DESTIN
d’en donner une description par analogie. « Une opinion ou croyance n’est autre chose qu’une idée, qui diffère d’une fiction, non pas en nature ni par l’ordre de ses parties, maïs par la manière dont elles est sentie. Mais quand je veux expliquer cette manière, je trouve à peine un seul mot qui réponde pleinement à ce dont il s’agit, et suis obligé d’avoir recours au sentiment d’un chacun pour donner à chacun une parfaite notion de cette opération de l’esprit. Une idée à laquelle on donne son assentiment est autrement sentie qu’une idée fictive que la fantaisie seule nous présente; et c’est cette façon différente d’être sentie que je m’efforce d'expliquer en l’appelant un degré supérieur de force, de vivacité, de solidité, de fermeté ou de stabilité. Cette variété de termes qui pourra sembler si peu philosophique, n’a pour but que d'exprimer cet acte de l'esprit qui nous rend les réalités plus présentes que les fictions, qui fait qu’elles pèsent davantage dans la pensée et qui leur donne une influence supérieure sur les passions et l’imagination ». I, 398. L’Essai, IV, 42, exprime la même opinion et dans les mêmes termes ou à peu près. La croyance est donc caractérisée par cette valeur originale de l’idée qui naît de la situation particulière où se trouve l'esprit; en présence d’une idée, celui-ci ressent confiance et sécurité comme en présence d’une impression; il la conçoit avec plus de fermeté; il la vit plus pleinement. Tout raisonnement probable auquel on accorde sa croyance est donc une manière de sensation. « Ce nest pas seulement en poésie et en musique que nous devons suivre notre goût et notre sentiment, c’est également en philosophie. Quand je suis convaincu d’un principe quelconque, c’est seulement une idée qui me frappe avec une force particulière. Quand je donne à une série d'arguments la préférence sur une autre, je ne fais autre chose que décider d’après mon sentiment touchant la supériorité de leur influence ».'I, 408.