DEUXIÈME CONFÉRENCE
VILLEMAIN ET SAINTE-BEuvE
Sommaire : Résumé de la conférence précédente. — Dévemo: sn de la critique après 1829 ; quelques noms secondaires. — Villemain et l’éloquence universitaire. —Sa méthode : la mn où historique. L'influence des milieux et des événements sur la littérature — Les Tableaux de Villemain. Comment il y. a appliqué sa méthode. — Sainte-Beuve va développer et préciser cette méthode. — Caractère de Sainte-Beuve ; ses débuts romantiques. — Tableau de la Poésie au XV Ie siècle ; les poésies de Sainte-Beuve, — Deuxième phase de sa carrière : Port-Royal, et Chateaubriand et son groupe littéraire : beautés, erreurs et perfidies. — La période des Lundis, — Dernières années ; hostilité
religieuse, — Le portrait biographique et sychologique. Effort vers “ l’histoire naturelle des esprits” L'onseur . cette méthode. Les indiscrétions dangereuses. —L'art de lire—Conclusion.
Nous avons vu, dans notre première conférence, que la critique a pris, au début du XIXe siècle, une orientation nouvelle. Elle est sortie des arts poétiques traditionnels, où depuis Aristote elle établissait avec une rigueur un peu exclusive les lois du bon goût et de la beauté littéraire ; elle s’est répandue, avec un désir d'indépendance depuis longtemps réprimé, dans le champ plus vaste, assez indéfini, des institutions sociales ; elle a constaté et essayé de définir les relations nécessaires qu’il y a entre la vie publique d’un peuple et sa littérature. Elle a pressenti, avec Mme
44 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE ———————…———— de Staël, que sous l'influence des mœurs nouvelles qui régnaient en France, et sous l'influence aussi des littératures du Nord dont le génie commençait à pénétrer les littératures classiques du Midi, des œuvres allaient surgir qui renouvelleraient l’art littéraire. Avec Chateaubriand, la critique a indiqué aux auteurs tout le parti qu’ils pourraient tirer du dogme, du culte, et du merveilleux chrétiens, supérieurs à la théologie homérique, et plus conformes aux croyances des peuples modernes : mais surtout, avec l’auteur d’Atala et de kené, la critique et la littérature françaises cherchent dans le spectacle de la nature, dans le sentiment personnel, dans les émois, les bonheurs ou les tristesses de la conscience, les thèmes féconds sur lesquels va broder à loisir l’école romantique.
Ces innovations risquent d'étendre jusqu’à tous les caprices du jugement individuel, les règles de l’art. La critique va pouvoir devenir subjective, comme la
littérature. Elle ne se fondera plus uniquement, comme autrefois, sur des lois impersonnelles, supérieures aux hommes et aux temps ; et si donc elle doit trouver dans les disciplines nouvelles des ressources jusque là inexploitées, elle y trouvera aussi
le danger d’une poétique trop libre, trop variable pour être toujours sûre, le danger de confondre avec le bon goût humain et universel, les impressions trop particularistes de la fantaisie,
Ca
Le dix-neuvième siècle a été incontestablement un siècle de renouveau littéraire, et l’on ne peut nier qu’il a inscrit de grands noms et de grandes œuvres dans
l’histoire des lettres humaines. S'il y a beaucoup
à négliger dans l’immense production de ce siècle, il y a beaucoup à retenir aussi, et certains genres littéraires, jusque là plutôt timides ou insuffisamment pratiqués, vont trouver, soit dans les orientations nouvelles, soit dans les élargissements de l’inspiration, soit dans les progrès de la science, l’occasion de leur nouvel essor. La poésie lyrique va bientôt surgir, toute chaude et capricieuse, du cœur de Lamartine ou de Musset, et de la tête de Victor Hugo ; l’histoire va renouveler ses méthodes au contact des méthodes de la science expérimentale ; et la critique littéraire -: aême, qui ne fut jusqu'au dix-neuvième sic! & un genre très discret, et assez inoccupé, va béné.«:er du travail et dela faveur
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de l’histoire, va se greffer sur l’histoire elle-même et es-
sayer de se hausser jusqu’à la dignité des grandsgenres.
