Lecigne, DulDilettantisme à l'action, I
128 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
calomnie. Rien après tout n’est plus logique, rien même n’est plus scientifique. L'acte de foi tel que tu viens de me l’exposer, c’est un acte de bon sens. Je voudrais croire. ” : — Mais le jeune philosophe, que ses commerces intellectuels ont conduit hors de la foi, et qui a perdu cette grâce précieuse, ne peut à son gré la retrouver. D'ailleurs, cet esprit, l’un des plus grands qu’ait produits le siècle dernier, est
infatué de lui-même. Il veut être la mesure de tout.
Et il en vient à rejeter toujours ces choses de la foi, trop grandes pour être mesurées et limitées par lui.
L'Université elle-même trouvera trop indépendante la pensée de Taine. En une seule année, en 1851, au sortir de l’École Normale, Taine sera professeur de philosophie à Nevers, puis de rhétorique à Poitiers. Ses doctrines parurent bien suspectes à l’éclectisme de Victor Cousin ; et l’année suivante, on envoya le professeur disgracié faire la sixième à Besançon. Taine se déroba, sortit des cadres universitaires, et vint à Paris donner des leçons pour vivre, et pour se livrer à des travaux personnels. Désormais toute l’histoire de sa vie ne sera plus autre
chose que l’histoire de ses livres et de son esprit.