‹ La Critique Et La Religion Chez David HumeChapitre 35 sur 38 · ACTES TR TA ENT SRE RES · texte numérisé non relu

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classe plus respectable que ceux-ci ». III, 146 n. Mais des distinctions de ce genre étaient employées couramment par les pires ennemis du clergé comme moyens d’attaque; de plus, refuser aux prêtres le caractère surnaturel qu’ils déclarent posséder et leur faire attendre leur consécration des lois et du magistrat civil, c’est s’opposer, autant qu’il est possible, à l’esprit sacerdotal qui établit le spirituel en face du temporel, sinon au-dessus. Hume ne réclamait-il pas le remplacement du clergé à vie par un clergé nommé par élection pour un temps déterminé; Hume ne paraît pas avoir estimé beaucoup « le prêtre ». Cependant il entretient d’excellents rapports avec plusieurs ecclésiastiques en qui sans doute il voyait de véritables « clergymen »; mais ces relations privées étaient ignorées de tous, ou à peu près. Les esprits religieux pouvaient donc le tenir pour ennemi et les déistes pour un des leurs, tout au moins pour un excellent auxiliaire.

: Mais Hume lui-même ne se considérait pas comme tel; sa réponse un peu vive à M" Mallet, la femme de lPéditeur de Bolingbroke, le prouve amplement (Burton, Ti, 141 n.). Hume n’est pas un déiste; il est même l’adversaire résolu des déistes; toute sa philosophie est dirigée contre leur rationalisme intempérant; il n’y a pas de religion naturelle dont les dogmes soient rationnels;

Ja première religion n’a pas été l’œuvre de la raison; ! &est le sentiment qui l’a établie dans la société hu- maine. Hume ne se rapproche des déistes que par sa - haine du prêtre, de la « superstition bigote >» et du fa- natisme. L’impatience à l’égard de toute autorité intel- __ lectuelle semble bien en effet avoir été son trait carac- téristique; elle admet pour principe l'amour de la vé- - rité, le désir de la recherche impartiale et indépen- dante: elle n’est pas hostilité passionnée. Hume toutefois use souvent de termes irrespectueux pour désigner les croyances religieuses; il y a là un travers qui ne se justifie pas, mais qui s’explique par l’état d’âme géné- . ral chez les Anglais et Ecossais du début du XVII

siècle; ceux-ci ont subi le joug des puritains fanatiques. de Cromwell; ils ont craint à leur tour une invasion catholique; le catholicisme, c’est l’étranger, l'Espagnol ou le Français; les presbytériens écossais en outre n’ont pas eu le temps d’oublier la Révocation de l’édit de- Nantes.

166. Hume est sceptique; il la déclaré lui-même; ses proches l’ont estimé de cette manière : un excellent ami facile à vivre, enjoué, mais épris de subtilités philosophiques; sa mère aurait déclaré : « Notre David est d’un excellent naturel, mais c’est une intelligence extraordinairement éveillée, passionnée pour les recherches dangereuses ». Burton, I, 294. Mais ce n’est pas. un sceptique complet, un pyrrhonien. Toutefois certains critiques l’ont jugé de cette manière.

C’est l’opinion de Cucheval-Clarigny : « En philosophie, Hume a été et il demeure un critique incompa- rable : il a déblayé le terrain où Reid et Kant ont semé ». Mais il avait une insuffisance spirituelle, « La faculté divine, le pouvoir créateur, l’imagination lui manquait. Ce fut là la source de toutes les erreurs de Hume : il demeure perpétuellement à mi-chemin de la vérité, faute d’être guidé dans ses travaux par cette lumière intérieure qui fait voir au-delà et au-dessus des syllogismes de la logique, et qui n’est pas moins nécessaire au philosophe pour féconder ses recherches qu’au poète pour donner la vie à ses vers ».

