‹ La critique littéraire au dix-neuvième siècle [microforme]Chapitre 8 sur 68 · ler partie, ch. X · texte numérisé non relu

ler partie, ch. X

32 LA CRITIQUE LITTÉRAIRE AU xIxe SIÈCLE moderne, l'écrivain est plus libre, l'esprit est moins prévenu et moins ligoté par les conventions classiques. Il s’exalte dans la solitude, et donne à ses pensées une forme plus personnelle.

Ce n’est pas, au surplus, dans les artifices des règles que se trouve la vraie poésie. La vraie poésie est au fond de l’âme et non dans les conventions s0ciales ou littéraires. La vraie poésie, c’est la lyrique, celle qui jaillit de la conscience : et les Allemands etles gens du Nord y excellent. Les Français, eux, réussissent mieux dans les genres qui se proposent limitation des mœurs de la société, ou que seuls À peuvent goûter ceux qui ont l'intelligence exercée par l'esprit de société : la poésie dramatique, la poésie descriptive et didactique, la poésie légère, souriante ou railleuse.

La différence entre les deux littératures allemande

et française vient donc de causes accidentelles et so- |

ciales, mais aussi de causes qui tiennent aux “ sources primitives de l’imagination et de la pensée ”. Et une telle démonstration que fait Mme de Staël comporte une leçon. Les Français doivent prendre à l'étranger ce qui manque à leur littérature pour la renouveler ; ils doivent aussi chercher en eux-

MADAME DE STAËL ET CHATEAUBRIAND 33 MR I mêmes, plus que dans la tr-dition classique, la source des grandes inspiratior.:.

“ Toutes les fois qu: de nos jours, on a pu faire entrer dans la régularité française un peu de sève étrangère, les Français y ont applaudi avec transport. Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint- Pierre, Chateaubriand, dans quelques-uns de leurs ouvrages, sont tous, à leur insu, de l’école germanique, c’est-à-dire qu’ils ne puisent leur talent que dans le fond de leur âme.: ”

Et l’on voit par cette citation toute l’importance que l’on attachera désormais au retour vers les sources intérieures de la poésie, vers le sentiment personnel. Outre que par son invitation à limitation étrangère, Mme de Staël va créer ce que l’on a appelé

| le “ cosmopolitisme ” littéraire, ou “ l’esprit euro-

péen ", elle indique aux poètes de demain les motifs d'inspiration des grands poètes de l’Allemagne, et en général les sources où se sont alimentées les littératures du Nord. Mme de Staël aime à opposer ces

deux groupes de littératures : les classiques, ou celles du Midi, qui tiennent aux règles et aux légendes de la Grèce et de Rome ; les “ romantiques ”” ou celles

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