‹ La critique littéraire au dix-neuvième siècle [microforme]Chapitre 16 sur 68 · Cours, I, Avertissement · texte numérisé non relu

Cours, I, Avertissement

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passions humaines, depuis l’antiquité jusqu’à l’époque romantique, pour montrer que c’est le christiaaisme qui à fait rendre à ces Passions humaines leur maximum de vertu, qu’il a marqué le point culminant de la morale, et qu’il faudrait craindre, si le thristianisme devait disparaître, que tout ce progrès décisif fût compromis.

Mais le dessein de Saint-Marc Girardin est plus encore celui d’un critique littéraire que celui d’un moraliste. Et son Cours se transforme dès la deuxième leçon en une démonstration qui va tourner contre le romantisme. Le procédé est celui-ci. Le professeur évoque les grandes passions du théâtre classique, du théâtre le plus humain qui fût, pour en montrer la haute tenue psychologique et dramatique, et pour accabler de tout le poids de cette gloire les drames de Victor Hugo et du premier Alexandre Dumas. Les anciens, les Grecs, et ces autres anciens plus rapprochés de nous qui furent les classiques du dix-septième siècle, Corneille et Racine, par exemple, surent, mieux que les romantiques, peindre les passions, et montrer en elles ce qu’il y a d’éternellement, mais aussi de supérieurement humain.

Saint-Marc Girardin donne comme premier exem-

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ple, les façons très différentes dont les théâtres ancien et moderne ont exprimé ce sentiment, qui est en nous le premier et le plus profond, et le plus irrésistible : l’emour de la vie. Il examine comment on meurt sur L. scène classique ou romantique pour voir comment et par quels sentiments on y est attaché à la vie. Apprendre aux hommes à mourir, en ne faisant dire aux héros qui meurent, que les regrets de la vie qui sont dignes de l’homme, voilà ce qui doit préoccuper le poète dramatique ; et puisque c’est l’amour de la vie qui se traduit dans les plaintes de l’Iphigénie d’Euripide et de la Catarina de Victor Hugo, il est aisé de voir par ces exemples qu’Euripide, et surtout Racine, qui plus tard a refait Iphigénie, savaient mieux que M. Victor Hugo le fond immuable et très noble de la nature humaine.

Les classiques savaient mieux mourir et donc mieux apprécier la vie que les romantiqur-. Iphigénie, sans doute, regrette d’être sacrifiée, pour le salut desa patrie, par son père Agamemnon. Hélas ! ce n’est q" ’au prix de sa mort que des vents propices pousseront vers Troie la flotte des Achéens. Elle ne fait pas bon marché de sa jeunesse et de ses espérances ; elle pleure, . mais aussi elle se résigne. ‘“ C’est là, dit

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UN Saint-Marc Girardin, le triomphe de l’art grec : il excite la pitié, mais il ne l’épuise pas ; il mêle, dans le langage de ses victimes, la plainte et la résignation. afin qu’elles inspirent à la fois l’attendrissement et le respect, et que ces deux sentiments se tempèrent l’un par l’autre dans l’âme du spectateur. L'art grec cherche toujours à maintenir un juste équilibre entre ces deux émotions.” 1

Vous souvenez-vous de ces plaintes d’Iphigénie, qui ont je ne sais quoi de calme, de naïf et de gracieux, où passe le doux regret d’une jeunesse qui va mourir ?

‘ Mon père... laissez-moi, comme une suppliante, prosterner à vos genoux ce corps destiné à un si prompt trépas, et que ma mère a enfanté avec douleur. Ne veuillez Pas que je meure avant le temps : la lumière est si douce à voir! Ne mefaites pas descendre aux ténèbres souterraines. C’est moi qui la première fois vous ai appelé père ; c’est moi qui, placée sur vos genoux, recevais et vous rendais vos caresses...” Puis Iphigénie évoque d’autres souvenirs et les espoirs de son enfance, sur un mode à la fois mélancolique et ferme, et elle termine par ce motif bien grec, par ce retour vers la lumière, si belle

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