PREMIERE PARTIE
CICÉRON HOMME d'ÉTAT ET PHILOSOPHE
mini, sed etiam ut loqui deceat fmgalitei\ Possamiisne ergo in vita summum bonum diccve, cum id ne in cena quidem
posse videamur ? » (i).
En limitant nettement la philosophie à la recherche du bonheur personnel, les épicuriens affirmaient nettement et résolument que cette recherche excluait tous les intérêts sociaux et scientifiques ; Cicéron dit que les épicuriens vont chercher dans toutes les bourgades des partisans dont ils font des sages, mais qui enfin, n'ont pas la science infuse : « Sic vos de pagis omnibus colligitis bonos illos quidem viros, sed certe non pcreruditos » (2).
Les épicuriens prétendent, dit-il, que pour devenir philosophes on n'a que faire de connaître les belles-lettres : a Quod vestri quidem vel optime disputant, nihil opus esse eum, philosophus qui futurus sit, scire litteras » (3).
Les épicuriens, en effet, n'admettaient l'étude que comme moyen nécessaire de l'obtention d'un bonheur quelconque qui doit être l'unique but de tout être vivant.
Ce bonheur qu'ils cherchaient à atteindre, n'existe pas dans le plaisir seulement, mais il est nécessaire au repos de l'âme et la libère de toutes les passions qui troublent son équilibre. Une fois tous ses désirs réalisés tous ses besoins assouvis, l'individu est satisfait ; il est dégagé de ses passions et jouit par conséquent d'un bonheur et d'un repos infinis, il n'est plus tourmenté par rien au monde {fi).
D'après les épicuriens l'absence de tout besoin est donc le commencement du bonheur qui donne le repos à l'âme ;
(i) De Finib. bonorum et malorum II. 9.
(2) ibid. IL 4.
(3) ibid. II. /». . . , r/i) Windelband. Geschichle der Anlikcn Philosophie, S A?-
ly
l'idéal de leur vie est la sagesse, une sagesse affranchissant l'homme de tout ce qui l'environne ; le véritable épicurien estùn sage qui se libère de tout et des dieux mêmes. Prudent par sa pensée, il reste supérieur à la vie qui l'entoure et ne trouve le bonheur qu'en lui-même ; mais la sagesse ainsi conçue manque gravement à l'humanité elle est trop égoïste, et l'épicurien oublie que les hommes sont ses frères. Si le sage se replie sur lui-même, se tient à l'écart de la société, sa^vie n'n pas l'ampleur de celle d'un philosophe charitable et juste.
Les épicuriens, à l'encontre des stoïciens, n'ont pas le se.niiment du devoir ; ils n'entendent pas soumettre l'individu à la loi générale et n'ont pas conscience d'une responsabilité humaine. S'ils attribuent plus de valeur aux jouissances de l'esprit qu'à celle du sentiment, c'est que les premières amènent mieux l'homme au repos parfait de l'âme ; s'ils préconisent des mœurs pures et honnêtes, la politesse dans les relations sociales, c'est que toute rudesse de manières est considérée, dans la vie d'un grec instruit, comme une violation do cette harmonie naturellement nécessaire à la vie du sage. Mais le culte esthétique du moi, l'éloignement systématique de la vie sociale, est malgré tout de l'égoïsnïe, et cet égoïsme, pour sain, pur et raffiné qu'on le prése'iue n'en est pas moins l'abandon absolu d'une existence à ses jouissances personnelles.
Ces principes, basés sur les voluptés stériles et lejdé-^ dain de la vie sociale ne pouvaient convenir à Cicéron, qui consacra toute son existence à la République Romaine, et son labeur incessant n'avait pour but que le souci des intérêts de la société. « Eademque ratio fecit hominem homi-