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Hist, de la Litt. fr, I

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suader, c’est-à-dire d’enseigner, de démontrer, de faire paraître la vérité? Tout le dix-septième siè-

cle va se faire éloquent : et depuis Balzac, et de-

puis Corneille, et depuis Molière lui-même, — lisez

le Misanthrope — jusqu’à Bossuet en qui s’incarne la majesté du discours, l’on verra la prose ou la poésie française se draper dans la période large, somptueuse, mais sobre encore et équilibrée, où le pensée se déploie, s’anime, s’ajuste, se balance, se fortifie, d’où elle jaillit lumineuse et s'envole vers le lecteur

pour l’instruire, le séduire et le conquérir.

Tel fut l’art classique, et tout ce par quoi fut retenu le bon goût de Désiré Nisard. Comment, avec cette pensée maîtresse, a-t-il construit son œuvre de critique ? Il a consacré au dix-septième siècle deux volumss sur quatre de l’Histoire de la Littérature française. On peut croire qu’il y a disproportion des parties, mais cette disproportion est un effet de logique. Nisard néglige, ou il exécute rapidement, les auteurs qui n’ayant pas représenté avec assez de

force l’esprit français, n’ont donné à l’histoire qu’une

fut ent, œuècle ture ion ; de ent, , de

une

NISARD, SAINT-MARC GIRARDIN, etc. 07 ENS ee œuvre secondaire. Il concentre la lumière sur les œuvres principales.

D'autre part, il faut reconnaître que Nisard a écrit sur l’art classique des Pages qui comptent parmi les meilleures de la critique moderne. Il a fait magistralement ce que Faguet appelait “ l'Histoire de la grandeur et de la décadence des lettres françaises.”

On lui reprocha, avec raison parfois, d’avoir été trop sévère pour certains auteurs, pour s génies

hasardeux, — tel Fénelon — qui manquèrent de cot équilibre qui est la bonn- santé de l'esprit français. Au surplus, ce classique ardent est parfois trop exclusif ; il tient la liberté Pour trop suspecte, et il s’applique avec excès à limiter les formes et les moyens de l’art littéraire. Parce que c’est la raison qui est l’ouvrière la plus puissante de la littérature, et que c’est elle qui a procuré le triomphe incomparable du classicisme français, il néglige trop la valeur esthé-

tique et certaine de l'imagination et du sentiment, les

ressources précieuses qu’ils peuvent offrir à l’écri-

vain, les nouveautés utiles dont ils ont enrichi la littérature moderne. Seulement, l’œuvre de Nisard, en aépit de ses défauts et de ses excès, fut une œuvre

°pportune à une époque où il était bon de rappeler

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aux romantiques que la littérature trop personnelle est périlleuse, pleine de faiblesses, toute pleine aussi de choses, sentiments ou fantaisies, qu’emportera avec elle l’heure de vogue qui les fit applaudir. Seuls subsistent, restent au compte permanent dé la littérature, les ouvrages où s’est fixée une part inaltérable du beau et du vrai universels.

Et Nisard pourra écrire avec assurance dans la préface de la deuxième édition de son ouvrage, et pour se défendre des attaques dont il fut l’objet : “ Je ne crois pas avoir fait tort à la littérature de mon

pays en l’admirant comme l’héritière des deux litté-

ratures universelles, et en lui reconnaissant pour

titre d’hoirie, la supéricrité de la raison.”

N'est-ce pas encore cette supériorité de la raison classique qu’un autre critique de ce temps, Saint- Marc Girardin essaiera de montrer dans son Cours de littérature dramatiquef Saint-Marc Girardin avait commencé vers 1820, dans le Journal des Débats, sa

lutte contre le romantisme. Il excella à y prouver

NISARD, SAINT-MARC GIRARDIN, etc. 99 ES este Lu D 0 aux romantiques que leurs doctrines, libres jusqu’à la licence et à l’anarchie, n'étaient pas un guide suffisamment sûr de l’art français, et qu’au surplus, — et c’est sans doute Pourquoi leur art poétique est surtout négatif — ils ne savaient pas très bien ce qu’ils voulaient.

Nommé professeur de poésie française en Sorbonne, il y fut, de 1833 à 1863, l’un des maîtres les plus goûtés et les plus admirés. Il ne portait dans ses leçons ni l’éloquence de Villemain, ni celle de Victor Cousin ; Mais, en revanche, il y mettait beau-

coup d’esprit, et son cours prenait volontiers l'allure

d’une causerie familière et spirituelle. “Il avait tant d’esprit, écrivait M. Faguet, qu’il persuadait ses auditeurs qu’ils en avaient aussi. ”

Quel fut l'emploi de cet esprit, l’objet principal de ses leçons ? Saint-Marc Girardin étudia le théâtre des différentes littératures anciennes et modernes, en se plaçant au point de vue spécial de “ l’usage des passions dans le drame”. “ Jai cherché, écritil dans l’Avertissement qui précède les cinq volumes du Cours de littérature dramatique, j'ai cherché dans ces leçons à montrer comment les anciens auteurs, et surtout ceux du dix-septième siècle, exprimaient

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les sentiments et les passions les plus naturels au cœur de l’homme, la tendresse paternelle et maternelle, l’amour, la jalousie, l’honneur ; et comment ces sentiments et ces passions sont exprimés de nos jours. ”

Ce sujet est l’un des plus vastes qui soit. L’histoire du sentiment, c’est l’histoire de l’humanité.

Le professeur le savait bien : ‘“ Quoique les senti-

ments du cœur humain ne changent pas, dit-il au début de sa deuxième leçon, cependant ils ressentent aussi l’effet des révolutions religieuses et politiques qui se font dans le monde. Ils gardent leur nature, mais ils changent d’expression ; et c’est en étudiant ces changements d’expression que la critique littéraire fait, sans le vouloir, l’histoire du monde.”

Et Saint-Marc Girardin ne se défend pas, en faisant estte histoire du monde et de ses passions dramatiques, de faire aussi un cours de bonne morale. “ J'ai aimé à montrer, autant que je l’ai pu, l’union qui existe entre le bon goût et la bonne morale. Je n’ai certes pas dû manquer à ce devoir, qui est la plus noble partie des fonctions du professorat.” :

Et le cours de morale de Saint-Marc Girardin consiste donc à étudier au théâtre chacune des grandes

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