Il y aura bientôt deux groupes principaux de critiques : les romantiques et les antiromantiques ; je ne dis pas les classiques, attendu qu’on ne trouvera plus, même parmi les plus antiromantiques, sauf peut-être Désiré Nisard, de critiques qui songent à reprendre rigoureusement les doctrines rigides, très sûres, trop exclusives d’Aristote et de Boileau.
Mais si les écoles de critique ne furent pas toujours très nettement définies par leurs doctrines, il y eut cependant des critiques qui représentèrent avec autorité certaines méthodes : nous nous attacherons surtout à leurs noms et à leurs œuvres.
C’est surtout à partir de 1830 qu’il y eut en France multiplication des critiques littéraires. Non seulement les critiques de profession, mais les auteurs eux-mêmes dans leurs préfaces ou leurs manifestes, s'érigèrent en professeurs de doctrines littéraires. Nous devrons en négliger plusieurs. Mais avant de vous parler ce soir de Villemain et de Sainte-Beuve, les deux plus grands noms que l’on rencontre d’abord, je ne puis pas ne pas mentionner d’autres écrivains qui ont essayé de renouveler la législation littéraire.
Il faut bien, par exemple, rappeler ici Stendhal,
) qui, en 1822, publia un petit volume Racine et Shakespeare qui fut l’un des premiers et des plus importants manifestes du romantisme, (C’est lui qui a
défini le romantisme, ou, comme il s'exprime, le ‘“romanticisme *” : “l’art de présenter aux peuples des œuvres littéraires qui, dans l’état actuel de leurs habitudes et de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus grand plaisir possible ”. Définition très élastique, qui définit le moins possible, et qui caractérise, d’ailleurs, assez bien la poétique
confuse de l’école. Avec une telle règle, les auteurs cherchent à satisfaire surtout les passions actuelles des contemporains, et font des œuvres qui, agréables et romantiques aujourd’hui, sont en péril de ne l’être plus demain.
Il faut aussi nommer Victor Hugo, qui publia, en 1827, la Préface de Cromwell, préface qui fut le manifeste officiel et retentissont de l’école romantique. Elle résume toutes les théories négatives, si l’on peut dire, de l’école, et les quelques idées positives qui vont régler le théâtre lyrique du romantisme. Abolition des unités dramatiques, proscription de la mythologie classique, recherche des sujets natio-
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naux, fusion du comique et du tragique dans un même drame : toutes règles principales que Victor Hugo a reçues des premiers théoriciens du romantisme, et qu’il a eu l’art de reprendre et d’envelopper dans une prose brillante et grandiloquente.
En 1825, Népomucène Lemercier, le premier en date des auteurs dramatiques qui aient fait du romantisme,—sans le savoir, —et qui fut un critique antiromantique, publia un petit traité : Remarques sur les bonnes et mauvaises innovations, qu’un autre critique résumait en une ligne : ‘“ Les bonnes innovations sont celles que j’ai faites ; et les mauvaises, celles que les autres voudraient faire. ”
Les revues et les journaux servirent admirablement, on l’imagine, les intérêts des écoles de critique. On en fonda exprès pour cela : la Muse française, par exemple, qui fut fondée en juillet 1823, exalta les poètes romantiques, et prit pour devise significative : Jam nova progenies cælo demittitur alto. On compte, parmi les grands journaux qui s’ouvrirent à la critique, le Globe, fondé à Paris en 1824, qui fut surtout romantique, et où écrivit d’abord Sainte- Beuve; le Constitutionnel, qui fut classique, qui s’emporta contre les excès du romantisme, et qui fut
VILLEMAIN ET SAINTE-REUVE 49 Rd même injurieux, et qui publia cette définition : “ le romantisme n’est point un ridicule ; c’est une maladie comme le somnambulisme et l’épilepsie ”. Enfin le Journal des Débats qui fut classique modéré, et la Revue des Deux Mondes, qui fut à tendances ro- mantiques d’abord, mais où, à partir de 1833, dominent les antiromantiques.
