‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 35 sur 68 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

jusque dans ses plus pelils détails ; il nie positivement la divination qui ne saurait être admise dans une société éclairée par la science.

Le Cicéron politique a disparu, et le libre penseur s'attaque à une religion qui va bientôt tomber en ruines devant le christianisme.

Comme Lucrèce, Cicéron s'efforce de détruire la superstition ; athée, il pousse à l'irréligion et veut affranchir la société de vaines croyances qui l'oppriment ; mais il ne va pas si loin que le poète son précurseur.

Lucrèce, en effet, pousse l'athéisme aux dernières limites, et ses vers enthousiastes vont au cœur même du lecteur. Le langage que Cicéron prêle à Colta est beaucoup plus modéré quand il combat la théologie des stoïciens ; il en est de même du sien dans les ouvrages suivant le De Natara Dcomm, sauf peut-être quelques railleries trop cinglantes ou trop passionnées contre les stoïciens, mais ce qu'il faut y admirer c'est la logique et la sagacité de son argumentation.

IIL) On peut dire que Lucrèce et Cicéron ont porté le dernier coup à la divination ; toutefois elle avait été mise en doute avant eux par certains philosophes grecs ou latins leurs précurseurs, en contradiction avec les pythagoriciens entre autres qui admettaient que la divinité peut se découvrir à l'homme par les sens et s'en faire comprendre.

Si Philon admettait cette possibilité, Heraclite et Anaxao-ore niaient la divination. Démocrite donne bien des explications sur les pressentiments, mais purement matérielles et les attribue aux atomes ; c'est par eux et non par la di-

vination religieuse, qu'il explique les réalités du monde extérieur.

Socrate, ce grand philosophe, a fait peu d'études positives sur l'Univers. Il croit toutefois à la divination ou plutôt à une inspiration prophétique. Platon, son successeur, les admettait également ; leur thèse était d'ailleurs battue en brèche par les épicuriens qui niaient absolument la possibilité de connaître l'avenir.

IV.) Les philosophes sceptiques se sont montrés aussi incrédules qu'eux, s'appuyant sur les mêmes raisons destructives qu'eux, et leur ont même donné un développement plus scientifique et plus parfait, car Epicure n'a traité que très laconiquement l'incrédulité.

Les déistes romains ont, eux aussi été vivement attaqués par les athées. Ennius notamment, avait combattu la divination et n'admettait pas que les dieux s'occupassent des malheureux. Lélius professait l'incrédulité de Polybe et de Carnéade, et Panétius ne voyait dans la divination qu'un instrument au profit des gens habiles.

Varron auteur des « Antiquités divines », cherche dans son étude sur la religion à établir que la foi est le plus sûr soutien de l'Etat Romain, il était pourtant matérialiste, et n'avait aucune croyance dans les mythes et les superstitions dont il reconnaissait l'utilité politique (i). Il y eut donc à chaque période de l'Antiquité des philosophes athées ou simplement incrédules qui prévoyaient la disparition de la religion ; mais ils vivaient en tête à tête avec leurs pensées philosophiques ; le peuple ne les comprenait pas, et les évitait même pour ne pas laisser ébranler ses croyances. De

(i) Saint Augustin, Cité de Dieu, IV, 3i.

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