‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 16 sur 68 · VI · texte numérisé non relu

VI

Incrédulité de Cicéron et son libre examen religieux. Le public initié par le théâtre à la critique religieuse. Vulgarisation poétique de Vépicurisme dans Lucrèce. Philosophie d'Epicure simplifiée et adaptée au goût romain. Arguments de Lucrèce en faveur de Vannihilation de Vâme. Opinions des Anciens sur la survie.

I.) Nous n'avons vu jusqu'ici en Cicéron qu'un Romain croyant, fidèle aux dieux de la République et respectant les opinions religieuses de ses compatriotes : nous avons été frappés de sa sincérité, de son éclectisme, de sa morale et de son civisme, mais nous voici obligés de signaler un trait caractéristique de sa philosophie qu'il n'aurait pas consenti à traiter devant le peuple ; c'est l'incrédulité.

Malgré une impartialité qui fut grande toute sa vie, Cicéron n'a pu se soustraire aux influences qui ont contribué à la décadence religieuse de Rome.

Au contact de ses contemporains profondément irréli-

gieux, il devient sceptique comme Lucrèce ; il critique et raille les superstitrons. Enfin l'échange d'idées avec eux l'amène à écrire une œuvre toute de libre examen religieux. Cette société romaine était déjà en pleine décadence, et une philosophie destructive dominait les patriciens et les hommes des classes élevées ; le peuple, seul peu ou pas instruit, l'ignorait s'il ne la tenait pas pour mauvaise.

Et Cicéron voulant définir quelles étaient les dispositions de la plèbe à l'égard de cette philosophie dit : <( Elle évite la multitude et lui est suspecte et odieuse » (i).

IL) Mais des pensées philosophiques, des critiques, des croyances nouvelles s'infiltraient par une autre voie dans la société moyenne et illettrée de Rome. Cette voie fut le théâtre qui rendait le criticisme religieux plus simple et plus accessible au peuple et par ses tragédies et ses comédies le mettait à la portée de la populace.

Le peuple en effet était friand des spectacles qu'on lui donnait ; il aimait cet amusement, était sensible aux tendances nouvelles qu'il lui présentait et ainsi, peu à peu l'âme du plébéien se transformait et perdait ses instincts conservateurs.

Les pièces de théâtre qu'on jouait à Rome étaient souvent faites pour blesser les sentiments religieux des masses. Ennius se montrait impie ou désireux de faire grandir l'incrédulité dans son auditoire ; c'était un libre penseur qui ne se gênait pas pour flageller les dieux dans ses pièces, et le fait d'y voir les chefs du gouvernement incarner la religion devait accroître les tendances irréligieuses.

(i) Tusc. II, I, 4.

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