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mots n’ont pas toujours pour nous un sens précis; on assure en outre qu’ils sont écrits en un style allégorique, métaphorique et typique et que nulle proposition ne doit y être prise en son sens normal. La lettre tue, déclare expressément l’Ecriture. Les prêtres s’érigent en interprètes autorisés; ils savent capter la confiance des autres hommes. « Il y a deux moyens qui ne manquent jamais de faire triompher la superstition des mystères pour amuser les enthousiastes, surtout ceux qui prétendent à un savoir profond, et tous ceux qui admirent ce qu’ils ne comprennent pas, — et des spectacles éclatants et des pompeuses cérémonies pour ensorceler le vulgaire ». 150. Ce ne sont en tous les pays que pratiques absurdes, dogmes invraisemblables; on sombre dans l’idolâtrie; on prêche la prééminence de la foi sans les œuvres. Ainsi s'établit la domination des prêtres ambitieux; les catholiques s’inclinent devant l'infaillibilité du Pape et les protestants devant l’autorité de leur recteur, véritable pape de sa paroisse. On jette la suspicion sur la validité de nos raisonnements: on prescrit la soumission à l'autorité traditionnelle; on demande que le peuple se fie au témoignage d'hommes qui ont intérêt à le tromper; nombreuses sont les fraudes et les supercheries qui assurent l'autorité des prêtres, et comme des rivalités naissent toujours entre les ambitieux, des luttes s’engagent autour de pures vétilles; des révolutions se produisent sans cesse en théologie; depuis la Réforme seulement, l'Angleterre a changé trois fois de religion; chaque Eglise est soutenue par une Révélation et chacune argue de l'excellence de sa doctrine. Cf. Hume JU, 146. À 75. De toutes ces disputes interminables, un seul point est clair : quand un collège de prêtres défend sa religion et attaque les autres religions traditionnelles, il cherche à montrer que sa religion est fondée en raison; c’est déclarer qu’il faut éprouver par la raison la vérité de toute religion positive. Les prêtres nous ren-
voient donc eux-mêmes à la véritable religion de nature. Qu'il faille user de la raison pour débarrasser une religion de toutes les impostures, c’est une idée qui reparaît sans cesse dans l’ouvrage de Tindal; c’est la raïison qui décide du sens de l’Ecriture (22), c’est la raison qui nous procure la connaissance des perfections immuables de Dieu et nous prépare aux ordres et défenses de la Révélation, c’est elle qui nous permet de discerner la véritable religion. Cf. 56 à 58, 139, 165, 169, etc. « Les personnes inspirées, Prophètes ou Apôtres sont sujettes aux mêmes Passions, même à la dissimulation et au mensonge comme les autres hommes... nous péchons contre cette raison qui nous fut donnée pour distinguer le Bien du Mal, la Religion: de la Superstition si avec elle nous n’examinons pas toutes les doctrines quelles qu’elles soient, quel que soit celui qui les professe ?' Mais, à supposer les Prophètes et les Apôtres impeccables autant qu’'infaillibles, quelle certitude cependant peut avoir le peuple que ces doctrines qu’il lui ont enseignées ont été fidèlement transmises pendant de nombreuses générations par des hommes qui étaient loin d’être infaillibles ou impeccables ? Alors certes il faut user de la raison pour juger de toutes les doctrines transmises. Admettons que la transmission par la tradition ait été fidèle, comment le commun du peuple peut-il être toutefois certain que lEcriture a été traduite correctement ? Mais même si on l’accorde, puisque de nombreux textes ont subi de grandes variations et que parfois il y a eu des interprétations contraires, que le sens littéral très souvent tue, comment peut-on être sûr qu’on ne se trompe pas sur leur sens sinon parce que la raison des choses en prouve l'évidence ? Mais à supposer qu’il n’y ait pas une telle incertitude sur le sens des textes, puisque l’Ecriture contient quelques préceptes occasionnels qui obligent seulement certaines personnes en de certaines occasions et de certaines circonstances, et d’autres principes qui sont d’une obligation éternelle, comme elle
ne fait aucune distinction pour leur application, les hommes, même les plus savants, né peuvent les distinguer qu’en ayant égard à leurs caractères; ceux-là seuls sont d’une éternelle obligation qui se fondent sur l’éternelle raison des choses et ils obligent éternellement, qu'ils soient ou non exprimés dans l’Ecriture ». 221.
- Ce passage est tout à fait caractéristique du ton et des idées du Christianisme aussi vieux que la création; c’est toujours en définitive l’examen personnel qui doit décider. Tindal ne manque pas d’appeler des Théologiens comme garants de l’orthodoxie de cette affirmation; Sherlock a déclaré que le christianisme ne pouvait rien tant souhaiter qu’un examen impartial; bien avant lui, Locke et Tillotson ont vanté la rationalité du Christianisme; Clarke est cité longuement dans le dernier chapitre. Tindal suggère ou tout au moins laisse entendre que le rationalisme des orthodoxes les amène à rejeter tous les mystères et tous les dogmes positifs; et il prend la peine d’énumérer toutes les pratiques mystérieuses, incompréhensibles à la raison que les prêtres eux-mêmes ne peuvent croire, même si les fidèles les admettent par superstition et c’est l’intolérant D' South que Tinda} fait parler : « Certaines choses, si on ne les adorait pas comme des mystères, il faudrait les rejeter comme des absurdités ». Serm., % vol., p. 316, cité p. 109.
76. La raison est donc la grande dominatrice; elle révèle les fins que Dieu propose à la conduite humaine; elle choisit en toute liberté les moyens datteindre à ces fins en toute circonstance.
Un Dieu bienveillant a voulu le bonheur de ses créa-
teurs; seul un tyran commande pour le plaisir de com- - mander; seul un Dieu vaniteux aurait créé le monde
pour sa gloire. Dieu a donc créé le monde pour le bien de l’homme; et celui-ci est heureux lorsqu il réalise toutes les fins de la vie sociale, lorsqu’il mène une vie
conforme à la raison; en même temps il glorifie son