LEURS DIVERGENCES
Il^
III*
IV**
Le « Consensus Gentium » diaprés Cicéron.
Réfutation de Vhypothèse du feu divin.
Une jouissance modérée est admissible.
Degrés inégaux dans le mal ; assertion des stoïciens que le sage seul est bon ; opposition de Cicéron que la vertu peut exister chez un homme ordinaire.
I.) On doit savoir que dans le « Consensus gentium » la thèse philosophique de Cicéron s'écarte des opinions stoïciennes ; il donne à entendre que le sentiment humain sur la divinité est inné, inspiré à l'homme par la nature (i).
II.) Il faut se rappeler aussi que Cicéron n'était pas d'accord avec les stoïciens sur le fond même de leur doctrine.
Ils reconnaissaient le feu comme l'unique force universelle, l'âme du monde, la raison créatrice et mouvante qui^
(i ) Windelband. Geschichte der Antiken Philosophie, S 49-
premiJ:re partie
tel un souffle divin, pénètre l'univers entier et règne éternellement sur lui. Or cette hypothèse du feu essence divine, Cotta la raille, la critique et la réfute ; il explique que le feu n'est qu'un élément nécessaire à la vie et sans aucune supériorité sur les autres éléments : « Ego autem non intellegOy quo modo calore extincto corpora intereant, non intereant humore aut spiritu amisso, praesertini cum intereant etiam nimio calore. Quam oh rem id quidem commune est de calido ; venim tamen vldcamus exitum » i).
III.) Cicéron pense aussi que la jouissance modérée n'est pas à rejeter bien que les passions, la douleur, le trouble d'âme soient cependant regardés comme des maux parce qu'ils empêchent la pratique de la vertu.
IV.) Cicéron ne veut pas accepter que le sage seul soit bon et que tous les vices soient considérés comme égaux. A ► ce sujet Ritter nous donne sur lui l'appréciation suivante :
« Une intolérable assertion des stoïciens, c'est que le sage seul est bon, que tous les vices sont égaux, comme si tous les biens qui sont mis en péril par une faute ou par une autre étaient d'un égal prix ; comme si l'on ne devait pas distinguer entre ceux qui sont opiniâtrement déraisonnables, qui se font les esclaves du vice, qui font le mal avec beaucoup de réflexion, et ceux qui ne sont entraînés à l'injustice que par un mouvement subit de l'âme, qui est ordinairement de courte durée » (2).
Sur ce point et sur d'autres qui s'y rattachent, Cicéron
(i) De Nat. Deor. III. I^.
(2) H. Ritler. Histoire de la Philosophie ancienne, p. 122. Trad. franc, de Tiâsot. Paris, ^835.'
If ^
CICÉRON HOMME d'ÉTAT ET PHILOSOPHE I7
combat la doctrine des stoïciens, car elle lui paraît contraire à la sagesse pratique qu'il poursuit « puisque le sage auquel leurs préceptes s'adressent n'existe nulle part, et qu'il n'y a personne à qui l'on puisse attribuer le bien absolu, ou dont
on puisse l'exiger » (i).
Mais en revanche il accepte leur division des devoirs en devoirs moyens et en devoirs parfaits. Pour se mettre en quelque sorte d'accord avec la doctrine stoïque dont plusieurs principes lui paraissent vraisemblables, il dit qu'il lui semble à la vérité, que seul le sage peut agir absolument bien et accomplir son devoir d'une façon parfaite, mais qu'il n'entend traiter que des devoirs imparfaits, seuls acces- ^. sibles à l'homme de bien qui n'a que peu de ressemblance avec le sage parfait. La vertu existe aussi chez un tel homme, quoique dans une mesure imparfaite (2).
Bien que Cicéron n'adopte pas la croyance stoïcienne aux dieux, et qu'il n'admette pas le feu comme principe de l'existence du monde, et que par suite il rejette le fonds même de leur religion, il partage cependant leur opinion que le sage seul est parfait.
Un point encore l'attir? vers les stoïciens, c'est leur généreuse thèse réclamant le sacrifice des intérêts individuels aux intérêts généraux. Cette thèse excite la sympathie de Cicéron dès sa jeunesse et continue à exalter l'enthousiasme de sa vieillesse.
(i) De am. 5.
(3) De off. III, 3. 4.
CICÉRON HOMME D*ÉTAT ET PHILOSOPHE