Les Deux Masques, II
NISARD, SAINT-MARC GIRARDIN, etc. 121 nn = =
Ce que Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Heredia, ont fait pour la poésie, Paul de Saint-Victor voulut le faire pour la prose. Mais il ajouta au marbre, au métal et à la couleur, et pour animer la phrase qui risquerait de s’immobiliser dans la sculpture, il ajouta le grand souffle de l’éloquence. Paul de Saint-Victor fut l’un des plus éloquents des critiques du siècle dernier. Ses paragraphes sont tour à tour des bas-reliefs ou des odes. Il entraine dans le mouvement de son imagination et de sa période. Et il excelle alors, non pas toujours à rendre un compte exact des ouvrages qu'il analyse avec crop d'enthousiasme ou de passion, mais toujours à les faire admirer et à les faire lire.
C’est donc par un panégyriste fervent d'Athènes et de ses grands poètes que nc :s terminons cette conférence. Paul de Saint-Victor se rencontre avec Nisard dans le culte de l'antiquité grecque. Tous deux, avec Saint-Marc Girardin, d’ailleurs, et aussi Pontmartin, nous persuadent encore que les littératures modernes, quoi qu’elles fassent, et de quelques nouveautés utiles qu’elles se puissent orner, ont besoin de se retourner toujours, comme vers leurs mères, vers ces littératures anciennes où le
122 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
génie de l’homme s’est pour jamais exprimé en œuvres impérissables. Et il faut louer les plus grands critiques du siècle dernier, de ce qu’ayant su reconnaître, pour la plupart, les mérites réels de la littérature nouvelle, ils ont cependant, et sans cesse replacé sous le regard inquiet des contemporains, les grandes images et les grandes lumières de la beauté classique,
14 janvier 1918.