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puis dix ans : demandez-la aux Vieux Gargons qui viennent d'en obtenir un si éclatant. Il est convenu, admis, obligatoire au théâtre, qu’un père qui retrouve son fils, dont il ne s'était jamais soucié jusque-là, qu'un fils qui retrouve son père qu'il n'avait jamais connu, doivent sentir l’un pour l’autre ces grands mouvements de tendresse que pourraient seuls donner une longue habitude du dévouement chez l’un, un long usage de la reconnaissance chez l’autre. Et tel est l'empire de la convention, que si, à ce sentiment faux et à la scène qui s'ensuit invinciblement, vous vous avisiez de substituer le sentiment vrai, vous courriez risque d’être sifflé.
C’est une remarque bien curieuse que le public tient infiniment plus aux conventions qu'il a faites lui-même qu’à la vérité. Voyez les trois fameuses unités du temps jadis. Qu’étaient-elles autre chose qu’une convention passée, on ne sait quand, ni par qui? et pourtant y eut-il jamais règle à laquelle les Français s’attachèrent plus obstinément ?
Que d'efforts pour renverser ce préjugé bizarre! Que d'encre répandue! Que d’yeux pochés! La foule tenait à cette loi, qu’elle s'était faite sans raison, plus qu’à la peinture exacte des caractères ou des passions. Un changement de décors l’irritait plus qu'une situation fausse. La convention ! la convention !
Alexandre Dumas qui la méprise ou plutôt qui n’y prend pas garde, à failli bien souvent payer cher ce dédain. Rappelez-vous cette terrible scène où le fils naturel vient s’expliquer avec cet ignoble père qui l’a abandonné, et poussant à bout la logique de la situation, lui présente un duel entre eux deux comme une conséquence toute simple et presque inévitable. C’était la vérité ; le public tout entier en a frémi d'horreur. — Oh! un fils parler ainsi à son père! Un père se battre avec son fils! Cela est-il soutenable!
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LES SENTIMENTS DE CONVENTION. 203 Mais, malheureux que vous êtes ! ils ne sont plus ni fils ni père : car, encore un coup, ce n'est pas le hasard de la naissance qui fait la paternité. Laissez aux brutes l’instinct aveugle, la voix du sang. Maïs vous, hommes, pensez, sentez, aimez en hommes, Et c’est ainsi que vous aimez partout ailleurs qu’au
théâtre. Regardez autour de vous : où sont-ils, dans la réa-
té, les pères qui se sentent des entrailles paternelles pour des fils qu’on leur pousse dans les bras à l’âge de vingt ans ?
Le monde est plein d’enfants qui sont nés d’un instant de
délire, et qu’on a laissés tomber comme une graine qu’emporte le vent? Allez donc les rapporter, tout grandis, à l’estimable auteur de leurs jours? Il n’en voudra point. Aïnsi le veut la logique des lois sociales, ainsi le montre la vérité des faits, la seule qui devrait avoir, au théâtre, droit de bourgeoisie.
Mais point, c’est la convention qui toujours y a dominé, surtout dans le drame, et celui de M. Édouard Plouvier est - fondé sur une convention de cette espèce.
Un jeune homme à grandi, ignorant le nom de sa mère.
I] apprend tout à coup, à vingt-quatre ans, que c’est Flora, la célèbre courtisane. Quel est le sentiment vrai ? J’ai connu
un garçon plein d'esprit, qui avait le malheur d’être né d’une
mère qu'on n’avoue pas avec plaisir. Il était bon pourelle, il lui rendait les devoirs filiaux dont rien ne dispense ; mais il n’en parlait guère, et nous ne lui en parlions jamais. Il gardait son chagrin pour lui et se contentait de veiller sur sa mère sans en faire étalage. Voilà la vérité.
Voici la convention.
A peine a-t-on révélé à Armand le secret de sa naissance, qu'il crie partout : C’est ma mère! j'aime ma mère! je respecte ma mère ! Un de ses amis d'enfance, Georges, qui ne sait rien encore de cette histoire, se trouve amené à parler
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