‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 31 sur 68 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

toute puissante, dirigeait, soutenait, ordonnait tout dans l'univers et protégeait les humains. Selon eux la raison était un don des dieux qui inspiraient l'esprit de l'homme pour lui permettre d'agir.

Tout aurait du marcher pour le mieux dans le monde tel que le concevaient les stoïciens ; et cependant il y a des souffrances, l'intelligence n'est pas toujours à la hauteur des circonstances et souvent la raison ne sert qu'à conduire les humains aux pires actions. C'est donc que la providence ne veille pas toujours sur nous, puisque les dieux, êtres parfaits ne sauraient nous inspirer d'agir contre la justice.

Cotta observe que la raison nous sert indifféremment pour le mal ou le bien : « Sentit dotnus uniiis cuhisque, sentit forum, sentit curia, rampas, socii, pvomnciae, ut, quem ad modiim rationc recte fiat, sic ratione peccetiir, altemmqiie et a paiwis et varo » (i) pour lui, l'action humaine n'est pas guidée par une volonté suprême et bienfaisante, car il arrive qu'un de nos actes amène un résultat contraire à nos désirs : « Miilti enim et, cum obesse vellent, pvofuerunt et, ciun prodesse, obfiierunt. Ita non fit ex eo, qiiod datur, lit voluntas eius, qui dederit, apparent », (::>) et pour cette raison aussi, un résultat utile obtenu peut nous arriver d'une main ennemie : « Nec, si is, qui accepit, bene utitur, , idcirco is, qui dédit, aniice dédit » (3). Les crimes des hommes ne sont pas arrêtés par des forces divines et tous nos actes ne dépendent que de nous.

Pour accentuer sa réfutation des opinions stoïciennes, Cotta cite Télamon qui nie toute providence divine. S'il y

(i) De nat. deorum. III. 27.

(2) ibid. III. 28.

(3) ibid.

avait une providence dnine, dit ce roi, les bons seraient en faveur et les méchants en défaveur auprès d'elle, et les dieux, s'ils étaient bien intentionnés, auraient dû nous rendre heureux : « Tehtmo autem uno versa totum locum conficit, cur di homines neglegant : Nam si curent, bene bonis sit, maie malis, quod nanc ahest. Debebant illi quidem omnés bonos ejficere, si quidem hominam cjeneri consulebant, Sin id minus, bonis quidem certe consulere debebant » (i).

Les dieux cependant, d'après les stoïciens, peuvent faciliter la vie humaine, former, inouvoir, changer toute chose ; ils prélendaient éla\er leur opinion sur une loi physique, la matière dont tout se compose et qui renferme tout, est susceptible de prendre toutes les formes, de se prêter à toutes les transformations, il u'y a rien qu'elle ne puisse devenir ou cesser d'être dans un seul instant ; et c'est la providence divine qui la dirige et en dispose et qui, par conséquent, en est la maîtresse absolue ; mais Cotta, faisant état de toutes les virtualités de la nature, lance un dernier trait contre la providence ; cette providence, capable de tout suivant les stoïciens, ignore sa puissance et ne peut discerner ce qui serait le meilleur pour les humains : « Ita que aut îiescit quid possit aut neylegit res liunianas aut ciuid sit optimum non potest iudicare » (lO-

(i) De nat. deor. III. Sa.

(2) ibid. III. 39.

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