‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 18 sur 68 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

CIGÉRON HOMME D KTAT ET PHILOSOPHE

tend traiter la société comme un enfant, et veut la séduire par ses vers, afm qu'elle ne voie pas au premier abord la chose essentielle, mais ce charme n'en apporte pas moins rincrédulilé des qu'il touche au cœur ; le miel trompeur disparu, l'idée véritable reste, s'installe en conquérante et prédispose l'âme à des idéeâ philosophiques qui peu à peu attaquent puis dissolvent les sentiments religieux et les su- . perstitions.

IV.) Cette philosophie de Lucrèce s'harmonisait avec resprit des Romains. Tandis que les autres apparaissaient trop abstraites et de ce chef insaisissables, l'épicurisme se présentait à eux comme une philosophie positiviste, restreignant Tunivers à des formes sensibles, accessibles à l'esprit ; il les dirigeait vers le réel. De naissance et d'essence, les Romains étaient prédisposés à étudier et à connaître la nature : cet essai d'une explication naturelle tentée par les disciples d'Epicure, et beaucoup plus simple que dans les autres systèmes philosophiques, devait plaire aux Romains avides de réalité.

Ils comprenaient en effet la nature mieux par les sens que par les idées abstraites ; et l'épicurisme se rapprochant le plus des principes des sciences naturelles, devait les séduire, puisqu'il permet à ses adeptes de connaître expérimentalement les phénomènes que chaque jour met sous les yeux ; les explique de façon pratique et complète, et par là satisfait nos sens.

La science positive de Lucrèce, en faisant mieux ressortir encore le caractère pratique de la doctrine, l'adaptait aux instincts des Romains et préparait ainsi dans leur esprit

la décadence religieuse, en inoculant l'incrédulité à ses lecteurs.

Il nous faut noter toute la différence de la doctrine ainsi professée h Rome avec l'enseignement donné en Grèce. Dans ce pays en effet le maître épicurien ne s'adressait qu'aux classes élevées et ne tendait à inspirer l'incrédulité religieuse que chez elles seulement.

Lucrèce, aa contraire, met de côté toute la finesse, toute la subtilité de la pensée grecque, obstacle trop réel à la vulgarisation de l'idée philosophique ; il la simplifie et la réduit à des notions concrètes. Il voudrait que chacun le comprît et se persuadât de la fausseté de la religion, qu'il appelle l'ennemie du genre humain ; il s'acharne sur elle et s'efforce de la renverser pour affranchir la pensée humaine de son oppression.

V.) Dès cette époque, la croyance en l'immortalité de l'âme n'était plus en faveur chez les Romains, et le poète explique la fin de la vie par la vieillesse de la nature ; l'âme s'évapore à la mort comme un brouillard, et disparaît dans les phénomènes généraux de l'Univers.

Il lui était d'autant plus facile de faire admettre dans la société que l'abolition de la vie intérieure coïncidait avec celle du corps, que la plupart des Romains ses contemporains, étaient des incrédules dont la foi n'était ni suffisamment soutenue ni clairement démontrée par les philosophes et les théologiens de cette époque.

VI.) On sait que Platon ne parlait de la croyance à la survie que d'une manière vague et imprécise. Logiquement elle lui paraissait peu fondée et ses sentiments déistes et

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