Ce fut dans ces journaux et revues qu’écrivirent les principaux critiques du temps : Charles Magnin, qui collabora au Globe, défendit Victor Hugo dans la “bataille d’Hernani ”, et publia une étude inachevée sur les Origines du théâtre en Europe ; Jules Janin, qui entra au Journal des Débats vers 1830, comme critique dramatique, se contentant d’y analyser ses sensations d’artiste, et qui fut donc, à cette époque, une sorte de Jules Lemaître, avant la lettre, un impressionniste.
Mais voici, avant tous ces noms, et au-dessus d’eux, un critique, un professeur, un orateur que tous
les critiques contemporains ont vivement admiré,
qu’ils ont applaudi, qu'ils ont acclamé comme leur maître : c’est Abel-François Villemain.
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Villemain fut de bonne heure salué comme une gloire de la critique française. Né en 1790, il était couronné par l’Académie en 1812, et déjà célèbre, à 22 ans, pour un Éloge de Montaigne. Quatre ans après, en 1816, il devenait professeur d’éloquence française à la Sorbonne. En 1821, il était élu à l’Académie. Sous Louis-Philippe, en 1832, il entra à la Chambre des Pairs, et fut deux fois ministre de l’Instruction »ublique, de 1839 à 1840, et de 1840 à 1844.
Villemain apparut dans sa chaire de la Sorbonne à une époque où allait éclater dans la conférence universitaire le verbe sonore de l’éloquence romantique. * Vous vous souvenez des leçons de philosophie de Victor Cousin, qui, à la même époque, attirait en Sorbonne tout le Paris intellectuel, tous ceux et toutes celles qui aimaient à entendre le professeur éclectique exposer une belle pensée dans une phrase chaude et harmonieuse ; vous vous souvenez des cours de Guizot, où l’histoire se mêlait de politique, où l’histoire et la politique parlaient une langue vivante, abstraite sans doute, quelquefois, comme l’esprit de Guizot, mais aussi animée de toutes les passions de la vie contemporaine. Ce fut la belle époque de l’éloquence universitaire, des magnifiques généralisa-
VILLEMAIN ET SAINTE-BEUVE 51 tions littéraires, historiques, philosophiques, généralisations dont on s’est un peu moqué, mais qui attestent quand même une puissance d’esprit et d’expression que n’eurent pas toujours ceux-là — les esprits plus arides — qui en histoire littéraire, ou en histoire tout court, s’enfermèrent plus tard dans une patiente et sèche érudition. Les idées générales ne sont-elles pas, d’ailleurs, les plus nécessaires à la vie de l'esprit, et les seules qui offrent un intérêt permanent ?
De tous les orateurs de l’enseignement, Villemain fut le plus admiré, le plus suivi, le plus appliqué à faire de belles périodes. On a même dit de lui ce’ mot très méchant : “ faire une phrase et chercher ensuite ce qu’on mettra dedans.” Il avait le don de transformer sa pensée en mouvement : “ il faisait sentir l’éloquence jusque dans sa conversation”, disait Salvandy. Ses cours sont des harangues académiques, où l’on retrouve encore un peu de la flamme très chaude qui passait sur les lèvres du professeur. Et le professeur qui s’attachait ainsi son auditoire, trouva dans sa méthode de travail le moyen puissant de
l'intéresser comme aussi celui de renouveler les sujets
d’études qu’il apportait à la tribune.
