‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 36 sur 68 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

siècle en siècle, ils ont préparé la société à la méfiance puis à la critique de croyances religieuses dont les sages ne se souciaient déjà plus, estimant qu'il n'y avait pas de preuves de l'existence d'êtres supérieurs à l'homme.

Au temps de Lucrèce et de Cicéron, la croyance aux dieux est en pleine décadence dans la partie instruite et éclairée de la société romaine. Il ne restait de croyances à la divination et aux aruspices que dans la masse. La nature humaine est conservatrice ; elle garde longtemps dans ses bas-fonds obscurs des sentiments rejetés par la raison pure. C'est sur ce conservatisme latent que s'est toujours appuyée la superstition de la religion divinatoire à Rome jusqu'à la crise politique qui mit fin à la République. Le peuple, longtemps laissé dans l'ignorance, gardait sa foi, ne se permettait pas de juger ce qu'il avait sous les yeux et ne voyait pas dans la divination une vaine fiction.

En ce temps là, pourtant, une élite soumettait les phénomènes de la nature et ceux de l'âme humaine à une science déterministe et à des lois explicatives.

Certes, beaucoup croyaient encore à une providence divine qui régit l'univers et veille sur le genre humain ; beaucoup se conformaient encore aux explications des augures auxquels ils recouraient pour éviter les dangers dont ils se croyaient menacés ; et bien que les stoïciens eussent admis un Dieu unique dans lequel se fondaient les divinités particulières, on croyait néanmoins aux dieux multiples, ayant chacun une fonction déterminée, dirigeant un ordre spécial de phénomènes et intervenant dans les événements de l'existence. Sous l'influence de ces forces redoutables et ignorées, l'homme sentait combien était précaire une vie où il n'avait

aucune liberté, son action pouvant être à tout instant arrêtée ou brisée par une divinité hostile.

V.) La nécessité de l'action exige que la pensée soit libre. Cicéron le comprenait bien ; ses traités de la divination et du destin sont écrits pour les détruire tous deux au profit de la liberté individuelle. Il nous présente l'esprit et la raison comme supérieurs à tout, devant régler nos actes et nous guider au cours de l'existence.

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