C’est à peu de chose près l’opinion de Compayré. Hume a conservé encore quelque religion; c’est un « déiste qui n’a pas eu le temps de devenir un athée », et qui a une extrême propension à l’époque sceptique... « en lui, l'intelligence était toute puissante, la sensibilité n’était pas assez forte pour dominer par ses élans les négations qui s’imposaient à son esprit. Ce n’était. point ce scepticisme actif, dont parle Goethe en pensant à Descartes, qui s’efforce sans relâche: à triompher de lui-même, mais ce n’est pas non plus un scepticisme

entièrement résigné qui s’abandonne à la pente de ses réflexions, renonce sans regret aux croyances salutaires auxquelles il a dit un irrévocable adieu ». 459. Hume r’a pas encore abandonné toute humanité; il s’en remet à la nature pour juger comme pour respirer; « si, au point de vue intellectuel, Hume est un sceptique dangereux et condamnable, moralement c’est un sceptique -estimable et dont les opinions méritent le respect ». 458.

Cependant Hume apporte une solution d’ensemble, discutable, mais positive, au problème philosophique, son conventionalisme, qui s’applique à la connaissance spéculative, à la morale et à la religion. Nous sommes loin, il est vrai, du scepticisme cartésien pour parler comme Goethe, loin de ce dogmatisme déguisé qui exprime l'assurance du géomètre de découvrir une solution; Hume est imbu de science expérimentale; il en connaît les progrès, essaie de les comprendre et d’en préciser les limites.

167. D’autres critiques ont fait au contraire, des réserves sur la sincérité du scepticisme de Hume. Carrau le considérait comme un croyant, un croyant en linti- mité de son âme que son intelligence conduisait au scepticisme; M° Henderson tenait le penseur pour un sceptique résolu, mais « l’homme était peut-être un croyant sincère ». C’est reprendre l’opinion citée plus haut de la mère du philosophe écossais.

M: Lechartier va même jusqu’à soutenir fermement que Hume était un fidèle chrétien; il lui rend grâce d’avoir combattu l’anthropomorphisme grossier pour rétablir dans sa pureté le sentiment du divin, d’avoir tué la lettre pour faire revivre l'esprit; son scepticisme “s’explique par cette timidité naturelle que nous avons - reconnue être un des traits distinctifs de son caractère. Il semble en effet qu’il n’ait jamais pu se soustraire à ‘ ce malaise aigu, à cette inquiétude morale qui force à voiler d’ironie et à dire, comme en se moquant de soimême et pour s’excuser par avance de penser différem-

ment des autres, les choses qui tiennent le plus à cœur. Le scepticisme de Hume est donc surtout apparent et limité aux spéculations de la raison pure; lui même fait la distinction très nette entre les libres jeux de lentendement et la réalité des scènes de la vie : il fait tenir par la Nature ce langage aux hommes « Laissez-vous aller à votre passion pour la science, mais que votre science soit humaine et qu’elle ait un rapport direct avec Paction ?..… Soyez un philosophe mais dans votre philosophie, restez avant tout un homme ». (231-232). Si l’on en juge par cette citation, ce serait bien plutôt un humanisme qu’un christianisme qu’aurait professé Hume. Si pour M. Lechartier il y a identité entre ces deux doctrines, si, pour lui, le christianisme est le véritable humanisme, il pouvait en être tout autrement pour Hume; pour celui-ci au contraire l’humanisme pouvait être un christianisme vrai, tout différent du christianisme rationnel de ses contemporains.

C’est en ce sens que paraît décider M A. Lévi, encore qu’il ne veuille pas prononcer définitivement et qu’il laisse son secret au philosophe écossais. Il insiste sur Pimportance de la déclaration qui termine les Dialogues et se demande si Hume jugeait réellement qu’au fond de la croyance religieuse se trouvait « quelque réalité inaccessible au penseur, une réalité qu’atteint non l’activité intellectuelle de l’âme, mais le sentiment ou l'instinct ». 114. Quelle que fût sa pensée intime,

Hume a eu le mérite de pressentir la forme contempo-

raine du problème philosophique et religieux, le problème de la signification dernière, de la valeur de l’esprit.

168. C’est aussi l'opinion d’un autre critique récent, M' Hendel, qui fait de Hume un « naturaliste », non pas au sens du XVIII: siècle où « naturalisme » et « ma-

térialisme » avaient même signification, mais au sens. . contemporain. Hume estime qu’il est possible de cons-

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