Les Deux Masques, Ii
120 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
mais sa conversation réelle rampait terre à terre. Il farcissait ses propos de trivialités et de quobilets... Sa parole sentait les odeurs de l’échoppe et du carrefour. Tout le jour il courrait les marchés, les boutiques des barbiers, les maisons des coutisanes, les gymnases, sans autre but que de controverser et de discourir ... On le voyait, embusqué sous les portiques, comme un voleur d’âmes, arrêter les jeunes gens, les prêtres, les stratèges, les juges, au passage, pour les mettre à la torture de s& dialectique #t leur arracher l’aveu de leur ineptie. Cette dialectique, masquée d’une fausse bonhomie et d’hypocrite envie de s’instruire, ressemblait étrangement à la sophistique,et Aristophane pouvait s’y méprendre. :
Laissez-moi vous dire, avant de terminer, que Paul de Saint-Victor, avec ce style en reflet et en relief, qui est le sien, représente ce qu’on pourrait appeler la critique plastique, ou la critique parnassienne, ‘ Île qui s’inspire des formes d’art qu'ont ciselées pour la poésie nouvelle, et à l’imitation de Théophile Gautier, les poètes du Parnasse contemporain. On sait que ce fut le sort de la poésie lyrique, après avoir flotté dans les rêves imprécis de Lamartine, de se transformer vers 1850. en une strophe solide, éclatante et ferme comme le marbre, et sur laquelle jouent et flamboient tous les rayons du prisme.