— Cette méthode fut celle-là même qu'avait indiquée Mme de Staël, et qui consiste à établir entre la littérature et les institutions au milieu desquelles elle s’est développée, des rapports immédiats qui l’expliquent. Pendant que Victor Cousin, dans son Zntroduction à l’étude de la philosophie, lait lui-même la philosophie à toutes les autres parties de l’histoire ; pendant que Guizot rattachait, lui aussi, à toutes les parties de la civilisation, l’étude des faits historiques, et montrait l’excellence de la méthode dans ses leçons sur l'Histoire de la civilisation en France, Villemain élargissait à son tour le champ où il travaillait, brisait les limites étroites de la critique traditionnelle et
classique, et, au lieu de confronter seulement les
œuvres avec les règles, il les confrontait avec les événements de l’histoire générale dont elles faisaient partie. Il inaugurait ce que l’on est convenu d’appeler la critique historique.
Il est certain que les écrivains ne peuvent pas échapper à l'influence des temps où ils vivent, que leurs œuvres doivent porter elles-mêmes quelque empreinte de cette influence, et que, abstraction faite de leur valeur d’art, elles n’eurent peut-être de succès que dans la mesure de leur conformité avec le goût
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ou les préoccupations des contemporains. Et ce sera donc une étude intéressante, et un moyen de comprendre les œuvres et d’en mieux apprécier les valeurs relative et absolue, que de rechercher les relations qu’elles soutiennent avec les événements d’où elles ont surgi. Il y eut tel genre littéraire, comme l’éloquence, par exemple, qui fut sans cesse déterminé et en quelque sorte conditionné par l’histoire politique et sociale des peuples.
Et, à ce propos, voici comment s’exprimait Villemain lui-même dans sa leçon d’ouverture du cours d’éloquence française, en 1822.
Mais l’éloquence, qui domine quelquefois si puissamment les États, est soumise à l'influence des gouvernements ; et on pourrait, en suivant ses vicissitudes, retrouver toute l’histoire morale et politique des peuples. Sous le despotisme, il n’y a pas de place pour l’éloquence, non plus que pour la gloire. Les révolutions deviennent son théâtre et son écueil : elle y brille, pour mourir frappée par le glaive ; et les têtes des orateurs sont attachées à la tribune sanglante. Elle s’affaiblit et s'énerve dans la paix des monarchies heureuses, qui redoutent l'agitation de peur du changement. Les républiques mêmes, que l’on croit le domaine de l’éloquence, ne sont pas toujours faites pourelle. L'élo-
uence ne s’élèvera pas dans ces démocraties économes et mo-
estes, où la liberté n’est pas un effort d’héroïsme, une conquête de l'enthousiasme, mais un avantage du sol, et, pour ainsi dire, un prést de la À ro : la Suisse n’a jamais eu d’orateurs. L'éloquence ne s’élèvera pas dans ces républiques factieuses, où les citoyens aiment encore plus la vengeance que la liberté, où la force décide incessamment, et signale ses victoires successives par l’exil et par la mort : Florence n’a jamais eu d’orateurs...
’éloquence n’osera pas naître dans ces aristocraties ombrageuses, où l’activité du despotisme est rendue plus terrible par le nombre de ceux qui l’exercent, où des PR. tyranniques
redoutent d'autant plus la liberté, qu’ils lui doivent leur puissance et règnent en son nom : à V on ne parlait pas. !
Il y a de l’éloquence véritable dans cette page du professeur. Dans toute la lecon, d’ailleurs, l’on voit bien la manière oratoire de Villemain, comme il recherche les rapprochements ingénieux, les souvenirs classiques et les périodes à effet. Il signale, par exemple, au seizième siècle français, parmi les premiers monuments de l’éloquence écrite, ce curieux discours de La Boëtie, l’ami de Montaigne, mort prématurément à 33 ans, discours que l’auteur écrivit contre la tyrannie, et qui ne fut peut-être qu’une dissertation d’écolier ; le professeur ajoute d’une voix émue :
‘“N’éprouverez-vous pas quelque intérêt, Messieurs, à voir figurer parmi les premiers modèles de
l’éloquence française ce La Boëtie, dont les regrets de Montaigne donnent une idée si touchante et si haute ? Le Traité de la servitude volontaire, qu’il écrivit à vingt ans, étincelle de pensées fortes, d'images har-
dies, et semble un m .nuscrit antique trouvé dans les rüines de Rome sous la statue brisée du plus jeune
des Gracques.
