FRERES
156 LA CRITIQUÉ LITTÉRAIRE AU XIXe SIÈCLE
naturalisme se discréditait, en effet, par ses propres extravagances, et il n’avait plus guère de succès dans le monde littéraire. “ Nulle conscience et nulle observation, écrit Brunetière ; nulle vérité, nulle exactitude ; tous les effets faciles et violents, tous ceux du vaudeville et ceux du mélodrame ; des scènes inouïes de brutalité, toutes les plaisanteries qui passent à Grenelle ou du côté de Clignancourt pour des formes de l’esprit ; des images de débauches, des odeurs de sang et de musc mêlées à celles du vin ou du fumicr, voilà la Terre, et voilà, va-t-on dire, le dernier mot du naturalisme. ”
Au naturalisme expérimental de Zola et des romanciers de son école, Brunetière oppose le natura-
lisme traditionnel de l’art français, et qui est le naturalisme classique. Les classiques aussi, en effet, furent des naturalistes, mais au sens vrai et esthétique de ce mot. Imiter la nature, tel fut le précepte essentiel et d’Aristote, et d’Horace : uf pictura peosis, et de Boileau ; et telle fut la préoccupation des grands écrivains d’Athènes, de Reme, ou de la France du
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naffet, hétiepte sis, nds du
: TAINE ET BRUNETIÈRE 157 em me me ee dix-septième siècle. Mais cette imitation n’est pas chez eux, elle ne doit être jamais une photographie de toute la nature ; elle exclut toute servilité, et elle ne reproduit de ce qui est en nous ou hors de nous que ce qui est beau, et digne d’être offert à l’admiration des hommes.
C’est dans un article magistral sur l’Esthétique de Boileau, qui fait partie de la sixième série des Études critiques, que Brunetière a exposé avec ampleur et avec force toute la doctrine du naturalisme classique. Il y insiste sur ce point que le naturalisme littéraire doit être moral, et ne peindre de la vie humaine que les aspects les meilleurs, et que s’il arrive qu’il faille montrer dans le livre ou au théâtre les victimes des passions inférieures, il faut le faire par des procédés honnêtes, par des mots de bonne compagnie, et en des états qui soient encore dignes de l’homme : “jusque dans le désordre de la Passion, nous conserverons aux victimes de l’amour ou de l’ambition, ce caractère d'humanité, faute duquel ce ne serait plus à la littérature, mais à la médecine qu’elles appartiendraient. ” 1