‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 10 sur 68 · LES RAPPORTS AVEC LES EPICURIENS · texte numérisé non relu

LES RAPPORTS AVEC LES EPICURIENS

i*. — Goût de Cicéron pour le poème de Lucrèce. 11°. — Emprunts.

Cicéron disciple des Epicuriens.

I.) Les rapports de Cicéron avec les épicuriens ont donné lieu à diverses opinions qui toutes me semblent exa-

gérées.

On admet le plus souvent, qu'il a été leur ennemi, ceci n'est vrai que partiellement et quand on parle de lui comme homme d'Etat ; le philosophe libre penseur n'était pas, au contraire, l'adversaire intransigeant des doctrines épicuriennes ; il ne faut pas oublier que ses traités philosophiques sur les Dieux, la divination et le destin, ont beaucoup de points de ressemblance avec l'incrédulité épicurienne.

Je ne partage pas le jugement de P. Albert lorsque, considérant le .< DE FINIBUS MALORUM ET BOTSORVM » comme une étude historique, il écrit : « L'épicurisme est la seule doctrine qu'il n'ait jamais voulu admettre dans son

éclectisme universel » (i). Sur ce jamais, je m'écarte de lui. Le critique modifie d'ailleurs bien vite sa pensée, car il ajoute : « Cependant il fut l'ami du plus remarquable épicurien de son temps, Atticus (2). L'opinion de C. Martha (3) me paraît plus vraie quand il essaie de montrer Cicéron charmé, influencé par le poème de Lucrèce le « De Natura Rerum », qui est l'exposé fondamental des doctrines épicuriennes. Martha en trouve la preuve dans deux citations établissant la sympathie du grand orateur pour l'Epicurisme, l'une de saint Jérôme, l'autre de Cicéron lui-même.

Le Saint nous apprend que Cicéron se chargea d'éditer l'ouvrage de Lucrèce « Lucretiiis cum aliquot libros per iri' tervalla insaniae conscripsisset quos postea Cicero emendavit y propria se manu interfecit » (4).

Nous pouvons conclure de ces mots « aliquot libros » qu'il mit en ordre les livres mal classés du « De natura Rerum » qui n'étaient pas alors classés comme aujourd'hui, il les réunit, les classa, corrigea les textes et en prépara l'édition. Or je ne pense pas que Cicéron se fût imposé une pareille tâche si l'ouvrage n'avait pas répondu à ses tendances.

L'autre texte invoqué par Martha est une lettre de Cicéron, répondant à son frère Quintus, où il s'exprime en ces termes : Lucretii poemata ut scribis, ita sunt, multis luminibusingeniiy multae tamen artis (5).

/ Ce génie de Lucrèce qu'il qualifie de brillant a dû, ce semble, exciter son enthousiasme. Quintus habitant la cam-

(1) P. Albert. Histoire de la littérature romaine, p. 334.

(2) P. Albert. Histoire de la littérature romaine.

(3) G. Martha. Mélanges dp la littérature ancienne, p. 157-177.

Paris, 1896.

(4) Martha, Mélanges de lit. anc.

(5) Martha, p. i63 et A. de Grandsagne (notice sur Lucrèce, p. 11).

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