale menace d'éclater en Europe à propos de la Bosnie et de l'Herzégovine. Cinq minutes de bon sens de la part du cabinet de Vienne, je dirai même plus, cinq minutes d'attention accordées par lui aux intérêts véritables des masses populaires^ austrohongroises suffisent pour arrêter cette guerre. Mais si ce bon sens fait défaut, si cette compréhension vient à manquer, si des hécatombes humaines se produisent, on va nous répéter, sur la foi du darwinisme social, que ces actes absurdes s'opèrent en vertu des lois cosmiques qui règlent la marche de l'univers'.
1. Je ne parle plus désintérêts généraux des masses populaires de l'Eu rope entière, que des ministres d'une grande puissance cù<7!see ue devraient pas être incapables de prendre en considération. L'.\utriche-llongrie est maintenant partie d'un vaste ensemble qui est l'Europe. Le mal souffert par le tout aura la répercussion la plus désastreuse et la plus douloureusi' sur la partie.
2. La guerre n'a pas éclaté à propos de la Bosnie. Quel meilleur argument en ma faveur? On voit que les lois cosmiques ne s'opposent nullement au triomphe du bon sens parmi les tiommes. Si elles ne s'y sont pas opposées, dans ce cas spécial, elles eussent pu tout aussi bien ne pas s'y opposer dans tous les autres. Que serait devenue alors la fameuse lutte pour l'existence ■?