1. Discours et Mélanges littéraires, pp. 199-200. 2. Discours et Mélanges littéraires, pp. 198-190.
Les orateurs sont donc tributaires de leur temps, et des institutions au milieu desquelles s’érigent leurs tribunes ; il en est de même de tous les remueurs d’idées, de tous les écrivains. Et l’art de la critique historique consistera justement à replacer l’auteur dans l’atmosphère où il a vécu, à tenir compte, pour le juger, de son public autant que de lui-même, et aussi de toutes les circonstances qui ont inspiré sa
pensée ou peut-être déterminé la manière de son style.
Pour illustrer cette méthode, pour en montrer la fécondité heureuse, Villemain composa d’ebord le vaste tableau de la littérature française au dix-huitième siècle. Le sujet se prêtait à merveille — trop peut-être — à l’application de la méthode. Aucune littérature n’a été plus que celle du dix-huitième siècle “* l’expression de la société ”. C’est justement ce qui caractérise cette littérature, d’avoir été avant tout sociale : sociale pour ce qu'elle contient de théories qui ont rapport à l’organisation des États, et sociale pour ce qu’elle reflète les agitations intellectuelles, les mœurs inquiètes du temps, et aussi les rêves chimériques et les entreprises hardies de la
56 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE pensée contemporaine. Le tableau d’une telle littérature permettait à Villemain de faire de belles incursions dans l’histoire de l’époque, et de construire de beaux développements oratoires sur les influences réciproques de la société et des lettres. Villemain va même plus loin : et il aperçoit, et il décrit les actions et les réactions des sociétés ou des peuples les uns sur les autres. Dans ce tableau de la littérature française au dix-huitième siècle, il donne une large place à la littérature anglaise. L'on n’a pas assez remarqué, dit-il, au commencement du dix-neuvième siècle, l'influence de la littérature française du dixhuitième siècle à l’étranger. ‘“ Dans la gloire de l'empire, on semblait oublier que le règne de nos idées avait précédé celui de nos armes; on eût craint, pour ainsi dire, que l’un fît tort à l’autre.” Pour réparer cet oubli, Villemain a dû “ signaler le contre-coup de l’action du génie français au dehors, dans plusieurs produ. :‘ons célèbres d’Angleterre et d'Italie.” “Il m’a fallu montrer, dit-il, les idées de la France agissant sur les institutions des autres États, avant de se réaliser dans les nôtres, et le génie spéculatif de nos écrivains agrandissant l’élo-
quence politique des peuples libres, avant qu’il y eût
parmi nous une assemblée nationale.” : Les littératures italiennes et anglaises seront donc souvent l’objet des leçons du professeur ; l’éloquence anglaise du dix-huitième siècle, celle de Chatam, de Fox, Burke, Pitt, Sheridan, tronvera accidentellement en Villemain son plus brillant historien.
Après le tableau de la littérature française au dix-huitième siècle, qui est regardé comme son œuvre principale, M. Villemain esquisse, avec les mêmes procédés de critique historique, celui de la littérature française au moyen âge, et, plus tard, celui de l’Éloquence chrétienne au IVe siècle. Pour traiter de si vastes sujets, pour organiser de si harmonieux ensembles, le professeur avait une science des littératures anciennes et modernes, que n’avaient pas les critiques classiques. On sai: comme Boileau était dépourvu du sens historique, et de la science des littératures. Grâce à ses abondantes informations sur les écrivains anglais, italiens, espagnols, sans compter les classiques grecs et latins, Villemain pouvait rapprocher les œuvres les unes des autres, les expliquer souvent les unes par les autres, utiliser cette méthode comparative si féconde, que Mme de