PREMIÈRE PARTIE
CICÉRON HOMME D ETAT ET PHILOSOPHE
pagne a projeté de se rendre à Rome pour lire le « De Natura Remm » de Lucrèce, et d'autres œuvres, notamment l'Empédocle de Salluste ; mais il veut avoir auparavant l'opinion de son frère sur la valeur de ces ouvrages. Il en reçoit la réponse suivante : « Cum veneris hominem te putabo ; si Sallustii Empedoclea legeris, Iwminem non putabo » (i).
II.) Non seulement cette sympathie de Cicéron pour Lucrèce apparaît bien visible dans cette leUre à son frère Quintus, mais on découvre dans ses traités phrtosophiques • certaines tournures de phrases du poète. C. Martha, dans ses i< Mélanges de littérature ancienne » nous montre ces emprunts. Comparant les phrases de l'un et de l'autre, il y relève des expressions semblables, ce qui nous confirme dans l'idée qu'il y a parfois dans Cicéron. une imitation de Lucrèce.
Hirzel (2) signale même des emprunts que Cicéron aurait faits à Lucrèce, et se demande si, en composant son traité sur la nature des dieux il a réellement suivi l'exposition épicurienne ; il apporte sur cette question l'opinion de Krische qui considère comme probable que Cicéron a composé les chapitres de la première partie historique sans recourir à aucune source grecque mais uniquement sous l'influence du « De Natiira Rerani » de Lucrèce. Pour confirmer cette hypothèse d'une corrélation entre le traité philosophique « de la nature des dieux » et le poème de Lucrèce « de la nature des choses », Hirzel envisage d'autre part la
(i) Martha, p. i64.
(2) Untersuchungen zu Ciceros philosophischen Schriften, I. Teil Leipzig, 1877.
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similitude de ces deux génies romains et constate des points de ressemblance entre eux.
11 n'est pas possible de croire que Lucrèce ait emprunté aux traités philosophiques de Cicéron car beaucoup de pensées de celui-ci ne se rencontrent pas dans celui-là et Hirzel voit une raison meilleure encore de l'impossibilité du plagiat de'^la part de Lucrèce dans la lettre de Cicéron à Quintus, lettre citée plus haut et où il reconnaît la haute valeur du poème de Lucrèce ; celui-ci devait être mort depuis dix ans à l'époque où Cicéron l'écrivit.
Si l'on tient compte des hypothèses plausibles d'IIirzel et de Martha et si l'on observe combien l'esprit de Cicéron a subi le charme du poème de Lucrèce, on reconnaîtra que lar philosophie du grand orateur relève quelque peu de l'épi-
curisme du poète.
Une fois que l'homme est sous l'influence d'une sympathie quelconque, il perd sa liberté d'esprit et n'est pas loin d'imiter l'auteur de sa sympathie : nous pouvons l'observer à tout moment dans la vie courante.
Nous savons d'ailleurs que dans ses dialogues, Cicéron peint certains épicuriens sous des couleurs vivantes et avec enthousiasme. <( Torquatus » dans le « De Finibus », « Velléiiis » du « De natiira Deorum » semblent bien imités de l'épicurisme nouveau de Lucrèce, ce qui nous amène à croire qu'en composant ces traités philosophiques, Cicéron pensait à Lucrèce.
III). En fait l'épicurisme prit racine dans l'âme de Cicéron et le prédisposa à composer ses traités. Cette prédisposition fut sensible dès son enfance et ses premières études. Ses maîtres Phèdre et Zenon, tous deux épicuriens, lui en-