‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 43 sur 68 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

verne le monde, elle est le jugement et le pouvoir immuable de la Providence (i).

Cicéron et Théophile d'Antioche nous apprennent que les Pvthafforiciens attribuaient à l'Univers une âme divine, cause universelle du mouvement et des phénomènes de la nature. Dans une notice anonyme sur Pythagore que nous a conservée Photius, on dit que ce philosophe distinguait le monde sublunairc d'un monde supérieur gouverné par la Providence divine et la destinée, le premier soumis à quatre puissances, Dieu, le Destin, la Prudence humaine et la Fortune ; celle-ci Tuyr^ opposée à : E(j;.ap;j.£vr, comme le hasard à Tordre et l'incohérence à l'enchaînement (2).

Plutarque nous a conservé les opinions de Platon et de ses disciples sur le Destin. Ils le considéraient tantôt comme une action, tantôt comme une substance, en en faisant dans un cas l'ordonnance immuable, l'ensemble des lois divines ; dans le second l'âme même de l'univers (3).

Les anciens Romains reprochaient aux stoïciens de méconnaître la liberté de l'homme, ce qui blessait la morale. C'est un des points sur lesquels porte la critique de Cicéron dans le « De Fato ». Il combat tout d'abord les raisonnements de Posidonius.

III.) Nous connaissons la théorie divinatoire de ce philosophe ; selon lui, la vérité de la divination était prouvée par l'enchaînement fatal des causes physiques. Cicéron en tant que philosophe positiviste et réaliste, nie cette fatalité physique en faisant appel au simple bon sens sans recourir Hux areruments dont d'autres avant lui l'ont combattue.

(i) Préface du Destin (Coll. Nisard).

(a) Préface du Destin. (Coll. Ni3«rd\ p. 260.

(3) Préface du Destin. (Coll. Nisard^ p. 260.

Il admet l'influence du solstice d'hiver sur les naissances et les maladies sous l'influence d'une sympathie naturelle qu'il ne nie pas, mais il ne peut y voir une preuve de la fatalité : « Vis est nulla fatalis » (i). Il pense qu'on peut expliquer toutes choses par la nature ou le hasard. Ainsi la mort d'Icadius invoquée comme preuve par Posidonius n'est point due au destin : « Quid mirum igitiir ex spelunca saxum in crura eius incidisse ? piito enitiiy etiam si Icadius tum in spelunca non fuisset, saxum tamen illud casurum fuisse. Nam aut nihil omnino est fortuitum, aui hoc ipsum potuit evenire fortuna» ('^).

IV.) Après Posidonius, c'est à Chrysippe, qui lui aussi défend la fatalité physique, que s'en prend Cicéron. Le monde d'après ce stoïcien, est un être vivant dont toutes les parties sont pénétrées par la raison, l'intelligence divine, ainsi que l'âme humaine qui est une parcelle de la divinité,

La destinée de l'homme dépend des forces divines qui vivifient tout ; son caractère, ses fonctions, tout est dirigé par l'intelligence divine en accord avec le destin. Chrysippe admet aussi que c'est la nature qui nous détermine : à Athènes, le ciel est toujours pur, l'air vif, ils donneront la finesse aux Athéniens ; à Thèbes l'atmosphère lourde et épaisse fera les Thébains robustes, mais d'esprit peu ouvert. Ainsi pour lui, notre caractère varie suivant le climat et notre sort est lié aux phénomènes naturels par l'enchaînement éternel des causes.

V.) Cicéron discute la thèse de Chrysippe en ces termes : « Diiunge longius : quid enim loci naiura adferre potest, ut

(i) De Fato. 3.

(2) ibid. 3.

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