Cours, I
108 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE Son influence fut grande sur le public universitaire, sur tous ceux qui recherchaient ses spirituelles leçons. Il paraît aujourd’hui un peu oublié. M. Faguet a donné de cette diminution de sa gloire une raison décisive. ‘“ Il a perdu beaucoup à mourir, comme tous les hommes, à ce qu’on croit ; et comme
tous les hommes d'esprit, à coup sûr.”
Non moins que Saint-Marc Girardin, Armand de Pontmartin eut, lui aussi, malgré tout son esprit aristocratique, le tort de mourir. Il est vrai qu'il ne se pressa pas d’en finir, puisqu'il n’y consentit qu’à quatre-vingts ans, étant né en 1811, et n’étant mort qu’en 1890.
Il faut pourtant ici rappeler son nom ; etil faudrait
l’évoquer avec celui de Sainte-Beuve, pour ce qu'il
représente, lui aussi, mais avec beaucoup plus de discrétion et d’honnêteté, la critique biographique et psychologique. Les Samedis de Pontmartin font tout de suite penser aux Lundis de Sainte-Beuve.
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NISARD, SAINT-MARC GIRARDIN, etc. 109 rm ne ns Et comme il y eut des Nouveaux Lundis, il y ent aussi des Nouveaux Samedis. Ceux-ci, parus chique semaine dans la Gazette de France, se multiplièrent en vingt volumes et sont des causeries élégantes, fines, anecdotiques, qui furent extrêémement goûtées, Ils avaient été précédés de Causeries littéraires (3 vol.), des premiers Samedis (3 vols) et des Semaines littéraires (3 vols). Il furent suivis des Jeudis de Mme Charbonneau (1 vol,), parus en 1862, qui contiennent une galerie de vivants Portraits, et aussi des neuf volumes de Souvenirs d'un vieux crilique, parus de 1884 à 1888.
C’est donc une œuvre considérable qu’a laissée Pontmartin, et où l'on voit passer en mouvement rapide, avec leurs gestes personnels et leurs attitudes variables, tous les Personnages de la vie littéraire contemporaine. L'auteur, issu d’une vieille famille noble d’Avignon, était royaliste et catholique. Il porta, sans forfaire, dans ses études de littérature, d'histoire et d’art, cette double conviction politique et religieuse. Et il fut donc, à une époque, vers la fin du régime de Juillet, sous le second empire et la troisième république, à une époque où la littérature universitaire et officielle s'était éloignée des premières
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inspirations religieuses du romantisme, pour se faire hostile à la foi et souvent à la morale catholique, ilfut tout. simplement un réactionnaire. Il en faut, au moment où les grandes puissances dérivent vers l'indifférence, le scepticisme ou vers le mal. L'idéal chrétien ne perd jamais ses drcits à la représentation nationale. Sans doute, les représentants d’un idéal supérieur sont plutôt mal vus et bousculés par ceux qui conduisent à d’autres objets la foule passionnée et ardente ; mais ils ont du moins le mérite grand d’avoir tenu haut, au-dessus des souffles mauvais, le flambeau qui ne doit pas s’éteindre.
Or, la littérature romantique ayant quitté le pays des rêves et des métaphores pour se faire réaliste avec Balzac, c’est-à-dire curivuse de vie réelle, appliquée à en faire voir tous les aspects, même ceux qui n’ont rien à faire avec le beau et le bien ; puis cette littérature, qui avait peu à peu émoussé la pudeur de l’imagination et de l’esprit, s'était enhardie de toutes les complicités du lecteur avide de gros
plaisirs, et s'étant faite naturaliste avec Émile Zola,
pour en prendre plus à son aise avec la nature, et pour promener sur toutes les plaies, sur toutes les maladies
morales de l’espice humaine son appareil photogra-
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