DEUXIÈME PARTIE
buleux. On pensait que le trop grand nombre de dieux qu'ils admettaient ne pouvait résister à une critique rationnelle ; et en effet, on sait qu'ils adoraient le soleil et la lune dont les Grecs avaient fait Apollon et Diane et l'on trouvait étrange que cette adoration n'allât pas aux autres corps célestes comme le dit Cotta : « Qiiod si Lima clea est, ercjo etiam Lucifer ceteraeque errantes nunienun deorum optinebunt, igitur etiam inerrantes » (i).
C'est Velléius qui se charge de réfuter la divinité des astres : « quos tibi Velléius multique practerea ne aniniantes quideni esse concédant » (2).
Pour Cérès et Bacchus, Cotta pense que ces conceptions purement matérielles ne sauraient être divines.
Les stoïciens adoraient également la mer sous le nom de Neptune. Cotta fait remarquer que les fontaines et les rivières ont droit au même culte et par conséquent que les dieux se trouvent encore multipliés et profanés ; il rappelle que Maso, après avoir conquis la Corse a consacré un temple à une fontaine : « Itaque et Fontis delubruni Maso ex Corsica dedicavit (3) ». D'autres d'ailleurs ont imité Maso, multiplié les divinités de l'eau et déifié des fleuves le Tibre, par exemple. Cotta se refuse à voir dans Neptune ou Cérès des divinités, l'une de la terre, l'autre de la mer et il lui paraît incompréhensible qu'on place la matière dans l'Olympe. « Istam auteni intellecjentiam aut tnaris aut terrae non modo comprehendere animo, sed ne suspitione quidem possum attingere » (4).
(i) De nat. deor. III. 20.
(2) ibid. III. i (Edition ÎVisard).
(3) ibid. III. 20.
(/»; ibid. III. 35.
Malgré le grand nombre de dieux qu'ils reconnaissaient, les stoïciens déifiaient aussi les mortels. En Grèce des villes portaient leurs noms, et les Romains dans leur profonde vénération avaient placé dans le ciel Rémus et Romulus ; ainsi la théologie stoïcienne se rapprochait des mythes et des superstitions du vulgaire.
Cotta, doutant que de simples hommes puissent être élevés au rang des dieux, veut avoir des explications : « Nam quos ab hominibus pervenisse dicis ad deos, tu reddes rationem quem ad modum id fieri potuerit aut cur fieri desierit, et ego discam libenter » (i). Il ne voyait non plus rien de divin aux qualités humaines que certains avaient déifiées, je cite son texte même : « Nam mentem, fidem, spem, virtutem, honorem, victoriam salutem, concordiam ceteraque eius modi rerum vim habere videmus, non deorum. Aut enim in nobismet insunt ipsis, ut înens, ut spes, ut fides, ut virtus, ut concordia, aut optandae nobis sunt, ut honoSy ut salus, ut Victoria » {^).
Quatrième Preuve. — Une fois réfutés les arguments des stoïciens sur l'existence des dieux, Cotta poursuit sa critique en s'attaquant à la Providence. Jusqu'ici, selon lui, les stoïciens n'ont apporté aucune preuve de l'existence des dieux ni établi leur nature ; et poursuivant la même tactique, il va en réponse aux arguments de Balbus, établir la non-existence de la Providence divine.
Les Romains éclairés croyaient qu'une intelligence suprême, un esprit divin pénétrait la matière en général et tout être humain en particulier, et qu'une providence divine
(i) De nat. deor. III. 16.
(2) ibid. III. 2/4.