SONT
créateur, puisqu'il remplit la fin de sa création. Bien
de l’homme et Honneur de Dieu sont les deux fins de cette vie, les deux fins de toute religion ou plutôt ce sont là les deux aspects d’une fin unique. La connaissance de cette identité essentielle des deux fins engendre dans le cœur des hommes de justes sentiments à l’égard de la bonté divine. « Ces notions inculquées de bonne heure, porteront les hommes à obéir avec joie aux lois divines et les feront réellement aimer Dieu; et les feront aimer de Lui qui regarde surtout le cœur et par-dessus tout réclame la pureté de l’âme, et que les hommes agissent par le principe non de la peur servile, mais d’un parfait amour dénué de toute crainte ». 65. Ces deux grandes fins sont seules les objets des commandements précis de Dieu qui n’a fixé ni les moyens, ni les rites des religions positives. Dieu n'aurait pu établir immuablement certains moyens pour parvenir aux fins proposées que si les circonstances avaient été elles-mêmes immuables; or il n’en est rien; et Dieu, plutôt que de remanier sans cesse son œuvre et d’accumuler ordre positif sur ordre positif, révélation sur révélation, Dieu a donné à l'esprit humain un instrument de discernement capable de diriger convenablement sa conduite. « Le seul tribunal que Dieu a institué ici sur terre (distinct de celui qu’il a établi par l’entremise des hommes pour leur défense mutuelle) est la conscience personnelle de chaque homme : celle-ci ne peut que lui dire que Dieu est l’auteur de toutes choses; elle doit linformer aussi que toutes les actions qu’il se juge obligé d’accomplir de par les circonstances où il est, il est obligé de les faire par Dieu lui-même qui a disposé les choses dans. cet ordre et l’a placé dans ces circonstances. C’est par manque d’observer cette règle que les écrits sacrés ont été rendus si obscurs; et linfinité de sermons, notes, commentaires et paraphrases qui prétendent parler plus clairement que Dieu lui-même, ont accru
cette obscurité ». 92. Par conséquent pas de vaines
pratiques; et la prière elle-même n’a de valeur que
PSN
parce qu’elle nous élève à un sentiment convenable: de la Nature divine et de notre dépendance à son égard, et nous entraîne à l’imitation de ses souveraines. perfections. La religion est faite d’observances morales.
« Pour résumer en peu de mots le sujet que j’ai tenté. de vous prouver :
1° Il y a des choses qui par leur excellence interne se révèlent comme la Volonté d’un Dieu infiniment sage et bon.
2 Il y a des choses sans valeur intrinsèque; cependant celles qui en ont une ne peuvent se réaliser sans. elles: on doit les tenir pour les moyens d’une fin; et comme elles sont de nature variable, elles restent à la. discrétion des hommes qui les modifient pour mieux atteindre les fins en vue desquelles elles furent instituées.
3° IL y a certaines choses si indifférentes qu’on ne: peut les considérer ni comme fins, ni comme moyensct que placer en leur observance une partie de la re-ligion, c’est une profonde superstition; et je peux. aventurer cette déclaration. Celui qui porte en son es-
prit ces distinctions aura une plus juste notion de la.
religion que s’il avait lu tous les scolastiques, tous les. Pèrés et tous les Conciles >» 390-391. :
77. Telles sont les idées essentielles du Christianisme aussi vieux que la création, ouvrage intéressant à plus d’un titre; c’est le dernier écrit vigoureux du déisme; ni Morgan, ni Chubb, ni Bolingbroken’apportent d’idées originales, ni même seulement d’argumentation solide; — c’est aussi l'ouvrage déiste-
qui marque avec le plus de netteté combien le déisme: doit au rationalisme moral d’un Clarke; c’est encore:
l'un des ouvrages où se révèlent avec le plus d’assu-
‘rance les ambitions métaphysiques de la raison. La
raison humaine est plus sûre que l'instinct; elle est en nous une marque de la divinité; elle fait toute:
notre dignité. C’est contre cette thèse que combat
Hume qui prend position à la fois contre les déistes et contre les théologiens.
Peut-être des remarques de détail sont-elles aussi à noter; une critique des miracles avec citations du roi David et de Bacon : tous les hommes mentent quand la religion est en jeu; une critique des illuminations des Quakers : il n’existe rien de semblable à la lumière intérieure. « S’il y avait un principe de cette espèce, des hommes dénués de toute raison seraient aussi capables de connaître toutes les matières de religion que s’ils avaient été toujours très raisonnables. C’est étrange que tous les hommes aient eu un principe d'action dont personne n’aurait eu conscience et ces modernes découvreurs ne peuvent nous dire ce qu’il est, ni comment il opère; ils n’en usent jamais dans leurs disputes religieuses, mais ils argumentent comme les autres hommes à partir de principes communs à tous les hommes et prouvent les propositions qui ne sont pas évidentes par elles-mêmes à l’aide de celles qui le sont ». 161; — cette indication enfin que si l’on combat la raison au nom de la révélation, on va droit au scepticisme : « supposer qu’il y ait dans la Révélation quelque contradiction avec la raison et en même temps prétendre que c’est bien là la volonté divine, c’est détruire non seulement cette preuve qui nous fait conclure que c’est bien là la volonté divine; mais encore la preuve de lexistence d’un Dieu; car si nos facultés de raisonnement nous trompent quand elles s’exercent correctement, nous ne pouvons être sûrs de la vérité d’aucune proposition; mais tout sera pour nous également incertain et nous flotterions pour toujours dans un scepticisme universel ». 158. Indication très générale certes et même indication que l’on retrouve à cette époque chez presque tous les théologiciens; indication que Hume par conséquent n’a pas reçue spécialement de Tindal, mais indication qui prenait ici toute sa valeur sous la plume d’un rationaliste intempérant qui, pour un peu, nous ferait pénétrer en plein conseil divin.
LA CRITIQUE ET LA RELIGION CHEZ DAVID HUME 173 H. Joseph BurLer, 1692-1752.